« Chez Netflix, heureuses sont les séries assez fortes pour passer le cap des deux saisons »

Economie

A l’heure de l’hyperchoix en matière de culture, les plates-formes de streaming misent sur le renouvellement permanent pour conquérir de nouveaux abonnés, explique dans sa chronique Guillaume Fraissard, chef du service culture du « Monde ».

Chronique. Deux petites saisons et puis s’en vont. Sur Netflix, et plus généralement sur les plates-formes de streaming vidéo par abonnement, les séries ont beau être reines, elles n’en sont pas moins soumises à rude concurrence. Et leur durée de vie peut se révéler bien plus courte que sur les chaînes traditionnelles. Au moment où HBO s’apprête à lancer, dimanche 14 avril, la huitième – et dernière – saison de sa saga médiévale Game of Thrones, une étude anglaise dévoilée mardi 9 avril dans le cadre du MIPTV à Cannes, met en lumière les pratiques des nouveaux rois du divertissement délinéarisé.

Oubliez les 15 saisons des Experts sur CBS, les 21 de New York Police Judiciaire sur NBC ou les 155 épisodes de Section de recherches sur TF1. Chez Netflix, Amazon Video et consort, heureuses sont les séries suffisamment fortes pour passer le cap des deux saisons selon le recensement établi par l’institut Ampere Analysis qui note que, entre septembre 2018 et mars 2019, douze des treize séries annulées par Netflix durant cette période avaient connu trois saisons ou moins. Exemples récents, Marseille, la série française avec Gérard Depardieu, n’a tenu que deux saisons. Idem pour Punisher et Jessica Jones, deux feuilletons dérivés de l’univers Marvel passés à la trappe après deux ans d’antenne. Au passage, souligne l’étude, Netflix interdirait aux producteurs de faire revivre leurs séries annulées sur d’autres canaux de diffusion… Par comparaison, les chaînes du câble se montrent plus assidues avec une moyenne de quatre saisons par série. Quant à la palme de la fidélité, elle revient aux chaînes gratuites avec des séries au long cours, diffusées sur plus de six saisons et demie en moyenne.

Des dizaines d’épisodes à rattraper

Cette stratégie ne doit rien au hasard. Dans leur objectif de conquête de nouveaux abonnés, les plates-formes accordent en effet plus de vertus à la nouveauté qu’à la longévité. Quitte à décevoir certains fans qui payent un service de streaming spécialisé dont le baromètre de satisfaction devrait en théorie être plus important que celui de l’audimat. Certes l’audience – jalousement gardée pays par pays – joue beaucoup dans le renouvellement ou non d’une série. Mais pas seulement. Le magazine spécialisé Deadline Hollywood a récemment montré comment Netflix privilégiait désormais les séries de huit ou dix épisodes comme Elite ou Osmosis contre treize pour House of Cards ou Orange is the New Black par exempledeuxsuccès qui lui ont permis de séduire une large audience.


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