« Pour M. Macron, le risque est que la colère des “gilets jaunes” serve de carburants aux extrêmes »

Politique

Dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », observe qu’entre sa volonté d’écouter les Français et celle de maintenir le cap des réformes, le chef de l’Etat est confronté à une équation difficile.

Chronique. Pour Emmanuel Macron, la France des « gilets jaunes », celle qui est apparue samedi 17 novembre sur les écrans de télévision à l’occasion des blocages routiers est bel et bien perdue. Non que le président de la République soit responsable de toutes les difficultés qu’elle traverse : depuis le milieu des années 1980, les sociologues et les politologues ont vu se creuser, au fil des élections, le fossé entre les grandes métropoles de plain pied dans la mondialisation et la France périurbaine qui se bat pour sauvegarder l’emploi, souffre d’être mal desservie en transports en commun, assiste au recul des services publics, se sent reléguée au point que nombre de ses électeurs ont choisi de se mettre en retrait de la politique en s’abstenant.

De cette situation, M. Macron n’est pas responsable mais en décidant d’aligner la fiscalité du gazole sur celle de l’essence au moment où les prix du pétrole flambaient sur le marché mondial, il a mal appréhendé les difficultés quotidiennes rencontrées par nombre de ses concitoyens et pris la responsabilité d’allumer le feu. Un mort, 409 blessés dont quatorze dans un état grave à l’issue de la mobilisation du 17 novembre, ce n’est pas rien.

L’urgence est d’apaiser au plus vite cette colère, pour des raisons de sécurité bien sûr mais aussi pour des motifs électoraux. Dans six mois, en mai 2019, la France vote pour les élections européennes. Le scrutin qui se déroule à la proportionnel à un tour est réputé propice aux coups de grisou.

Voie étroite

Le pire scénario pour le pouvoir serait que ces électeurs qui, pour partie s’abstiennent, choisissent, cette fois, de mettre un bulletin dans l’urne pour le sanctionner. L’étendard « progressiste » brandi par le chef de l’Etat en prendrait alors un sérieux coup et toute la fin du quinquennat s’en trouverait affectée.

Pour éteindre l’incendie, le plus efficace serait d’étaler dans le temps la montée en puissance de la fiscalité carbone mais, outre qu’Emmanuel Macron refuse de ressembler à ses prédécesseurs qui, à chaque conflit grave, ont reculé, il doit impérativement conserver ses propres électeurs qui ont un profil très typé : urbains, diplômés, bien intégrés dans la mondialisation, ils sont en quelque sorte les représentants de l’autre France.

Eux sont de plus en plus sensibles au réchauffement climatique. Ils ont mal vécu le départ du gouvernement de Nicolas Hulot et réclament un engagement écologique sans faille. Cela interdit de facto tout recul et conduit à une voie beaucoup plus étroite : ne rien concéder sur le fond mais promettre une écoute attentive des Français qui souffrent, multiplier les mea culpa sur la gouvernance comme ne cesse de le faire ces dernières semaines le chef de l’Etat sans vraiment convaincre.


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