"Ne m’embrassez pas !" : notre journaliste dénonce les agressions au Mondial-2018

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Kéthévane Gorjestani, envoyée spéciale de France 24 au mondial en Russie, a été agressée en direct par un supporter qui l'a embrassée. Depuis le début de la compétition, plusieurs journalistes sportives dénoncent ces harcèlements fréquents.

Un supporter insistant qui essaie d’embrasser une journaliste en direct à la télévision : cette pratique malheureusement courante se produit encore durant la Coupe du monde de football en Russie. Lundi, à Saint-Pétersbourg, alors qu’elle intervenait en direct sur le canal anglais de France 24, notre reporter Kéthévane Gorjestani a dû repousser un homme qui, après avoir bruyamment interrompu son intervention, l’a embrassée dans le cou. Elle est la troisième femme journaliste, depuis le début du mondial, à dénoncer ce type d’agression.

“Malheureusement, ce genre de chose (et il y a encore pire) nous arrive fréquemment à nous les journalistes sportives, et particulièrement lorsque l’on couvre le football", a tweeté Kéthévane Gorjestani après l’incident. "Chantez, dansez et supportez votre équipe, mais ne m’embrassez pas, ne me touchez pas et laissez-moi faire mon travail", a-t-elle poursuivi en ajoutant #DeixaElaTrabalhar (“Laissez-moi faire mon travail”), un hashtag lancé en mars par des journalistes brésiliennes souhaitant alerter l’opinion publique sur ces agressions.

Les incidents avec les supporters sont tellement fréquents qu'il est parfois difficile de les dénoncer : "Je me suis rendu compte que j'ai d'abord vu ça comme un 'désagrément' de mon travail, que c'était le lot des grands événements", explique Kéthévane Gorjestani."Mais en voyant les réactions des autres femmes, je me suis dit : 'Non, ce n'est pas normal, je ne dois pas accepter ça !' Même un 'simple bisou', même une accolade, en plein direct, ce n'est pas normal." Elle évoque également les gestes déplacés et les attouchements de certains hommes pendant un direct, hors du champ de la caméra.

"Ne fais plus jamais ça"

L’agression dont a été victime notre reporter fait écho à celle subie la veille par sa consœur brésilienne Julia Guimaraes à Ekaterinbourg. Alors qu’elle était en duplex sur la chaîne Globo Sports, la journaliste a interpellé en direct un homme qui venait, lui aussi, de l’embrasser. "Ne fais pas ça. Je ne t’ai pas autorisé à faire ça… Ne fais plus jamais ça. C’est impoli, ce n’est pas bien", dit-elle au supporter qu’on entend s’excuser hors caméra. Julia Guimaraes a ensuite tweeté qu’elle peinait à trouver les mots pour évoquer cet incident "honteux" qui, a-t-elle rappelé, était le deuxième de ce type depuis le début de la compétition.

Quelques jours plus tôt à Moscou, c’est la journaliste colombienne Julieth Gonzalez Theran, travaillant pour le canal espagnol de la chaîne allemande Deutsche Welle, qui s’est fait agresser devant les caméras. Un supporter colombien lui a pris les deux bras, touché sa poitrine et brutalement embrassé sa joue. La journaliste a continué son direct sans se laisser démonter.

"Le harcèlement sexuel n’a rien de convenable. Cela doit cesser. Dans le football, comme partout ailleurs”, a écrit la direction de la Deutsche Welle sur Twitter. Un message qui a fait l’objet de critiques de la part d’internautes jugeant l’accusation de harcèlement exagérée. "Désolé, mais non, a insisté la chaîne allemande. Embrasser quelqu’un contre sa volonté, c’est du harcèlement sexuel. Profiter du fait qu’une femme est en plein travail pour lui toucher la poitrine, c’est du harcèlement sexuel. Ce comportement est inacceptable, et doit être traité comme tel." L’agresseur de Julieth Gonzalez Theran s’est excusé plus tard au près d’elle, en direct sur la chaîne.

La journaliste a accepté les excuses du supporter mais continue de dénoncer ceux qui refusent d’admettre qu’elle et ses consœurs soient victimes d'agression. "Le comportement de ce fan est affligeant, mais la réaction de beaucoup d’hommes et de femmes qui ne reconnaissent pas cela comme du harcèlement l’est encore plus", a-t-elle tweeté après l’agression de Julia Guimaraes. "Si, lorsque que tu fais ton travail consciencieusement, quelqu’un se jette sur toi et t’embrasse, ce n'est pas qu’irrespectueux, c'est du #harcèlement. Beaucoup de commentaires sont pitoyables."

La reporter colombienne s’en est également prise aux "fausses féministes", qui croient bon de "dicter aux autres comment elles doivent se comporter et s’habiller" et finissent par "contester leur statut de victimes". "Cet incident ne sera pas le dernier", écrivait-elle alors. L’agression de notre journaliste Kéthévane Gorjestani lui a malheureusement donné raison.


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