Prises de sang : quand faut-il être à jeun ?

Santé

Des données scientifiques incitent les professionnels de la santé à la prudence et à continuer à recommander de faire les prises de sang à jeun pour de nombreux examens. Csaba Deli/Shutterstock

The Conversation

Prises de sang : quand faut-il être à jeun ?

Des données scientifiques incitent les professionnels de la santé à la prudence et à continuer à recommander de faire les prises de sang à jeun pour de nombreux examens. Csaba Deli/Shutterstock
Matilde Cañelles López, Instituto de Filosofía (IFS-CSIC)

Une personne sort d’un cabinet médical munie d’une ordonnance pour une prise de sang, elle se rend au laboratoire, obtient un rendez-vous pour 8 heures du matin pour lequel elle doit être à jeun. Le jour du rendez-vous, elle se présente avec l’estomac vide et en étant très faible (comme il ne fallait rien prendre, elle n’a même pas pris un café). Et elle se retrouve dans une file d’attente de plusieurs kilomètres dans laquelle chacun tient son ordonnance respective à la main. Au bout d’une demi-heure d’attente, on ne connaît même pas le nom des autres personnes dans la queue : on veut juste sortir de là pour aller prendre son petit-déjeuner.

Mais tout cela est-il vraiment nécessaire ? À une époque, faire les prises de sang à jeun était la norme. On mesurait la glycémie, on effectuait un bilan lipidique et une numération formule sanguine, et c’était à peu près tout. Évidemment, si vous mangiez un morceau de génoise juste avant la piqûre, votre glycémie montait en flèche.

Mais récemment, les examens sanguins se sont diversifiés. Aujourd’hui, les informations que l’on peut extraire d’un échantillon de sang ne dépendent pas toujours de ce que l’on a mangé au cours des heures qui ont précédé.

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Peut-on mesurer la glycémie et le cholestérol sans être à jeun ?

Le fait que l’on puisse désormais procéder à différents types d’examens sanguins est une bonne nouvelle. Cela signifie que les médecins sont capables d’extraire davantage d’informations à partir d’un échantillon de sang, ce qui permet d’éviter parfois des examens plus invasifs (comme les biopsies) ou plus lourds et plus coûteux (comme les endoscopies ou les IRM). L’inconvénient est que cela crée une confusion sur la nécessité, ou non, de rester à jeun.

Quand on passe en revue, un à un, les différents types d’examens sanguins, on constate que la plupart d’entre eux nécessitent encore d’être à jeun, même si, avec l’avancée des techniques de diagnostic, on découvre progressivement de nouveaux marqueurs sanguins qui ne sont pas altérés par l’ingestion d’aliments.

L’hémoglobine glyquée (HbA1c) est l’un d’entre eux. Elle est un indicateur de la glycémie au cours des trois derniers mois. En 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a conclu que l’HbA1c pouvait être utilisée pour diagnostiquer le diabète de type II. Mais comment fonctionne-t-elle ? Il s’avère que le glucose qui circule dans le sang se lie à l’hémoglobine des globules rouges, ce qui génère l’HbA1c ou hémoglobine glyquée.

Comme la demi-vie des globules rouges est de 2 à 3 mois [cela veut dire qu’au bout de 2 à 3 mois, la moitié des globules rouges disparaissent pour être remplacés par d’autres globules rouges, ndlr], des niveaux élevés d’hémoglobine glyquée indiquent que la personne a connu des niveaux élevés de glucose dans le sang pendant une période prolongée. Ce qui se révèle beaucoup plus significatif qu’une mesure de glycémie ponctuelle.

[En France, pour les personnes atteintes de diabète de type 2, la Haute autorité de santé recommande de réaliser le dosage de l’hémoglobine glyquée quatre fois par an, ndlr].

Concernant le cholestérol, une nouvelle méthode a été trouvée pour calculer la quantité de LDL (« mauvais cholestérol ») qui ne dépend pas tellement de ce que vous avez mangé dans les heures précédentes.

Dans d’autres situations, les informations fournies par des hôpitaux et des universités réputés sont contradictoires. Pour les analyses de sang qui concernent les fonctions rénales, hépatiques et thyroïdiennes, certaines sources préconisent d’être à jeun alors que d’autres, tout aussi sérieuses, affirment que cela n’est pas nécessaire.

De nombreux prestataires de soins médicaux favorables à la suppression du jeûne

Aux États-Unis, le ministère des anciens combattants [U.S.Department of Veterans Affairs, ndlr] réglemente, entre autres, les services médicaux pour tous les vétérans de guerre. Il a récemment décidé de supprimer le jeûne pour la plupart des analyses de sang.

Les progrès des techniques de diagnostic et les risques d’hypoglycémie chez des personnes diabétiques qui resteraient à jeun avant des analyses de sang sont les raisons mises en avant pour expliquer cette décision. Est également invoquée la saturation des unités en charge des prélèvements sanguins en matinée. Rester à jeun ne sera donc désormais requis que pour certains examens.

D’autres prestataires de soins médicaux suivent également cette tendance. Le groupe australien de laboratoires d’analyses médicales Clinical Labs préconise ainsi la suppression du jeûne avant tous les bilans lipidiques.

Mais quel est l’avis des médecins ?

Nous avons vu que les intérêts des patients et ceux des prestataires de soins médicaux sont alignés en faveur de l’élimination du jeûne avant les examens de sang. Mais au final, qui demande ces analyses et qui doit les interpréter et les traduire en une action concrète - comme décider d’un traitement ou d’une intervention ? - C’est le médecin. Il est donc essentiel de connaître son avis sur ces nouvelles tendances.

Malheureusement, il existe des données scientifiques qui incitent les professionnels de la santé à la prudence et à continuer à recommander d’être à jeun dans de nombreux cas. Ces données consistent, tout d’abord, dans le fait que de nombreux marqueurs extraits des analyses de sang subissent des variations importantes dans les 4 heures qui suivent l’ingestion d’un petit déjeuner léger.

Ce phénomène est connu sous le nom de « biais de laboratoire » et concerne particulièrement les mesures telles que la numération des cellules sanguines totales, l’albumine, la bilirubine, le phosphate, le calcium, le magnésium, le potassium, etc.

Il est logique que l’alimentation ait une grande influence sur les analyses de sang. En effet, la consommation d’aliments et de boissons autres que l’eau entraîne la libération par notre corps d’hormones et de métabolites qui modifient certaines substances présentes dans notre sang, et en changent la composition.

Est-il préférable d’effectuer les prises de sang le matin ?

Un autre sujet de préoccupation concerne les variations des paramètres à mesurer au cours de la journée, même si l’heure à laquelle on peut effectuer une prise de sang n’est pas réglementée. Une étude minutieuse a été menée auprès de 24 hommes en bonne santé qui ont effectué des prises de sang toutes les 3 heures pendant un cycle complet de 24 heures. Des fluctuations significatives ont été observées concernant plusieurs paramètres habituellement recherchés lors d’une prise de sang.

Ainsi, il a été observé que le potassium, le sodium, la créatine kinase, la bilirubine, la lactate déshydrogénase, l’acide urique et d’autres paramètres oscillent de manière significative au cours d’un intervalle de 24 heures. Seuls quelques paramètres, comme le magnésium ou la créatinine, ne varient pas de manière significative.

Compte tenu de ce qui précède, le fait de ne pas savoir depuis combien de temps une personne a mangé, ou même de ne pas toujours effectuer la prise de sang au même moment de la journée, peut conduire à des erreurs de diagnostic et de prescriptions de médicaments.

C’est pourquoi, pour l’instant, il y a de bonnes raisons de continuer à rester à jeun avant une prise de sang — en prenant soin de bien s’hydrater — pour la plupart des examens, et de les effectuer toujours à la même heure.

Qui sait, dans un avenir pas si lointain, nous pourrons peut-être nous passer du jeûne avant les prises de sang et même, espérons-le, éviter de nous déplacer pour les tests de diagnostic les plus courants.

Matilde Cañelles López, Investigadora Científica. Ciencia, Tecnología y Sociedad, Instituto de Filosofía (IFS-CSIC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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