Ah ! ce gluten, faisons le point

Santé

De plus en plus de consommateurs éliminent le gluten de leur alimentation quotidienne arguant de réactions qui ne sont pas de l'ordre allergique ou immunitaire. Ils ne sont ni allergiques au blé ni porteurs d'une maladie cœliaque rendant impératif une éviction à vie du gluten. On qualifie ces réactions au gluten de sensibilité au gluten non cœliaque ou d'hypersensibilité au gluten (HSG).

L'adoption d'un régime sans gluten semble améliorer de façon parfois spectaculaire les personnes souffrant de cette hypersensibilité. Faisons le point ensemble sur cette question de santé publique et d'actualité et voyons si vous aussi en souffrez !

Comment définir l’hypersensibilité au gluten ?

On dispose d'une définition consensuelle « entité clinique au cours de laquelle l'ingestion de gluten entraîne des symptômes digestifs et/ou extradigestifs et qui régressent sous régime sans gluten (RSG), après élimination d'une allergie au blé et d'une maladie cœliaque ».

L'hypersensibilité au gluten est une entité médicale relativement récente (première description en 1976) puis les articles en parlant se sont taris jusqu'au début des années 2010. Les auteurs parlent bien d'une entité spécifique éloignée de la maladie cœliaque car ne partageant pas les mêmes mécanismes pathogéniques. Je fais amende honorable car longtemps je n'accordais qu'une oreille un peu distraite aux descriptions parfois peu ragoûtantes de patients pourtant en complet inconfort digestif. On pouvait alors avoir tendance à coller l'étiquette « idiopathique » qui sert de fourre-tout médical quand on ne connaît pas vraiment la symptomatologie. Désormais, mon oreille est moins distraite à l'énoncé de ces troubles. La médecine évolue sans cesse et nous apprend l'humilité. « Je sais que je ne sais pas », disait Socrate.

Quels sont les symptômes ?

Les réactions décrites peuvent incorporer des signes digestifs et extra-digestifs. On peut citer des ballonnements, des troubles du transit intestinal à type accélération ou ralentissement, des flatulences, des distensions pénibles de la paroi abdominale. Cela ressemble énormément au syndrome de l'intestin irritable (SII) également dénommé colopathie fonctionnelle. Mais à côté, on peut décrire des maux de tête voire des migraines, des fatigues pénibles et répétées pouvant conduire à des léthargies, des dépressions, sans parler des douleurs diffuses ostéo-articulaires et qui sont mouvantes. Le risque réel est que le patient s'autodiagnostique surtout avec la flopée de sites pseudo médicaux et qu'il élimine sans avis médical le gluten rendant compliqué le diagnostic de maladie cœliaque, une maladie potentiellement grave car pouvant déclencher des cancers en cas de présence du gluten.

Cookies sans gluten. © Sweetlouise, Pixabay, DP

Cookies sans gluten. © Sweetlouise, Pixabay, DP

Alors combien de cas d’hypersensibilité au gluten en France ?

Réponse compliquée car troubles digestifs ne signifient pas forcément hypersensibilité au gluten et 25 % des Français (peut être même 50 %) souffrent de colopathie fonctionnelle accentuée par le stress. On situe plutôt la prévalence de ce trouble autour de 3 à 8 %, soit nettement plus que la maladie cœliaque qui ne touche que 1 % de la population française.

Comment faire le diagnostic ?

Et bien, on ne dispose d'aucun marqueur biologique à la différence de la maladie cœliaque. Donc, cela reste un diagnostic d'exclusion quand on a éliminé d'autres pathologies plus graves. Il semble que la perméabilité intestinale est endommagée en cas d'exposition au gluten, rendant poreuse la paroi intestinale. Toute la complexité est là, nous sommes avec une médecine aux mains nues (et encore les mains ne peuvent rien pour établir le diagnostic).

Suis-je sensible au gluten ou pas ?

Alors pour finir, l'hypersensibilité au gluten n'est pas synonyme de syndrome du colon irritable, car l'hypersensibilité ne s'arrête pas à la sphère digestive pour les symptômes décrits. Intolérance alimentaire n'est pas hypersensibilité alimentaire. Dans ce dernier cas, un allergène alimentaire crée une réponse immunitaire qui atteint le corps entier.

Donc, si vous ne souffrez que du ventre, vous avez un syndrome de l'intestin irritable. Si vous souffrez du ventre et de fatigue, de maux de tête, de douleurs musculaires, de vos articulations, il est très vraisemblable que vous êtes hypersensible au gluten et qu'il vous faudra une éviction des céréales comme le blé et peut-être l'orge, le seigle qui elles aussi contiennent du gluten.

Je termine en rappelant que se mettre au régime sans gluten ne consiste pas à pratiquer le sans-gluten les jours pairs ou les années bissextiles mais bien de conduire cela à vie avec toutes les contraintes s'y rattachant, ce qui n'est pas la meilleure nouvelle quand vous vivez dans un pays gastronomique comme la France.

On peut quand même s'interroger sur ces nouvelles pathologies émergentes qui peuvent faire penser que l'industrialisation de notre alimentation n'est pas sans conséquence sur notre écosystème interne. C'est un sujet préoccupant pour nous tous.


Source : Ah ! ce gluten, faisons le point


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