Lady Bird : jusqu’à quel âge est-on encore adolescent ?

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L'actrice qui incarne l'ado de Lady Bird n'a plus 18 ans depuis longtemps. Mais d'après certains scientifiques, elle est encore adolescente.

La scène est familière. Un beau jour de printemps, le calme d’une terrasse de café. Un garçon aux cheveux mi-longs, cigarette roulée pincée entre les lèvres, plongé dans les pages d’un livre d’histoire. La serveuse s’approche, maladroite. Ses cheveux rabattus derrière les oreilles, dont la teinture rouge a fané, encadrent un visage pâle aux joues grêlées d’acné, flanqué de grands yeux bleus alertes. Avec sa veste à carreaux trop grande pour elle, on lui trouve de faux airs de Kurt Cobain. C’est justement de musique qu’elle lui parle. Elle a entendu beaucoup de bien de son groupe. Ignorant le compliment, le garçon l’invite à venir les voir jouer le soir dans un bar. La fille esquisse un sourire. Son patron les interrompt. « Eh, je te paye pas pour flirter », lance-t-il depuis l’encadrement de la porte. Agacée, elle soupire et réplique qu’elle ne flirtait pas. « J’aurais bien aimé », remarque le garçon avant de retourner à son livre. Le visage de la serveuse s’illumine.

Ce visage, c’est celui de « Lady Bird », et la scène est tirée du film du même nom qui sortira le 28 février prochain dans les salles. Pour son premier long-métrage en solitaire, sa réalisatrice, Greta Gerwig – égérie du cinéma indépendant américain notamment vue dans  Greenberg  et Frances Ha —, voulait rendre hommage à ses teenage years, cette période de la vie engoncée entre l’enfance et l’âge adulte qu’on appelle chez nous l’adolescence. Son personnage, Christine « Lady Bird » McPherson, est en dernière année de lycée et se demande ce que sera sa vie future. Le point de départ classique de nombreux récits d’adolescence. Pourtant, l’actrice qui l’incarne, Saoirse Ronan, fêtera ses 24 ans en avril prochain. Étonnant ? Pas le moins du monde pour Gerwig, qui la trouve en tout point parfaite pour incarner son héroïne adolescente. Et la science pourrait bien lui donner raison.

Le 17 janvier dernier, la prestigieuse revue médicale The Lancet publiait « L’Âge de l’adolescence », une étude australienne dirigée par le Pr Susan Sawyer. Cette publication scientifique aurait pu rester confidentielle, mais en l’espace de quelques jours, elle a été reprise par les médias du monde entier, résumant son contenu en une phrase accrocheuse : « D’après les scientifiques, l’adolescence s’étendrait de 10 à 24 ans. » Mais si les recherches de la pédiatre respiratoire, directrice d’une chaire sur la santé des adolescents au sein de l’université de Melbourne, ont défrayé la chronique en début d’année, cela fait plus de trente ans que la scientifique a l’intuition qu’on fait fausse route dans le domaine.

1.L’âge de l’adolescence

Tout commence plus exactement en 1985, dans l’État de Victoria, au sud-est de l’Australie. Fraîchement diplômée de médecine, Susan Sawyer intègre le Royal Children’s Hospital de Melbourne comme interne en pédiatrie. Dans cette institution prestigieuse, bâtie au milieu des étendues verdoyantes du Royal Park de la deuxième ville du pays, Sawyer travaille chaque jour auprès d’enfants en bas âge, et se découvre un intérêt particulier pour la pédiatrie respiratoire. Six ans plus tard, en 1991, c’est en qualité de spécialiste qu’elle prend en charge des jeunes atteints de mucoviscidose, une grave maladie pulmonaire.

Ces adolescents, avec lesquels elle n’a pas l’habitude de travailler, la déstabilisent avec leurs questions et leur intarissable curiosité. Personne ne l’a formée pour répondre à leurs besoins spécifiques, souvent en rapport avec des interrogations de santé mentale et sexuelle. À la frontière de l’enfance et de l’âge adulte, ces jeunes ne rentrent dans aucune des cases prévues par les services de soins, et malgré les avancées de la médecine pour enfants, rien n’a encore été développé pour eux. À cette époque, le Centre pour la santé des adolescents de l’hôpital en est à ses balbutiements.

Après avoir œuvré des années pour son développement, Susan Sawyer en a aujourd’hui pris la direction. Présidente de l’Association internationale pour la santé des adolescents depuis 2017, elle est une des femmes à avoir le plus contribué à l’étude de la santé adolescente dans la région Asie-Pacifique. L’OMS et l’UNICEF l’ont également engagée comme consultante pour son expertise dans ce domaine. En 2016, avec d’autres chercheurs, elle publie dans The Lancet une première étude, dont les conclusions suggèrent d’étendre les bornes de l’adolescence – aujourd’hui fixées entre 10 et 19 ans. Cependant, malgré son autorité dans le domaine, la chercheuse essuie de nombreuses critiques. « Elles contestaient d’une part le fait que des enfants de 10 ans puissent déjà être adolescents, tout en considérant que des jeunes de 18 ans sont déjà pleinement matures », explique-t-elle.

Cela ne fait cependant aucun doute à ses yeux : notre perception de l’adolescence doit évoluer. C’est la raison pour laquelle le Pr Sawyer reprend cette idée deux ans plus tard dans « The Age of Adolescence », une étude plus approfondie sur le sujet, aux conclusions semblables. Cette fois pourtant, son étude est lue plus de 26 000 fois en l’espace de dix jours. « Stupéfaite et abasourdie », écrit la chercheuse sur Twitter. Cette médiatisation inattendue lui a permis de réaliser que la question passionne les gens – même s’ils négligent souvent la dimension scientifique de son étude.

Sawyer et son équipe veulent démontrer que l’adolescence n’est pas simplement une construction sociale, mais également une condition biologique. Le champ des neurosciences s’est incroyablement développé depuis une vingtaine d’années, et l’on sait désormais de source sûre que le cerveau continue d’évoluer après la puberté. Cet organe à la plasticité surprenante n’atteint sa maturité qu’autour de 25 ans, et c’est le cortex préfrontal, qui gère la prise de décision et la rationalité, qui se stabilise en dernier. Tout laisse donc penser aux scientifiques que le système limbique, le « cerveau émotionnel » de l’homme, continue de jouer un rôle dominant encore quelques années après la fin de la puberté...

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