De l’immigration au voile, comment le débat a échappé à Emmanuel Macron

Politique

Du 16 septembre au 16 octobre, récit d’un mois où les questions d’immigration et d’islam, de terrorisme et de communautarisme se sont mélangées dans une grande confusion, révélant les contradictions de la majorité.

L’été tire à sa fin. Mais il fait doux, ce lundi 16 septembre, dans les jardins de l’hôtel de Rothelin-Charolais, siège du ministère chargé des relations avec le Parlement. Les députés et sénateurs La République en marche (LRM) ont été conviés dans la soirée pour un pot de rentrée autour d’Emmanuel Macron, qui souhaite mobiliser ses troupes pour l’acte II du quinquennat.

Derrière son pupitre « Jupiter », censé évoquer la proue d’un bateau, le chef de l’Etat, en costume bleu sombre, lance l’offensive sur l’immigration, en tête de ses nouvelles priorités. « Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder le sujet en face,assène-t-il. En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste. »

Il explique que « les bourgeois » n’ont pas de problème avec l’immigration car « ils ne la croisent pas ». Ce sont les « classes populaires » qui « vivent avec ». Il rappelle que le Parlement doit débattre du sujet quinze jours plus tard. Et incite les siens à prendre le sujet « avec maturité et calme ».

Le président est rentré de vacances avec une idée fixe : impulser un virage régalien au quinquennat, afin de préparer la présidentielle de 2022. Il ne veut pas reproduire la coupable naïveté de Lionel Jospin, qui se pensait protégé par son bilan économique, avant de trébucher sur la sécurité, en 2002. Il sait aussi que son socle électoral a muté depuis 2017 : il s’est droitisé. Il a en outre besoin de renouer avec les catégories populaires après la crise des « gilets jaunes », considérée par le pouvoir comme un sérieux avertissement.

La veille de son discours devant les élus LRM, Macron a reçu à dîner à l’Elysée les « chapeaux à plume » de la majorité, pour leur expliquer pourquoi il entend remettre l’immigration au cœur du débat public. Il émet même, en des termes parfois crus, son souhait d’augmenter les expulsions d’Albanais sans papiers, selon un participant à ce dîner. « Il était très remonté, c’était du Sarkozy qui avait branché le Kärcher », raconte cette source.

« On n’a rien préparé »

Dans les jardins de l’hôtel de Rothelin-Charolais, le discours offensif du chef de l’Etat est accueilli fraîchement. Notamment dans les rangs des élus LRM issus de la gauche, qui avaient applaudi aux prises de position du candidat d’En marche ! quand il se posait en champion de la « société ouverte ».« Choquée » par les propos présidentiels, la députée LRM des Alpes-de-Haute-Provence Delphine Bagarry s’indigne ainsi : « J’avais l’impression d’écouter non pas l’homme de la campagne présidentielle mais un responsable du Front national ! »


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