CFTC-CFDT, un centenaire à deux têtes

Politique

La CFTC et la CFDT revendiquent l’héritage de la confédération née en 1919. Mais, après s’être violemment séparées, elles se sont retrouvées dans la famille réformiste

La CFTC fête ses 100 ans lors de son congrès confédéral, du 5 au 8 novembre à Marseille. C’est l’occasion de revenir sur une longue histoire, qui commence au XIXe siècle. En ce 13 septembre 1887, au 30, rue des Bourdonnais, à Paris, dix-sept jeunes gens se réunissent autour de Jean-Baptiste Giraudias, frère des écoles chrétiennes sous le nom de frère Hiéron, pour fonder le Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI). Promoteur d’un cercle ouvrier et d’un bureau de placement, le frère Hiéron entendait, avec le frère Exupérien, répondre aux vœux du pape Léon XIII, qui souhaitait que les congrégations créent des organisations propres aux salariés. Ainsi naquit le premier syndicat chrétien, entièrement masculin. Pour y adhérer, il fallait être un employé catholique de « bonne réputation », doté de deux parrains et désireux d’observer le repos dominical.

Le SECI connut des débuts difficiles. De 120 membres lors de sa création, il tomba à 30 en 1889. En 1891, l’encyclique de Léon XIII, Rerum novarum, encourage la constitution de syndicats chrétiens hostiles à la lutte des classes. En 1895, année de naissance de la CGT, le SECI revendique 800 adhérents. En 1905, Gaston Tessier rejoint le SECI, présidé par Jules Zirnheld, devient un des rédacteurs de son journal, L’Employé, et le secrétaire général adjoint. En mai 1913, les deux hommes créent, avec vingt-cinq syndicats, certains entièrement féminins, la Fédération française des syndicats d’employés catholiques.

Au lendemain de la première guerre mondiale, c’est au siège du SECI, rue Cadet à Paris, que se regroupent 321 syndicats pour fonder, les 1er et 2 novembre 1919, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). L’adjectif « catholique » a été évité, pour ne pas exclure les protestants. Mais l’article premier des statuts annonçait clairement la couleur : « La Confédération entend s’inspirer dans son action de la doctrine sociale de l’Eglise définie dans l’encyclique Rerum novarum. Elle estime que la paix sociale nécessaire à la prospérité de la patrie et l’organisation professionnelle, assise indispensable de cette paix, ne peuvent être réalisées que par l’application des principes de justice et de charité chrétiennes. »

Dissolution en 1940

Présidée par Jules Zirnheld, la CFTC est aussi le fruit du contexte international. Comme l’a expliqué l’historienne Claude Roccati, lors d’un débat organisé par la CFDT le 15 octobre : « C’est parce qu’il y avait une demande formulée par des syndicalistes chrétiens européens, qui voulaient constituer une Internationale syndicale chrétienne face à l’Internationale socialiste qui se mettait en place, qu’il fallait construire une confédération en France. » En 1920, la CFTC, qui comptait 156 000 membres, contribua à la création de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC), Gaston Tessier y jouant un rôle majeur.


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