Téléfilms de Noël : les recettes de leur succès au long cours

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Falling for Christmas, téléfilm de Noël diffusé sur Netflix. Netflix

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Téléfilms de Noël : les recettes de leur succès au long cours

Falling for Christmas, téléfilm de Noël diffusé sur Netflix. Netflix
Julie Escurignan, Pôle Léonard de Vinci

Alors que la nuit tombe plus tôt, que les rues, vitrines et monuments s’illuminent de mille feux et que les traditionnels marchés s’installent au cœur des bourgs, Noël envahit également l’intérieur des habitations, des décorations aux petits écrans. En effet, comme le chantait Billy Mack dans le désormais culte Love Actually, « Christmas is all around », y compris à la télévision.

Les « films de Noël » ne sont pas nouveaux : ils existent dès la fin du XIXe siècle et arrivent en France au tout début du XXe siècle (avec notamment Santa Claus de George Albert Smith, en 1898). Parmi les plus iconiques, on compte Maman j’ai raté l’avion (1990), Love Actually (2003), The Holiday (2006), ou les diverses adaptations des contes et histoires de Noël (Le Grinch, par exemple).

En plus d’un siècle d’histoire, ils ont bien entendu évolué au gré des époques et des technologies. Si les films de Noël existent toujours, ces dernières décennies ont vu le succès d’un autre format : les téléfilms de Noël. Ces derniers sont produits uniquement pour la télévision, et donc sont soumis à une production différente, généralement bien moins onéreuse. Ils se distinguent aussi par des codes narratifs bien précis empruntés aux comédies romantiques – les décorations de Noël en plus – qui en font des objets emblématiques de la période des fêtes.

Un scénario cousu de fil blanc

En général, l’histoire suit une jeune femme carriériste vivant dans une grande ville ; elle rencontre un problème qui la contraint à se rendre dans une petite bourgade pour les fêtes, où elle va rencontrer un homme. Sur place, les habitants et le protagoniste masculin, baignés dans une ambiance festive traditionnelle, l’aident à résoudre son problème, l’incitant ainsi à changer de vie et à s’installer dans la bourgade où elle a passé Noël… avec l’homme en question.

Parmi les instigateurs de ces codes bien connus de tous les amateur de ces téléfilms, on compte la chaîne américaine Hallmark, filiale de Hallmark Cards, la plus grande entreprise de cartes de vœux américaine. A l’origine, les films produits par la chaîne Hallmark avaient pour but de rappeler aux téléspectateurs que le temps était venu d’envoyer des cartes de vœux.

Les valeurs de Noël représentées dans les téléfilms appellent au partage et à la générosité, tentant ainsi d’inciter leurs publics à promouvoir les mêmes valeurs dans leur vie quotidienne. La chaîne Hallmark elle-même était, avant de devenir Hallmark, une chaîne religieuse (The Faith and Values Channel), puis une chaîne centrée sur la famille (Odyssey Network).

Cette orientation vers des programmes pour la famille s’est intensifiée après le rachat d’Odyssey par Hallmark, ce qui explique le côté conservateur de ses productions mais aussi l’aspect marketing, toujours présent derrière ces programmes saisonniers. La chaîne Hallmark diffuse dès le début des années 2000 ses premiers films de Noël et lance en 2009 son « Countdown to Christmas », une programmation spéciale de fin octobre au 1er janvier », établissant la diffusion saisonnière des téléfilms de Noël. Hallmark est par ailleurs un des plus grands producteurs de téléfilms de Noël, avec plus de 300 films diffusés depuis 2009 et près de 40 nouveaux films produits et diffusés chaque année.

Ces téléfilms sont le fruit d’un simple calcul : un téléfilm de Noël Hallmark est produit pour environ 800 000 $ en trois mois (contre plusieurs millions de dollars et plus d’un an pour un film classique) tout en étant extrêmement rentable, lors de la diffusion américaine (les annonceurs plébiscitent ces productions de fin d’année) et de la vente de ces téléfilms à l’international.

Les téléfilms Hallmark jouissent d’un succès certain, rassemblant plusieurs millions de téléspectateurs devant leur écran. De fait, Hallmark était en 2020 une des chaînes américaines les plus regardées.

En France aussi

Mais les téléfilms de Noël se sont également démocratisés en France ces dernières années. TF1 diffuse quotidiennement 2 téléfilms de Noël à partir de fin octobre. Les téléspectateurs français peuvent également trouver des films de Noël sur les plates-formes de replay My TF1 (dans la section Les Films de Noël) et M6 Replay (dans la section Téléfilms de Noël).

Depuis plusieurs hivers, les téléfilms de Noël sont également devenus des incontournables des plates-formes de streaming telles que Netflix, qui s’est lancé dans la production de téléfilms et séries de Noël depuis 2017. Ces productions, parmi lesquelles on peut citer A Christmas Prince (2017), The Princess Switch (2018), A Castle for Christmas (2021) ou The Noel Diary (2022), rencontrent un succès indéniable. Sous forme de téléfilm ou de séries, ces réalisations reprennent les codes bien connus des films de Noël, tout en tentant d’actualiser le genre, avec plus de diversité dans les castings et la production de films de Noël LGBTQ-friendly par exemple (Happiest Season, 2020, Single All the Way, 2021).

On l’a bien compris, à partir du 1er novembre, il n’est plus possible d’échapper à ces productions kitsch et pleines de bons sentiments. Comme l’écrit Maxime Fettweis, « désormais incontournables, ces productions américaines se sont fait une place de choix dans le catalogue des rituels de Noël ». Celles-ci enchantent autant qu’elles agacent : pour certains téléspectateurs, ces productions codifiées et prévisibles sont insupportables, alors qu’elles font chaque année le bonheur d’autres publics, inconditionnels du genre. Qu’on les aime ou qu’on les déteste, les téléfilms de Noël ne laissent personne indifférent. Mais quelles sont les raisons de leur succès ?

Un rendez-vous réconfortant

Un des premiers facteurs de succès des téléfilms de Noël, c’est leur temporalité : ces productions ne sont diffusées qu’à une période de l’année, entre fin octobre et début janvier. Ce sont donc des produits « de saison », dont les spectateurs ne peuvent profiter qu’à une période donnée et pendant un laps de temps déterminé.

Outre leur saisonnalité, les téléfilms de Noël sont également un divertissement qui arrive à point : novembre rime généralement avec pluie et froid, alors que décembre est le plus souvent une période effrénée et stressante de planification des achats de Noël et d’organisation des fêtes de famille. Que ce soit contre la grisaille de novembre ou la frénésie de décembre, les téléfilms de Noël apportent optimisme et réconfort, et présentent une vision positive des fêtes de fin d’année.

Autre raison de leur succès, ces téléfilms en appellent à la nostalgie des téléspectateurs à l’égard de la période de Noël. Par le biais de poncifs liés à la période des fêtes, ils convoquent des souvenirs et soulignent ce qui en fait une période magique – ou offrent l’occasion de la fantasmer ou de l’idéaliser. À cet égard, les téléfilms de Noël sont une véritable madeleine de Proust permettant un retour en enfance. Les spectateurs voient à nouveau Noël à hauteur d’enfant, avec ses lumières, sa magie et sa chaleur humaine – ou peuvent se lover dans cet imaginaire stéréotypé, quand bien même Noël n’a jamais ressemblé à cela pour eux. Ces productions se veulent un plaisir réconfortant qui garantit une déconnexion avec les problèmes du quotidien.

Des valeurs conservatrices et rassurantes

Les téléfilms de Noël mettent également en avant des valeurs conservatrices qui peuvent être rassurantes : la famille, la communauté, la solidarité, l’amitié, la loyauté. Ces « bons sentiments » qui peuvent faire paraître ces films mièvres sont également ce qui les rendent attrayants : ils ne sont pas engagés politiquement (même s’ils sont sous-tendus par une idéologie conservatrice), non clivants, et ne traitent pas de sujets controversés. Ce sont des téléfilms qui se veulent consensuels, qui rassemblent en rappelant les valeurs idéales d’une société utopique. Dans ces productions, les valeurs américaines conservatrices ont la part belle, et subliment la vie dans les petites villes, le travail manuel et les petits bonheurs quotidiens, par opposition à la représentation des citadins-cols blancs carriéristes et égocentriques. Ces téléfilms mettent aussi l’accent sur le fait qu’il n’y a pas besoin d’aller loin pour trouver le bonheur, dans une vision rassurante et un « retour aux vraies valeurs » qui trouve un écho aux États-Unis et au-delà.

Un divertissement pour toute la famille

Enfin, les téléfilms de Noël sont des produits divertissants par leur simplicité de compréhension. Ils ne requièrent pas une grande attention, s’adressent à tous, petits et grands, et permettent ainsi de rassembler toute la famille. Les scénarii cousus de fil blanc permettent de s’adonner à d’autres activités en parallèle tout en créant une ambiance de Noël.

C’est ce qu’affirmait Bill Abbott, alors dirigeant de Crown Media Family Networks, la maison mère de la chaîne Hallmark, lorsqu’il déclarait : « Notre but est de créer une expérience où on peut allumer la télévision, se sentir bien, et cuisiner, décorer ou faire une activité en lien avec les fêtes qui met dans l’esprit de Noël. » Les téléfilms de Noël ne sont donc pas des films faits pour être appréciés pour leur qualité cinématographique, mais l’équivalent télévisuel d’un feu de cheminée, appréciés pour leur valeur symbolique et leur capacité à fédérer. Ils parlent à toutes les générations et ainsi unissent la famille devant la télévision, que ce soit pour profiter du film… ou pour s’en moquer.

Qu’on les aime ou qu’on les déteste, les téléfilms de Noël font à présent bien partie du paysage médiatique français. Ce genre codifié et rassurant, fortement ancré dans les valeurs traditionnelles américaines, a su trouver son public en France. Au-delà des téléfilms américains, les plates-formes de streaming comme Netflix ont permis une plus grande diversification des productions de Noël, avec l’apparition de téléfilms et séries de Noël français, espagnols ou norvégiens qui adaptent le genre aux spécificités culturelles européennes. Un premier pas vers de nouvelles représentations ?

Julie Escurignan, Enseignante chercheuse en Communication & Marketing, Responsable du Master Creative & Cultural Industries Management, Pôle Léonard de Vinci

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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