Macron-Merkel, la stratégie de la tension

Politique

Le président français et la chancelière allemande devaient se retrouver, lundi, à Berlin, pour un sommet sur les Balkans. A moins d’un mois des élections européennes, les divergences au sein du couple franco-allemand s’étalent désormais au grand jour.

La photo devrait être réussie : Emmanuel Macron et Angela Merkel côte à côte, lundi 29 avril, à Berlin, partageant la présidence d’un sommet sur l’avenir des Balkans occidentaux en présence de plusieurs dirigeants de la région.

Certes, le président français et la chancelière allemande ne sont pas à l’unisson sur tous les points de l’ordre du jour, en particulier sur la question sensible d’un éventuel échange de territoires entre le Kosovo et la Serbie : lancée à l’été 2018 par les présidents des deux pays afin de solder deux décennies de conflit larvé, la perspective d’une modification des frontières n’est pas rejetée a priori par Paris, alors qu’elle suscite une extrême réserve à Berlin, où l’on craint un précédent dangereux.

Mais là n’est pas l’essentiel. Dans les entourages de M. Macron et de Mme Merkel, ce premier sommet sur les Balkans coprésidé par la France et l’Allemagne est célébré comme un symbole de la « bonne coopération [existant] entre deux pays qui se savent investis d’une responsabilité particulière quand il s’agit de l’avenir de l’Europe, comme ils le font déjà sur l’Ukraine », explique un diplomate français.

Un symbole d’unité bienvenu, près de trois semaines après le Conseil européen extraordinaire du 10 avril, où le président français et la chancelière allemande ont, pour la première fois, laissé apparaître au grand jour leurs désaccords sur le Brexit, Mme Merkel affichant ostensiblement, ce jour-là, sa complicité avec la première ministre britannique Theresa May devant les caméras…

« Après l’amitié surjouée des débuts entre Macron et Merkel, la réalité est que les chemins de la France et de l’Allemagne sont en train de diverger de plus en plus », constate un haut responsable européen en poste à Bruxelles. On l’a vu sur le Brexit, quand M. Macron a refusé d’accorder au Royaume-Uni le délai d’un an réclamé par Mme May, avec le soutien de Mme Merkel. Ou quand, quelques jours plus tard, Paris s’est à nouveau différencié de Berlin, en s’opposant à l’ouverture de négociations commerciales entre les Etats-Unis et l’Europe.

Configuration politique inédite

A quoi tiennent ces divergences ? D’abord, à des facteurs de politique intérieure. « Emmanuel Macron doit sauver la fin de son quinquennat après la crise des “gilets jaunes” et le grand débat qui a suivi », observe un diplomate allemand.

A Berlin, c’est ainsi, par exemple, qu’on analyse l’empressement du gouvernement français à mettre en place une taxe sur les géants du numérique. Une mesure dont les Allemands ne voulaient pas, de crainte que cette « taxe GAFA » ne pousse les Etats-Unis à mettre à exécution leurs menaces de hausse des tarifs douaniers sur les importations de voitures allemandes. Mais une mesure politiquement utile à un président français en quête de réponses aux demandes de justice fiscale qui s’expriment dans l’Hexagone.


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