Les édulcorants pourraient augmenter le risque de cancers

Santé
The Conversation

Une nouvelle étude française souligne que les risques de cancer augmentent avec la consommation d'aspartame notamment. SabOlga / Shutterstock

James Brown, Aston University

L’idée que les édulcorants sont mauvais pour la santé n’est pas nouvelle. Des études ont d’ailleurs établi un lien entre leur consommation excessive et des pathologies telles que l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires. Mais les liens avec le cancer restaient plus incertains.

Il avait par exemple été démontré qu’un édulcorant artificiel, le cyclamate (E952), augmentait le risque de cancer de la vessie et d’atrophie testiculaire chez les rats. Cependant, la physiologie humaine étant différente de celle des rats, il n’a pas été possible ensuite de trouver un lien équivalent entre cet édulcorant et ces risques chez l’homme.

Malgré cela, les médias ont continué à faire état d’un lien entre édulcorants et cancer.

Mais aujourd’hui, une récente étude française publiée dans PLOS Medicine, menée sur 102 865 adultes (cohorte NutriNet-Santé), apporte de nouvelles données (les participants étaient répartis en trois groupes, non consommateur, faibles consommateurs et grands consommateurs d’édulcorants, ce dernier groupe étant lui-même subdivisé en deux selon le sexe, ndlr). Cet important travail d’analyse statistique a montré que les personnes qui consomment des niveaux élevés de certains édulcorants présentent effectivement une légère augmentation du risque de développer plusieurs types de cancers.

Pour évaluer leur consommation d’édulcorants artificiels, les chercheurs ont demandé aux participants de tenir un journal alimentaire (antécédents médicaux, mode de vie, etc. étaient également renseignés). Environ la moitié des participants ont été suivis pendant plus de huit ans.

L’étude a révélé que l’aspartame (E951) et l’acésulfame-K (E950), en particulier, sont associés à un risque accru notamment de cancer du sein et des cancers liés à l’obésité : cancers colorectaux, de l’estomac et de la prostate. Cela suggère que la suppression de certains types d’édulcorants de votre alimentation pourrait réduire le risque de cancer.

Le risque cancéreux des édulcorants

De nombreux aliments courants contiennent des édulcorants. Ces additifs imitent l’effet du sucre sur nos récepteurs gustatifs, procurant un goût sucré intense sans ou avec très peu de calories. Certains édulcorants sont d’origine naturelle (comme la stévia ou le sirop de yacon). D’autres, comme l’aspartame, sont issus d’une synthèse artificielle.

Bien qu’ils ne contiennent que peu ou pas de calories, les édulcorants ne sont pas sans effet sur notre santé. Par exemple, l’aspartame se transforme en formaldéhyde, (un agent cancérigène connu), lorsque le corps le digère. Il peut alors s’accumuler dans les cellules et les rendre cancéreuses.

Nos cellules sont organisées pour s’autodétruire lorsqu’elles deviennent cancéreuses. Mais il a été démontré par ailleurs que l’aspartame « éteint » les gènes qui commandent ce processus de protection. Il a également été démontré que d’autres édulcorants, dont le sucralose et la saccharine, endommagent l’ADN, ce qui peut là encore conduire au cancer.

Les édulcorants peuvent également avoir un effet profond sur les bactéries qui vivent dans notre intestin – notre microbiote intestinal. La modification de ces microorganismes peut affaiblir le système immunitaire, avec là encore un effet délétère sur l’identification et l’élimination des cellules cancéreuses.

Frigo de supermarché rempli de soda
Présents partout, les édulcorants sont associés à des risques d’obésité, de diabète, etc. et ce malgré leur pauvreté en calories. Mais ce risque reste difficile à évaluer précisément. icosha/Shutterstock

La difficulté de recueillir des données

Mais jusqu’à présent, ces résultats n’avaient été obtenus que dans des cellules en culture (in vitro) et non dans un organisme vivant – ou alors chez un organisme modèle mais pas chez l’être humain. Et ces expériences sur les animaux et cellules ne permettent pas encore de savoir précisément comment les édulcorants déclenchent ou favorisent les modifications cancéreuses des cellules.

Nombre de ces expériences restent difficiles à mener chez notre espèce, car elles exigent que les édulcorants testés soient administrés à des doses beaucoup plus élevées que celles qu’un être humain ne pourrait jamais (normalement) consommer.

Une autre limite des recherches antérieures sur ce sujet est que la plupart n’ont observé que l’effet de la consommation d’édulcorants sans faire de comparaison avec un groupe témoin n’ayant consommé aucun édulcorant. Une récente étude systématique portant sur près de 600 000 participants a même conclu qu’il existait des preuves limitées suggérant qu’une consommation importante d’édulcorants artificiels pouvait augmenter le risque de certains cancers. Une étude publiée dans le BMJ était arrivée à une conclusion similaire.

Une étude qui en appelle d’autres

D’où l’intérêt des résultats obtenus cette fois pour notre espèce par cette nouvelle étude (qui note en conclusion que « les édulcorants artificiels (en particulier l’aspartame et l’acésulfame-K), qui sont utilisés dans de nombreuses marques de produits alimentaires et de boissons dans le monde entier, ont été associés à un risque accru de cancer », ndlr). Ce qui justifie certainement des recherches complémentaires, demandées par les auteurs.

Il est donc important de connaître les limites de ce premier jalon pour aller plus loin. Tout d’abord, les journaux alimentaires tenus par les participants peuvent ne pas être totalement fiables. D’une part une certaine malhonnêteté est toujours possible quant à ce qui est mangé ; d’autre part parce qu’ils peuvent oublier, en toute bonne foi, ce qu’ils ont consommé.

Bien que cette étude ait recueilli les journaux alimentaires tous les six mois, il reste un risque d’erreur dans l’enregistrement précis de ce qui est bu et mangé. L’équipe de recherche en était consciente et a travaillé à atténuer ce risque en demandant aux participants de prendre également des photos des aliments qu’ils mangeaient. Malgré cette double sécurité, il reste possible que tous les aliments consommés n’aient pas été inclus.

Autre point : la prise de poids, pas anodine quand on sait l’impact de l’obésité sur certains risques de cancer. Or, sur la base des données actuelles, il est généralement admis que l’utilisation d’édulcorants artificiels est associée à une augmentation du poids corporel – bien que les chercheurs ne soient pas tout à fait certains que les édulcorants soient directement à l’origine de ce phénomène. Bien que cette recherche ait pris en compte l’indice de masse corporelle des adultes suivis, il est possible que ce soit les modifications de la graisse corporelle observées qui aient contribué au développement de plusieurs de ces types de cancers. Et non les édulcorants absorbés.

Enfin, le risque de développer un cancer chez les personnes qui consommaient les quantités les plus élevées d’édulcorants artificiels par rapport à celles qui en consommaient les quantités les plus faibles était modeste – avec « seulement » 13 % de risque relatif supplémentaire pendant la période d’étude.

Ainsi, bien que les personnes qui ont consommé les plus grandes quantités d’édulcorants aient effectivement eu un risque accru de cancer, celui-ci n’était encore que légèrement supérieur à celui des personnes ayant consommé les plus faibles quantités.

Les édulcorants ne sont pas sans risque

Si le lien entre l’utilisation d’édulcorants et les maladies, y compris le cancer, est toujours controversé, il ne peut être ignoré. De plus, il est important de noter que tous les édulcorants ne sont pas comparables.

Pochettes colorées d’aspartame, de cyclamate, etc
Tous les édulcorants ne sont pas équivalents, en pouvoir sucrant comme en risques associés. Peter Hermes Furian/Shutterstock

L’aspartame, présent dans des milliers de produits alimentaires, et la saccharine peuvent être associés à des soucis de santé, d’autres édulcorants semblent moins nocifs.

La stévia, produite à partir de la plante Stevia rebaudiana, serait utile pour contrôler le diabète et le poids corporel et réduire la pression artérielle. Le xylitol, un alcool de sucre naturel, pourrait soutenir le système immunitaire et la digestion. Il semblerait également que stévia et xylitol ne favorisent pas les caries dentaires, possiblement parce qu’ils tuent les « mauvaises » bactéries buccales.

Au-delà de la quantité d’édulcorant que vous consommez, le choix du type que vous utilisez, et comment, est donc également important. (En France les autorités sanitaires préconisent d’apprendre à manger moins sucré. Évaluant les bénéfices et risques des édulcorants intenses, l’Anses indique en effet « qu’il n’existe pas d’élément probant permettant d’encourager, dans le cadre d’une politique de santé publique, la substitution des sucres par des édulcorants intenses », ndlr)The Conversation

James Brown, Associate Professor in Biology and Biomedical Science, Aston University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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