Covid-19 : six questions sur la distribution des vaccins, qui en profitera ?

Santé

L'annonce de Pfizer sur l'efficacité record de son futur vaccin a redonné espoir au monde entier sur une perspective de sortie de la pandémie de Covid-19. Mais il ne suffit pas de disposer d'un ou plusieurs vaccins efficaces. Encore faut-il pouvoir en fabriquer suffisamment et les distribuer aux bonnes personnes. Qui aura vraiment accès à ces nouveaux vaccins ? Qui pourra se les offrir ? À quel public les distribuer en priorité ? Et faut-il le rendre obligatoire ? Six questions clés pour anticiper.

L’annonce de Pfizer sur une efficacité de 90 % de son futur vaccin a fait l'effet d'une petite bombe le 9 novembre dernier, plusieurs médias titrant déjà sur une possible sortie de la pandémie de Covid-19. Plusieurs autres vaccins pourraient en réalité être mis sur le marché dès le printemps prochain : à l'heure actuelle, 47 « candidats vaccins » sont en cours d'évaluation dans des essais cliniques sur l'Homme à travers le monde et 10 en sont au stade le plus avancé, la phase 3 préliminaire à une autorisation de mise sur le marché. Parmi eux, on trouve celui de l'alliance germano-américaine BioNTech-Pfizer, de la société américaine Moderna, de plusieurs laboratoires chinois, ainsi qu'un projet européen mené par l'université d'Oxford avec le Britannique AstraZeneca ou encore le vaccin Spoutnik V, développé par la Russie et son institut de recherche Gamaleïa. En supposant qu'un ou plusieurs de ces vaccins soient approuvés en urgence par les autorités de santé, le casse-tête ne fera que commencer. Voici les problèmes auxquels il va falloir faire face.

Qui disposera des vaccins ?

Alors que personne ne sait encore quels vaccins seront réellement efficaces et sans danger, la course à l'acquisition est déjà lancée. Une grande partie du stock de Pfizer est déjà réservée aux États-Unis, qui ont déjà commandé 100 millions de doses. De son côté, la Commission européenne a négocié un contrat pour la fourniture de 300 millions de doses. Le Japon a commandé et payé 120 millions de doses. Les différents pays n'ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier et passé commande auprès de nombreux autres laboratoires. L'Europe a ainsi signé au mois d'août un accord pour la livraison de 300 millions de doses de vaccin du groupe AstraZeneca et a constitué un fonds de 2,4 milliards d'euros pour financer tous ses achats. Au total, 8,8 milliards de doses de vaccins ont déjà été réservés par les différents pays à travers le monde, selon l’université de Duke. Plusieurs pays ont acheté de quoi couvrir plusieurs fois les besoins de sa population : le Canada a par exemple réservé plus de 300 millions de doses d'éventuels vaccins, soit cinq fois les besoins nécessaires pour vacciner ses habitants à raison de deux vaccins par personne !

Quels pays seront servis en premier ?

Si les pays développés ont les moyens de préacheter des millions de doses sans garantie sur leur efficacité, ce n'est pas le cas des pays en développement. Le programme mondial ­Covax, en partie géré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est donc pour sa part en charge d'assurer une répartition égalitaire des vaccins, avec un objectif de fournir deux milliards de doses aux pays qui y ­adhèrent. Cette « centrale d'achat » met en commun des fonds abondés par les pays les plus riches - qui peuvent donc eux-mêmes bénéficier de doses - et de l'argent de l'aide publique au développement. Un programme jugé insuffisant, d'autant plus que des grands pays comme les États-Unis ou la Russie ont refusé d'y participer.

C'est d'autant plus problématique que laisser des pays sur le côté risque de faire capoter l'éradication de l'épidémie au niveau mondial. Selon une étude de l’université de Northeastern, deux fois plus de personnes pourraient mourir de la Covid-19 dans le monde si les premiers deux milliards de doses sont réservés exclusivement aux pays riches plutôt que d'être équitablement répartis. Autre problème : le vaccin de Pfizer nécessite un stockage à froid extrême (-70 °C), ce qui le rend inutilisable dans de nombreux pays ne disposant pas des infrastructures de stockage nécessaires. Dans certaines campagnes de vaccination, jusqu'à 60 % des vaccins sont ainsi gaspillés en raison d'une rupture de la chaîne du froid...

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