Benjamin Coriat : « Il est possible de développer des médicaments en se démarquant du système des brevets »

Economie

Pour l’économiste Benjamin Coriat, des modèles alternatifs de propriété intellectuelle peuvent faciliter l’accès aux traitements des « personnes négligées », au Sud comme au Nord.

Benjamin Coriat est économiste à l’université Paris-XIII, spécialiste des questions de propriété intellectuelle et d’innovation, et membre du collectif Les Economistes atterrés. De 2000 à 2010, il a coordonné au sein de l’Agence nationale de la recherche contre le sida (ANRS) les études socio-économiques sur l’accès aux soins dans les pays en développement. Ses recherches actuelles portent sur les alternatives au système de la propriété intellectuelle, en particulier sur le modèle des communs fondé sur une économie collaborative. Il a publié, en 2018, Vers une république de biens communs ? (éd. Les liens qui libèrent).

Quels sont les effets sur la santé publique du système de propriété intellectuelle en matière de médicament ?

Le scandale de l’accès aux médicaments antirétroviraux contre le sida à la fin des années 1990 a contraint les industriels à accepter la production de médicaments génériques, ce qui a permis de traiter les patients des pays du Sud. Le coût du traitement est ainsi passé de 14 000 dollars(12 700 euros) par personne et par an pour les médicaments brevetés – trois fois le revenu annuel moyen dans la plupart des pays africains – à 140 dollars par personne et par an avec les génériques. Mais ces compromis concernent uniquement la première génération de médicaments antirétroviraux et non ceux commercialisés depuis 2005, dont les patients ont pourtant besoin en raison de l’émergence de virus résistants.

Ces antirétroviraux de deuxième génération sont vendus au prix fort par l’industrie pharmaceutique au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ce qui l’oblige à établir des priorités parmi les patients et les maladies à traiter. Outre les médicaments contre le sida, le problème existe pour d’autres médicaments, notamment avec le sofosbuvir, le traitement commercialisé par Gilead contre l’hépatite C, hors de portée des patients de la plupart des pays du Sud. De plus, comme l’industrie pharmaceutique reste maîtresse du marché du médicament, elle maintient l’opacité sur les prix. On a une situation où les médicaments sont vendus à des prix très variables suivant les pays, en faisant en sorte d’accorder à chacun une ristourne suffisante pour éviter la formation de coalitions.

Vous vous intéressez à un modèle alternatif à celui de la propriété intellectuelle exclusive, le PDP (« product development partnership »). De quoi s’agit-il ?

C’est un modèle qui a surgi avec la globalisation des épidémies, après la prise de conscience de la situation des patients des pays en développement, qu’il s’agisse des malades du sida ou de ceux atteints par des maladies négligées dans lesquelles l’industrie pharmaceutique n’investit pas, faute de marchés rentables.


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