Vous prenez votre téléphone aux toilettes ? Les microbes vous disent merci !

Santé
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La sale vérité à propos de l'usage du portable aux toilettes… Canva/Shutterstock

Vous prenez votre téléphone aux toilettes ? Les microbes vous disent merci !

La sale vérité à propos de l'usage du portable aux toilettes… Canva/Shutterstock
Primrose Freestone, University of Leicester

Nous l’emmenons partout, au lit, aux toilettes, dans le métro… Pour beaucoup, « le » consulter est la première action de la journée. Il s’agit bien sûr du téléphone portable. Plus de 90 % de la population mondiale en possède ou utilise un aujourd’hui, et beaucoup d’entre nous ne pourraient plus s’en passer…

Si utile qu’il soit, ce compagnon n’est pas exempt de tout reproche – notamment sanitaire. Les préoccupations liées à leur utilisation portent généralement sur la distraction qu’ils peuvent causer au volant, les effets possibles de l’exposition aux radiofréquences ou la dépendance qu’ils peuvent engendrer. Un autre type de risque est souvent oublié : celui de l’infection microbienne ! Il est pourtant bien réel.

D’où viennent ces germes qui les colonisent ? Une enquête réalisée au Royaume-Uni en 2019 a révélé que la plupart des gens utilisaient leur téléphone aux WC. Il n’est donc pas surprenant de découvrir que des analyses ont révélé que les précieuses machines étaient plus sales que les sièges des toilettes.

Nous donnons également régulièrement nos téléphones aux enfants (qui ne sont pas vraiment réputés pour leur hygiène) pour qu’ils jouent avec. Nous mangeons aussi en les utilisant et nous les posons sur toutes sortes de surfaces (sales)… Nous parlons (postillonnons) dessus, y compris lorsque nous sommes malades. Voilà autant de situations pouvant permettre à des microbes de s’y installer à demeure, et d’y trouver de la nourriture dont ils auront besoin pour subsister.

On estime que les gens touchent leur téléphone des centaines, voire des milliers de fois par jour. Et si beaucoup d’entre nous se lavent régulièrement les mains après être allés aux toilettes, avoir cuisiné, fait le ménage, les courses ou jardiné, il est beaucoup plus improbable que nous envisagions de nous laver les mains chaque fois que nous le touchons.

Mais étant donné à quel point les téléphones peuvent être contaminés par des pathogènes de toutes sortes, il est peut-être temps de penser davantage à leur hygiène

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Germes, bactéries et virus…

Nos mains ramassent constamment des bactéries et virus, et sont reconnues comme un moyen commun pour contracter une infection. Il en va de même pour les téléphones que nous touchons. De nombreux travaux ont étudié le fait qu’ils puissent être colonisés par des micro-organismes et ont confirmé la possibilité qu’ils puissent être contaminés par des cohortes de champignons, bactéries et autres micro-organismes potentiellement pathogènes.

Parmi les plus couramment trouvées chez les bactéries, on compte E. coli, qui provoque des diarrhées (et qui, soit dit en passant, provient des excréments humains), des Staphylococcus, qui infectent la peau, des Actinobacteria, qui peuvent causer la tuberculose et la diphtérie, des Citrobacter, responsables d’infections urinaires douloureuses, et des Enterococcus, connues pour causer des méningites. Des Klebsiella, Micrococcus, Proteus, Pseudomonas et Streptococcus ont également été identifiées et peuvent toutes avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Des analyses menées sur une cinquantaine de téléphones avaient révélé la présence de plus de 7000 types de bactéries différentes.

De façon assez problématique, il apparaît que beaucoup de ces bactéries pathogènes présentes sont souvent résistantes aux antibiotiques, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas être traitées avec des traitements conventionnels. C’est inquiétant, car elles peuvent provoquer des infections cutanées, intestinales et respiratoires potentiellement graves.

Il y a toujours la solution de nettoyer votre portable avec des lingettes antibactériennes ou de l’alcool… mais il est établi qu’il peut toujours être recolonisé après. Pour avoir une quelconque efficacité, la désinfection doit donc être une habitude régulière.

Femme portant un pull jaune et nettoyant l’écran de son téléphone avec une lingette
Nettoyer régulièrement son téléphone devrait être une habitude ». Volurol/Shutterstock

Mais les bactéries ne sont pas les seuls hôtes indésirables de nos téléphones : il y a les virus aussi… car le plastique qu’ils contiennent peut abriter et transmettre des virus. Certains, comme le virus du rhume, peuvent vivre sur des surfaces en plastique dur pendant une semaine. D’autres, tels que le SARS-CoV-2 (responsable du Covid-19), le rotavirus (un virus gastrique très infectieux qui affecte généralement les bébés et les jeunes enfants), le virus de la grippe et le norovirus (provoquant de graves infections respiratoires et intestinales) peuvent persister sous une forme infectieuse pendant plusieurs jours.

Nettoyez votre téléphone !

Dès le début de la pandémie de Covid, les agences de santé publique nationale ont publié des directives pour promouvoir le nettoyage et la désinfection des téléphones portables – qui, tout comme les poignées de porte, les distributeurs automatiques de billets et les boutons d’ascenseur, ont été identifiés comme des réservoirs d’infection.

En particulier, des inquiétudes ont été exprimées quant à leur rôle potentiel dans la propagation de pathogènes dans les hôpitaux et les établissements de santé, ainsi que dans les écoles.

Autant d’arguments qui viennent appuyer l’idée que nettoyer son portable doit devenir une habitude régulière. La Commission fédérale des communications des États-Unis recommande même un nettoyage quotidien du téléphone, entre autres appareils, notamment parce que nous sommes toujours dans une période de pandémie active pour le Covid et que ce virus est résistant, capable de survivre plusieurs jours des surfaces pourtant hostiles a priori comme le plastique.

Utilisez des lingettes désinfectantes ou antiseptiques, ou des sprays à base d’alcool, quotidiennement si possible. Ils doivent contenir au moins 70 % d’alcool pour désinfecter efficacement les boîtiers et les écrans tactiles – et n’oubliez pas les tranches et le dos ! S’il est dans une coque, pensez à le sortir régulièrement pour le nettoyer entièrement.

Le silicone, le plastique et même le cuir des coques supportent tout à fait le passage d’une eau chaude légèrement savonneuse (à rincer ensuite) en utilisant un chiffon microfibre ou un tissu propre imbibé.

Ne vaporisez pas les désinfectants directement et gardez les liquides à l’écart des points de connexion ou des autres ouvertures du téléphone. Évitez absolument d’utiliser de l’eau de Javel ou des nettoyants abrasifs, détergents, etc, qui à force peuvent endommager coque et écran. Et lavez-vous soigneusement les mains après avoir terminé.

Réfléchir davantage à la manière dont (et où) vous utilisez votre téléphone vous aidera à limiter sa colonisation par des germes… et le risque de vous faire contaminer ensuite par votre propre portable. Il y a ainsi quelques habitudes simples qui peuvent être pertinentes. Lorsque vous n’êtes pas chez vous, gardez par exemple votre téléphone dans votre poche ou dans votre sac. Faites votre liste de choses à faire sur papier plutôt que de consulter sans cesse vos notes ou des applications. Touchez votre téléphone avec des mains propres – lavées à l’eau et au savon ou désinfectées avec un désinfectant pour les mains à base d’alcool…

Il y a d’autres choses que vous pouvez faire pour éviter que votre téléphone ne devienne une source d’agents pathogènes : ne le partagez pas avec d’autres si vous êtes malades et contagieux et ne l’avez pas désinfecté au préalable. Si des enfants sont autorisés à jouer avec, désinfectez-le dès que possible ensuite.

Prenez l’habitude de ranger votre téléphone lorsqu’il n’est pas utilisé, puis de vous désinfecter ou de vous laver les mains. Vous pouvez également désinfecter de temps en temps votre chargeur, puisque vous y êtes…

Primrose Freestone, Senior Lecturer in Clinical Microbiology, University of Leicester

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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