OVNIS : comment travaillent les scientifiques pour étudier les phénomènes aérospatiaux non identifiés

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Image par Simone Holland de Pixabay

The Conversation

OVNIS : comment travaillent les scientifiques pour étudier les phénomènes aérospatiaux non identifiés

Vincent Costes, Centre national d’études spatiales (CNES)

La NASA a nommé, le 21 octobre dernier, 16 experts indépendants (professeurs, astronautes, journalistes scientifiques et océanographes) afin d’enquêter sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, les PAN, plus connus sous le nom d’OVNIS.

La formation de ce groupe d’étude NASA intervient après plusieurs séquences sur le sujet des OVNIS dont notamment en 2020 des vidéos déclassifiées d’archives de la Marine américaine et la constitution par le ministère de la Défense américain du groupe UAPTF (Unidentified Aerial Phenomena Task Force) puis en juillet 2022 la création de l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office) : le bureau de résolution des anomalies pour tous les domaines, dépendant du ministère de la défense.

Le groupe constitué par la NASA a pour mission d’étudier pendant 9 mois les données utiles et les techniques d’analyse des phénomènes étranges observés. Il s’interrogera également sur les risques aériens associés et formulera des recommandations pour les suites à donner.

Ces travaux intéressent tout particulièrement le GEIPAN (Groupe d’Étude et d’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés), service du Centre National d’Études Spatiales (CNES), qui enquête sur les PAN sur le territoire français depuis 45 ans. Le GEIPAN a été invité à présenter ses activités et ses méthodes de travail devant le groupe indépendant de travail sur les PAN piloté par la NASA.

Créé en 1977 par le CNES, le GEIPAN est constitué d’une équipe de 4 personnes, en charge du recueil des témoignages, des enquêtes, des publications des études, de l’informatique et du pilotage de la structure. C’est un service technique du CNES qui travaille avec des personnels, des compétences et des facilités externes : une vingtaine d’enquêteurs et une vingtaine d’experts tous externes au CNES ainsi que de nombreux partenaires institutionnels (Armée de l’air, Gendarmerie nationale, Police nationale, CNRS, Météo-France, Aviation Civile).

Capture d’écran de la série de Canal+ « Ovni(s) » où l’on voit la reconstitution de l’appareil SimOvni. Canal+

L’existence de ce « bureau des ovnis » a d’ailleurs été rendue populaire ces dernières années, avec la série Ovnis de Canal+, qui, même s’il s’agit d’une fiction, a montré certains équipements réels utilisés par le GEIPAN pour enquêter, comme le SimOvni, utile dans la reconstitution d’observations décrites par des témoins.

Qu’est-ce qu’un PAN aujourd’hui ?

Un Phénomène Aérospatial Non-Identifié (PAN) est un événement étrange, le plus souvent lumineux, observé dans le ciel par des témoins et qui semble inexpliqué.

Dans plus de 60 % des cas, les PAN ont des explications simples : ce sont des lanternes asiatiques, des ballons ou montgolfières, des avions, des satellites, des météorites, des étoiles, des planètes, etc. Cela peut paraître simple, voire banal comme explication, mais il est important de souligner que chaque observation réalisée présente toujours une étrangeté, une singularité, un aspect spectaculaire ou insolite qui a poussé le témoin à faire un signalement. Le GEIPAN reçoit ainsi 700 signalements par an pour lesquels 150 à 200 enquêtes sont ouvertes. Chacun peut accéder au questionnaire de témoignage sur le site web.

L’environnement et la configuration d’observation peuvent contribuer à l’étrange : par exemple une faible luminosité, l’absence de bruit, les turbulences de l’atmosphère qui font scintiller une étoile ou le reflet du soleil sur un avion.

L’observation peut parfois être spectaculaire comme une rentrée dans l’atmosphère de météorites. Autre exemple atypique : la mise en orbite de la constellation de satellites Starlink donne lieu à de nombreux signalements de ligne de points très brillants et d’une sphère lumineuse. La série de points est la série de 50 à 60 satellites lors de leur mise en orbite. Ils sont observés au coucher ou lever de soleil, lorsque le ciel est sombre et que le soleil se reflète sur les satellites. Pour la sphère lumineuse, il s’agit du second étage de la fusée Falcon 9 qui met les satellites sur orbite. La propulsion de une à deux secondes crée une bulle de gaz qui, éclairée par un soleil couchant ou levant, donne à voir une sphère lumineuse dans la nuit. Le point brillant, parfois en forme de papillon, accompagne cette sphère. C’est la passivation du second étage de la fusée. Ce dernier est vidé de son oxygène et kérosène avant sa rentrée dans l’atmosphère.

Observation de la fusée Falcon 9 remontée au GEIPAN. Témoin-GEIPAN, Author provided

L’observation peut également être incomprise : un astronome amateur qui observe un flash lumineux dans le ciel avec des images de grande qualité par exemple. Les applications d’astronomie grand public ne disposent pas d’assez de données pour trouver l’explication : dans ce cas, seule une expertise interne au CNES, service de surveillance de l’espace, va mettre en évidence la présence d’un étage de fusée, sur lequel se reflètent les rayons du Soleil.

Par ailleurs, l’observation d’une bougie de lanterne qui s’éteint peut tout à fait être perçue comme un objet qui s’échappe à une vitesse extrême !

Pour expliquer les observations étranges ou incomprises qui nous sont rapportées, nous disposons de nombreux outils et applications dans des domaines très variés : aéronautique, aérospatial (satellites et débris) astronomie (astres et météorites), météorologie, traitement d’images, etc.

Les phénomènes observés sont expliqués dans 2/3 des cas environ. Mais il arrive que nous disposions de trop peu d’informations pour analyser le témoignage et pour produire une explication : cela concerne environ 1/3 des cas qui nous sont rapportés.

Pour 3 % des cas environ, les « cas D », nous avons assez d’informations, mais nous n’avons pas trouvé d’explication. Toutes les hypothèses que l’on a pu formuler et analyser ne sont pas satisfaisantes.

La méthodologie du GEIPAN

Les objectifs du GEIPAN sont donc clairs : apporter ou essayer d’apporter une réponse rationnelle à des observations incomprises, insolites, parfois spectaculaires et d’expliquer l’étrangeté perçue par un témoin.

Pour cela, notre activité comprend 3 grandes étapes : la collecte des témoignages, la réalisation des études techniques et la publication des rapports d’analyse sur le site du GEIPAN tout en préservant l’anonymat des témoins.

La mission commence avec le recueil d’un témoignage. C’est un questionnaire renseigné sur notre site Internet ou un PV de gendarmerie. Cette donnée est à chaque fois très spécifique. Elle peut s’appuyer sur des photos ou vidéos, mais elle est toujours formulée par un être humain. Comme pour une mesure scientifique, cette donnée contient du « bruit de mesure », très variable en fonction de la personne qui nous rapporte l’événement. Elle est parfois très bonne, mais des interprétations voire des déformations liées à la présence d’émotion, à la mémoire ou encore à des croyances peuvent apparaître. Notre premier travail consiste donc à filtrer ces bruits, à s’attacher à extraire et n’utiliser que les données factuelles.

Par la suite, l’étude du témoignage fait progresser la consistance (qualité et quantité d’information) de l’observation et fait diminuer son étrangeté. Pour cela, nous utilisons la base de données informatique du GEIPAN et une multitude d’applications et de logiciels techniques. Ce sont des outils grand public, mais aussi des expertises très précieuses réalisées par nos partenaires, notamment l’Armée de l’air (restitution de trajectoires d’avions à partir de mesures radar), MétéoFrance (conditions précises de météorologie) et en interne CNES (traces très précises de satellites et de débris).

Nous sommes parfois amenés à réaliser une enquête de terrain. Cela nous permet d’analyser plus précisément la configuration de l’observation et de réaliser un entretien cognitif du témoin. L’objectif de cet entretien est d’approfondir le témoignage et de faire émerger le plus d’informations fiables possibles sans perturber ni polluer le témoignage. C’est un véritable savoir-faire du GEIPAN mis en place et enseigné par notre expert psychologue. Pour nos cas les plus difficiles, notre comité d’experts pluridisciplinaires est réuni pour faire progresser l’étude puis se prononcer collectivement sur la conclusion à apporter.

Vincent Costes, Responsable du GEIPAN, Centre national d’études spatiales (CNES)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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