Guillaume Faury, patron d’Airbus : « Il ne faut jamais gâcher une bonne crise »

Economie

Le nouveau président exécutif d’Airbus arrive aux commandes au moment où l’avionneur européen met fin à son programme A380 et se trouve empêtré dans des affaires de corruption.

Le 10 avril, Guillaume Faury a succédé à Tom Enders à la tête d’Airbus. Agé de 51 ans, cet ingénieur diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace va devoir piloter l’avionneur européen en respectant une feuille de route semée d’embûches.

L’Europe a été condamnée par l’organisation mondiale du commerce (OMC) pour avoir subventionné Airbus. En réaction, Donald Trump a menacé d’augmenter les droits de douane, notamment sur Airbus. Cela vous inquiète-t-il ?

Cette affaire dure depuis 2004. Nous nous sommes mis en conformité avec ce que l’Organisation mondiale du commerce nous demandait de faire. Ce n’est pas le cas pour les Etats-Unis. Il est difficile d’imaginer une escalade sans fin. Airbus est un acteur économique et industriel extrêmement important outre-Atlantique : nous employons 3 000 collaborateurs et le volume de nos achats de 17 milliards de dollars [15 milliards d’euros] y assure 275 000 emplois. Le secteur aérien ne serait pas ce qu’il est sans Airbus et nos clients le savent pertinemment. Aux Etats-Unis, ils nous défendent, car ils savent l’intérêt qu’il y a à travailler avec nous.

Les menaces de M. Trump ont-elles pour but de soutenir Boeing, dans une mauvaise passe avec son 737 MAX immobilisé au sol ?

On pourrait se poser ce genre de question, mais je ne dispose pas d’éléments pour y répondre.

La fin du mandat de Tom Enders a été marquée par des affaires de corruption. Avez-vous bon espoir de solder ces affaires ?

Mes prédécesseurs ont pris des décisions très difficiles et courageuses qui permettront à l’entreprise de mettre en place l’un des meilleurs systèmes de conformité [aux règles anticorruption]. Cette crise est visible et difficile. Elle a des conséquences humaines et opérationnelles. Nous coopérons avec les justices britannique, française et, à présent, américaine en toute transparence. La sûreté, la qualité, l’intégrité et la conformité sont les piliers qui feront d’Airbus une entreprise crédible et responsable au XXIe siècle, quelles que soient les crises que nous traverserons. L’enjeu de confiance est essentiel pour nous.

N’est-ce pas passer sous les fourches caudines américaines comme, avant vous, BNP Paribas ou Alstom, avec, in fine, une amende géante ?


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