Vous allez (à nouveau) détester les multinationales

Economie

L'état de grâce des multinationales est bel et bien terminé. Accusées de promouvoir un capitalisme de rente, elles se révèleraient néfastes pour l'économie.

À l’époque, dans les années 1970, les multinationales étaient mal vues. Elles étaient alors le fer de lance de l’empire américain qui faisait la loi partout, en Europe, en Afrique, en Asie du sud-est et, surtout, en Amérique latine. On les accusait de manipuler les régimes dictatoriaux pour maintenir leur accès aux matières premières. Elles étaient derrière le coup d’Etat militaire qui a renversé le socialiste Salvador Allende au Chili, en 1973.

Le regard a changé dans les années 1980. Essentiellement parce que Sony, Honda ou Toyota sont allées tailler des croupières aux géants américains, sur leur propre terrain. Puis parce que les champions européens ont fait face, eux aussi. Le caractère multinational est devenu moins yankee, et vraiment multinational. En France, nationalisations puis privatisations ont eu un effet miraculeux, comme pour cuire parfaitement un steak en «aller-retour» sur les deux faces. Le pays a accouché d’une panoplie de «multinationales» bien françaises, dont il est grosso modo très fier.

Le balancier de l’histoire se retourne à nouveau, pour deux raisons fondamentales. La première est un effet de génération. Pour les jeunes ingénieurs, et pour les jeunes de toutes formations supérieures, entrer chez L’Oréal n’est plus le must, au contraire. Les entreprises du CAC 40 sont vues comme des bureaucraties, pas assez de liberté ni d’initiative, trop de petits chefs, trop de normes antiques comme le nom de l’école dont vous sortez et, pire archaïsme, le rang de sortie. Trop de mal environnemental, enfin, fait à la planète. L’heure est schumpétérienne, il faut créer sa boite. Les entreprises géantes ont bien senti cette désaffection. Les DRH imaginent mille ruses pour la cacher à leur PDG naïf et mille sourires pour plaire quand même. Mais on sent bien que le vent de l’histoire n’est plus favorable.

Une suprématie stérile

La deuxième raison conforte cette première en légitimant l’éloignement des jeunes. Les multinationales sont accusées cette fois d’être néfastes à l’économie mondiale, d’être des mauvaises citoyennes de la Terre. Ces derniers mois, on ne compte plus les articles dans les revues économiques pour dénoncer leur suprématie stérile, leur faible investissement, leur comportement de rentiers. 

La Cnuced, organisme de l’ONU pour la promotion des pays en développement, retrouve les accents qu’elle avait dans les années 1970. Les multinationales, écrit-elle dans son rapport annuel qui vient d’être publié, «profitent de l'accroissement constant de leur pouvoir sur les marchés et de leur influence politique pour accroître leurs bénéfices en manipulant les règles du jeu».

Les actionnaires et les haut dirigeants sont privilégiés au détriment des salariés. Et de le démontrer en calculant «l’excès de profit» des 100 plus grosses entreprises par rapport aux taux de rendement moyen, secteur par secteur. «Entre 1995 et 2015, les profits excédentaires sont passés de 4% à 23% des bénéfices totaux toutes entreprises confondues», mais pour les 100 premières entreprises, le pourcentage est passé de 19% à 40%.

En 1995, leur capitalisation boursière était de 31 fois supérieure à celle des 2.000 dernières du classement. Vingt ans plus tard, elle lui était 7.000 fois supérieure. Or, ces surprofits ne servent pas à créer ni des investissements, ni des emplois proportionnellement à leur part de marché. Conclusion:

«Les grandes entreprises sont à la tête de véritables empires de plus en plus vastes, mais cela ne tient pas davantage à leurs prouesses technologiques qu'à l'inefficacité de la législation antitrust, à la protection excessive de la propriété intellectuelle et à leurs stratégies agressives de fusion-acquisition.»...

Lire la suite sur Slate.fr - Vous allez (à nouveau) détester les multinationales

Articles en Relation

Aides Covid-19 pour les Entreprises, les Indépendants et les Entrepreneurs Aides Covid-19 : Suite à l’annonce d’un confinement national, plusieurs mesures d’urgence ont été mises en place pour aider les entreprises, les indép...
Les petits patrons français en grand danger de burn-out «Je me demande sans cesse comment je vais nourrir mes enfants, si je vais finir par m'en sortir», s'inquiète Ludivine Cuchor, propriétaire d'un b...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA