VGE, le dernier des modérés

Politique

VGE saluant la foule, le 20 mai 1974. | AFP 

Valéry Giscard d'Estaing avait choisi d'être au centre tout court, au cœur et à l'équilibre des aspirations du pays.

Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing est élu président de la République française au terme d'un rude combat contre son concurrent gaulliste, Jacques Chaban-Delmas, qu'il a su marginaliser au premier tour, et son adversaire de gauche, François Mitterrand, qu'il a devancé au second d'une très courte tête. Politiquement, ce scrutin s'inscrit dans un double mouvement décennal d'unification des droites et de subversion graduelle du gaullisme partisan par les forces centristes et modérées issues de la IVe République.

Valéry Giscard d'Estaing entend conduire cette évolution à son terme et, en intégrant à la majorité les forces résiduelles de la démocratie chrétienne et du radicalisme, déplacer suffisamment le centre de gravité de la majorité pour y substituer une dominante orléaniste ou tocquevillienne à la dominante bonapartiste du gaullisme en majesté. Il y a cohérence entre cette approche politique et le mouvement des générations dans la France de l'après-guerre. La synthèse majoritaire dont Valéry Giscard d'Estaing se veut le grand accoucheur repose sur la coexistence rééquilibrée de plusieurs familles politiques mais aussi sur celle de trois générations. Celle de la Libération, qui a fourni ses cadres au personnel gaulliste et à la modernisation du pays, soucieuse de servir, éprise de valeurs collectives, pétrie de l'optimisme conquérant des Trente Glorieuses; celle de la guerre d'Algérie, et des brûlures d'une histoire dont les cendres sont encore chaudes; celle enfin des enfants soixante-huitards du baby-boom, qui frappent brutalement à la porte du pouvoir, rêvent d'un État au service de l'homme et non d'un homme au service de l'État. 

Valéry Giscard d'Estaing semble taillé sur-mesure pour réécrire les termes du contrat entre ces trois France. Trois dates balisent un parcours politique exceptionnel: 1944 et son engagement dans les Forces françaises pour la libération du territoire; 1962 et son acceptation, la parenthèse algérienne refermée, de la monarchie républicaine instituée par référendum; 1969 et sa rupture avec le général de Gaulle en solidarité explicite avec les notables centristes et modérés du Sénat et implicite avec les révoltés de mai 1968.

Pétainiste par son père, républicain par sa mère, gaulliste par lucidité, conservateur par ses amis, réformiste par vocation, modéré par affiliation, centriste par revendication, le ministre de l'Économie et des Finances de Georges Pompidou tient en ce printemps 1974 l'ensemble des fils nécessaires au tissage de cette offre politique renouvelée dont la société française ressent, selon lui, un si ardent besoin.

VGE en 1974. | AFP

Un centriste par destination

Le candidat des Républicains indépendants à l'élection du printemps 1974 est à la fois autre chose, beaucoup moins et beaucoup plus que le représentant du centrisme à la française. Autre chose, car il faut avoir de drôles de lunettes pour qualifier les Indépendants de centristes. Valéry Giscard d'Estaing est issu d'une belle lignée orléaniste et républicaine, dont la figure de proue est Agénor Bardou, son arrière-grand-père, député du Puy-de-Dôme avant lui, qui le 16 mai 1877 avait su faire «le bon choix pour la France», celui de la République. Tout modéré qu'il est, son héritier préside un parti de droite, un parti qui se veut libéral mais qui est avant tout conservateur. Et de surcroît encore mal dégagé en 1974 des réseaux Algérie française qui, savamment réactivés par Michel Poniatowski et Hubert Bassot, vont jouer leur rôle dans la victoire du candidat libéral sur son concurrent gaulliste. Sans doute le président des Républicains indépendants a-t-il su prendre de la hauteur par rapport à sa formation d'origine. Il n'en demeure pas moins, plutôt qu'un centriste, un modernisateur épris de réformes.

Beaucoup moins, parce que la formation politique qu'il préside ne constitue qu'une composante parmi d'autres de la nébuleuse qu'il entend animer: c'est sans lui, et même contre lui, que Jean Lecanuet a fait son parcours présidentiel en 1965, que Jacques Duhamel a structuré une force parlementaire centriste à partir de 1967 et qu'Alain Poher a frôlé le sommet deux ans plus tard. Beaucoup plus enfin, parce qu'il est celui des héritiers de la Quatrième République qui a vu juste en choisissant d'inscrire son action dans le cadre des institutions nouvelles. Le pacte de 1962 par lequel il se lie aux gaullistes sans se dissoudre dans le gaullisme scelle l'association-rivalité des deux droites de progrès, celles qui dans la trilogie incontournable de René Rémond viennent de la Révolution française, donc de la gauche, l'orléanisme et le bonapartisme, et consacre la marginalisation corollaire de la seule vraie droite, celle des héritiers conservateurs du légitimisme....

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