Vendôme est-il une place, une ville ou une marque de luxe?

Economie

Le quartier Rochambeau à Vendôme, où le groupe Vuitton a racheté plus de 800 mètres carrés d'un bâtiment historique. | Daniel Jolivet via Flickr

La sous-préfecture du Loir-et-Cher vient de céder au groupe de luxe LVMH le droit d'utiliser son nom comme marque pour de futurs produits de joaillerie. La décision fait débat, notamment en raison du faible montant de la transaction.

Le long du Loir, à deux pas de la salle de spectacle du Minotaure, surplombée par le clocher de la Trinité, la pente des Petits Jardins sert chaque année de toile à d'imposantes fresques végétales. Ces mosaïques florales racontent l'histoire de Vendôme à travers sa culture, son architecture et son patrimoine.

Ce matin de juin 2018, les jardiniers s'affairent à une nouvelle composition. Le motif choisi n'est autre que le logo de la marque de luxe Louis Vuitton. Certainement une manière de souhaiter la bienvenue à celui qui vient de décider l'installation de ses ateliers de maroquinerie au quartier Rochambeau, à quelques mètres seulement de la pente des Petits Jardins.

Il faut pourtant croire que le cadeau de bienvenue n'a pas été du goût de la maison, mais alors pas du tout! À peine quelques jours après l'apparition du monogramme au L et V enlacés, voilà que nos jardiniers s'emploient à retirer son logo, aussi vite disparu qu'il était apparu. Un coup de fil du géant du luxe aurait eu raison de la mosaïque florale et de ses bonnes intentions... L'hospitalité vendômoise, l'envie de lui réserver un accueil chaleureux et de draper la ville aux couleurs du nouvel arrivant se seront donc heurtées à des considérations bien plus prosaïques de droit des marques... Mais cet épisode jardinier allait-il augurer du caractère de leur relation future?

Dans quel monde Vuitton?

Situé au cœur de la ville, le quartier Rochambeau fut longtemps associé à l'abbaye de la Trinité, son église, son cloître et ses greniers. Durant la première moitié du XIXe siècle, la ville y construit des bâtiments militaires, des écuries et un manège qui se visite encore. Au début du siècle suivant s'y installe le 20e régiment de chasseurs à cheval. Le quartier comprend également le bâtiment de la Régence, datant du XVIIIe siècle, qui héberge l'école de musique ainsi que le musée de la ville.

C'est dans cet imposant bâtiment, ancien tribunal, que Louis Vuitton a installé ses ateliers, se portant ainsi acquéreur d'une surface d'un peu plus de 800 m2. Il fut acheté à la ville pour la somme de 1.030.000 euros. Le montant n'a pas manqué de soulever quelques interrogations. Florent Grospart, élu écologiste d'opposition siégeant au conseil municipal, rappelle que si «pour fixer ce prix, la collectivité a nécessairement dû consulter le Domaine, servant de base, on est en droit de se demander si elle n'a pas opté pour la fourchette la plus basse». Notons tout de même que cette installation s'inscrit dans un plan global de réhabilitation du quartier Rochambeau et que le groupe Vuitton a payé de sa poche les travaux de rénovation du bâtiment de la Régence, dont la façade est classée monument historique.

Indépendamment de son aspect financier, la nature même de la réhabilitation du quartier est loin de faire l'unanimité. La disparition d'une dizaine d'arbres, la destruction du Petit Manège, la construction d'un parking bitumé ont suscité l'indignation de nombreux habitants. Une pétition a d'ailleurs été mise en ligne reprochant, entre autres, à Vuitton d'avoir affublé le porche d'un portail d'accès métallique qui dénature la beauté et le prestige du bâti. Les 22.000 signataires s'insurgent également de la construction d'un second parking, dédié aux salariés du groupe, qui entache les bords du Loir d'une vaste étendue grise de béton.

En novembre 2020 a débuté la construction d'un second atelier à la sortie de la ville, sur le parc technologique du bois de l'Oratoire, à deux pas de la gare TGV. Un ensemble d'une dizaine d'hectares, achetés 700.000 euros par le maroquinier. Pour desservir l'ensemble de la zone d'activité, le conseil départemental a validé la création d'un nouveau giratoire, baptisé «rond-point Vuitton» dont il finance la moitié des 590.000 euros nécessaires à sa construction.

Les clés de la ville contre des emplois à la clé

Si le maire divers droite de Vendôme, Laurent Brillard, réélu en 2020, peut s'enorgueillir de l'arrivée de Vuitton dans sa commune, c'est qu'il y voit une aubaine pour l'emploi. Il s'agit de toute évidence de la grande contrepartie de l'installation. Mais à bien considérer la valse des chiffres, un flou persiste....

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