Une enseignante extraordinaire raconte ce que les enfants et les familles vivent aujourd’hui

Sociétés

Des livres sur l'école, j'en lis vraiment beaucoup, certains me marquent plus que d'autres. C'est le cas des deux ouvrages de Véronique Decker, directrice d'école à Bobigny, Seine-Saint-Denis. Le dernier est intitulé L'École du peuple, soit 64 récits tirés de son quotidien. Il est sorti le 1er juin aux éditions Libertalia et coûte 10 euros. Peu de pages, mais une immense émotion et une profonde réflexion sur l'école dans les quartiers populaires dans ce livre aussi précis qu'empathique. Il y est vraiment question des enfants, de leurs parents, de leur vie. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce constat révolte et réveille.

Enseigner dans les quartiers populaires, enseigner partout finalement, c'est se frotter à des réalités différentes des siennes. Parfois âpres, car tous les enfants de France ne sont pas élevés dans du coton, loin de là. Pendant la campagne présidentielle, l'Unicef rappelait ainsi que trois millions de mineurs vivent, en France, sous le seuil de pauvreté:

«La pauvreté des enfants ne baisse pas depuis la crise de 2008, l'école de la République ne parvient pas à résorber les inégalités sociales, des enfants vivent toujours en bidonville avec un accès plus que précaire aux services de base auxquels ils ont droit. Les chances de s'épanouir, d'apprendre, de réussir ne sont pas les mêmes pour tous et les inégalités s'accentuent.»

En 2017 donc.

«On revient au XIXe siècle»

Si vous voulez comprendre comment on en est arrivé là, allez enseigner dans une classe d'un quartier populaire, rural ou urbain, vous y verrez des enfants dont l'existence est probablement terriblement plus compliquée que la vôtre. Cela commence avec la santé, explique Véronique Decker:

«Beaucoup d'enfant de mon école auraient besoin d'une visite chez le dentiste mais n'y vont pas malgré leurs carries. C'est trop compliqué de les y emmener. Une élève de l'école avait besoin de lunettes, sa mère, n'ayant plus de mutuelle, lui a simplement prêté les siennes. On revient au XIXe siècle!»

Cela ravive en moi le souvenir d'un élève de quatrième dont j'ai été l'enseignante quelques mois il y a deux ans,il clignait beaucoup des yeux… Il avait des difficultés de lectures et je le croyais un peu ahuri. L'année suivante, j'ai appris qu'il avait une grave maladie qui allait le rendre malvoyant pour toujours. Personne n'avait pensé à l'envoyer chez un ophtalmo, pas de visite médicale, d'infirmière scolaire, on peut devenir aveugle comme ça, au XXIe siècle.


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