Trump ne disparaît pas aujourd'hui: il est là depuis des siècles

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191.500 drapeaux ont été placés devant le Capitole pour représenter les citoyens qui ne pourront pas assister à l'investiture de Joe Biden, ce 20 janvier. | Joe Raedle / Getty Images North America / AFP

Il faudra bien plus qu'une élection pour démanteler le système dont il est l'émanation.

Au-delà du bruit et de la fureur, sous l'écume des images moulinées par les réseaux sociaux et sur les chaînes info, que s'est-il vraiment passé le 6 janvier à Washington D.C.? Pour Emmanuel Macron, cela ne fait aucun doute: en attaquant le Capitole afin d'arrêter la certification de l'élection de Joe Biden, les trumpistes ont envahi «le temple séculaire de la démocratie américaine». De Marine Le Pen, certes réticente et en retard, à Jean-Luc Mélenchon, la classe politique française a réagi de façon quasi unanime, en utilisant la même grille de lecture que le chef de l'État.

Celle-ci n'est pas inexacte, mais superficielle. J'y reviendrai. Auparavant, il est utile d'examiner plusieurs interprétations et perceptions couramment répandues en France.

Premier contresens, typique de l'aveuglement politique dont sont coutumiers les toutologues de notre commentariat: le coup de force des légions MAGA s'apparente à un soulèvement populaire, une juste insurrection, une révolte contre la fraude électorale qui aurait empêché Donald Trump d'être réélu.

Très prisée par l'extrême droite, cette analyse ne repose sur rien, sinon le désir mimétique de voir un populisme à la française couronné à l'élection présidentielle. On évoque, lyrique, le «printemps américain»; on dénonce le complot du Deep State et des GAFA contre la liberté d'expression et la démocratie; au final, on regarde Trump avec les yeux de Chimène.

Pour la nébuleuse ultra-conservatrice qui truste les plateaux, Trump n'est pas l'instigateur du désordre du 6 janvier, mais la victime d'un acharnement progressiste visant à humilier les laissés pour compte qui ont voté pour lui. Il n'a pas perdu l'élection de novembre, on la lui a volée. Son bilan après quatre ans au pouvoir est admirable. L'histoire retiendra de lui qu'il fut un martyr. Si ce storytelling émane souvent du même côté, la mythologie du déclassement qui caractériserait la sociologie de l'électorat trumpiste est relayée en France par des voix plus diverses, présentées comme expertes de la politique américaine, proches hier ou aujourd'hui encore de Macron.

Pour Laurence Haïm, dont le journalisme de terrain consiste à monter en taxi avec un des enragés du Capitole, «le vocabulaire de ces gens est celui des “gilets jaunes”, d'une classe moyenne qui n'en peut plus». Le ras-le-bol des perdants de la globalisation, bombe à retardement des démocraties libérales? «Mythe de la dépossession raciale», répond Sylvie Laurent dans son essai sur l'Amérique trumpiste, Pauvre petit blanc.

Selon Laurent Ottavi, auteur d'une chronique du livre dans Marianne, celui-ci «est révélateur de la décrépitude des grandes écoles et des plus prestigieuses universités, gangrenées par le différentialisme qu'il soit “racial” ou “de genre” et dans lesquelles une somme de notes de bas de pages et de concepts ridicules suffit de plus en plus à faire une “étude scientifique”».

Comment une telle recherche pourrait-elle être pertinente, puisqu'elle s'inscrit dans ce processus d'américanisation qui fait tant de mal à la vie intellectuelle et universitaire française?

La mécanique profonde de l'événement

La réalité du 6 janvier, n'en déplaise aux expert·es en populisme comme aux tenants de l'exceptionnalisme français, est que les révoltés de Capitol Hill sont loin d'être des gueux venus demander des comptes à des seigneurs cruels, drapés dans leurs privilèges: chef d'entreprise, cadre de société d'assurance, propriétaire de jet privé, amateur de champagne, élu local ou ex-officier, leurs profils socioprofessionnels cadrent mal avec le cliché d'un petit peuple victime de l'élite progressiste et cosmopolite...

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