Tout le monde s'emballe pour les jardins de Giverny

France

Les jardins de Giverny. | Andrew Horne via Wikimedia

Articles de presse, romans, bandes dessinées, beaux livres, films, émissions audiovisuelles… Les jardins de Giverny alimentent sans cesse la sphère de la culture et du divertissement.

Le village de Giverny, très souvent réduit au jardin de Claude Monet, renvoie à des perceptions ou des constructions symboliques et imaginaires nourries par un large corpus et ce depuis le XIXe siècle: articles de presse, romans, romans policiers, bandes dessinées, beaux livres, films, émissions audiovisuelles et même une chanson de Chris Rhéa qui parle de jardin et d'amour.

Si le mot «Giverny» se retrouve dans le titre de nombreux documents, c'est donc en tant que jardin et en lien avec le peintre. Ce jardin (ou ces jardins, le jardin étant séparé en deux parties: le clos normand derrière la maison et le jardin d'eau avec ses nymphéas un peu plus loin) a toujours été présenté comme exceptionnel, parce qu'il est l'œuvre d'un grand peintre, sa source d'inspiration et une clé de compréhension de ses tableaux.

Un jardin extraordinaire

Pour ce qui concerne les jardins, les descriptions sont presque toujours dithyrambiques et jouent sur l'accumulation des verbes, des adjectifs ou des noms de plantes, notamment pour le clos normand. En cela, les descriptions du jardin rappellent la peinture par touches colorées successives des tableaux impressionnistes.

Par exemple, dans le roman de Patrick Granville, Falaise des fous (2018), le narrateur se rend dans les jardins de Giverny en 1909 et décrit ainsi le clos normand: «Tout est bouclé, vrillé, spiralé, tricoté, pomponné de petites feuilles de rosiers nervurées.» De même, dans le roman de Michel Bussi Nymphéas noirs (2011), la beauté des jardins n'est pas mise en doute: «Je ne vais pas raconter d'histoires, bien entendu que le jardin est magnifique. La cathédrale de roses, le fond des dames, le clos normand et ses cascades de clématites, le massif de tulipes roses et de myosotis… Autant de chefs-d'œuvre…»

Les Nymphéas (1904) de Claude Monet. | MuMa Museum of modern art André Malraux via Wikimedia

Notons que dans la BD tirée du roman (Cassegrain et coll. 2019), les nymphéas font l'objet de dessins presque pleine page dès le début de l'ouvrage, comme un produit d'appel. Déjà à l'époque de Monet, son jardin faisait l'objet de toutes les admirations, en témoignent les propos de Marcel Proust dans un article du Figaro daté du 16 juin 1907: «Enfin, si […] je puis voir un jour le jardin de Claude Monet, je sens bien que j'y verrai, dans un jardin de tons et de couleurs plus encore que de fleurs, un jardin qui doit être moins l'ancien jardin-fleuriste qu'un jardin-coloriste.»

L'écrivain devait en effet rendre visite à Monet à Giverny mais, pour raisons de santé, il ne le fera jamais. Cela ne l'empêchera pas d'imaginer ce jardin et de s'en inspirer pour la description d'un bassin aux nymphéas dans Du côté de chez Swann, parlant des nymphéas: «Il semblait les avoir fait fleurir en plein ciel.» Maurice Guillemot, journaliste et critique d'art, contemporain de Monet, a pu visiter le jardin d'eau de Giverny: «Sur le miroir immobile des nénuphars flottent des plantes aquatiques […] d'un exotisme étrange.»

Beaucoup de beaux livres exploitent largement la beauté des jardins à travers leur iconographie. On peut citer par exemple Le jardin de Claude Monet à Giverny de Fabrice Moireau (2006) composé presque uniquement d'aquarelles. Réalisé en concertation avec les jardiniers de Giverny, le parti pris du livre est indéniablement le jardin. Quant à l'ouvrage de Dominique Lobstein, Un maître en son jardin, Claude Monet à Giverny (1983), il ne comporte que des photos du jardin et de la maison, sans une seule reproduction de tableau.

Ainsi, les jardins sont extraordinaires en eux-mêmes et font l'objet d'ouvrages spécifiques où l'iconographie est dominante. Un autre aspect des jardins réside dans leur lien avec Claude Monet.

Œuvre à part entière et source d'inspiration

Monet est donc un jardinier: «Cet homme que nous voyons à Paris un peu laconique et froid, devient ici tout autre.» (Arsène Alexandre, Le Figaro, 9 août 1901)

En 1915, dans son film Ceux de chez nous, Sacha Guitry (1915), ami du peintre, dit de lui: «Monet n'avait qu'un seul luxe: ses fleurs. Son jardin était un des plus beaux jardins du monde.» En 1924 paraît sous forme de fascicule une longue interview de Marc Elder qui est allé à la rencontre de Monet, chez lui, à Giverny. Parlant de l'artiste, il dit: «C'est la silhouette du bon jardinier, trapu, d'aplomb, évoquant à la fois la force sylvestre et les clartés d'avril. Mais s'il se retourne, vous voyez son œil aiguisé, volontaire, tranchant, imprévu dans la bonhommie apparente.» (Elder, 1924:9-10)

Monet lui-même déclare en 1904: «Hormis la peinture et le jardinage […] je ne suis bon à rien.» (Le Temps, 7 juin 1904). Georges Truffaut, célèbre jardinier, le confirme à sa façon en 1913: «La plus belle œuvre de Claude Monet est, à mon avis, son jardin.» (Jardinage, nov. 1924: 104).

Le jardin est également remarquable en tant que source d'inspiration pour le peintre, comme élément constitutif de son œuvre, dont il fait finalement partie. «Jusqu'à la fin de sa vie, le jardin de Monet a été une œuvre en mutation, à l'image de son propre travail:il était comme une première et vivante esquisse.» (Proust, 1907)

Les géraniums du jardin de Giverny. | Gortyna via Wikimedia

Dans le roman de Xavier Girard (2010), on voit que si les jardins servent d'inspiration à Monet, c'est au prix d'un travail précis afin de produire dans la nature ce que le peintre veut inscrire sur sa toile: «Dès l'aube, il donne ses ordres à son chef jardinier […]. Le “Bassin” est une machine de haute précision, un dispositif à l'ingénierie fragile qui nécessite un entretien journalier […] L'accomplissement de son rêve de jardin coloriste est à ce prix.» (Girard, 2010: 34) Plus loin, l'auteur pose en termes clairs la question: «Reste bien sûr de savoir si la science jardinière de Monet a inspiré le peintre ou si, à l'inverse, sa peinture a fait de lui un jardinier qui prendrait exemple sur la peinture.» (Girard, 2010:39)

Dans le roman de Frédéric Révérend, La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud (2016) qui se situe au début du XXe siècle, les jardins sont étroitement liés au besoin de sensations du peintre: «La luxuriance voulue par Monet, c'était cette origine de la vie, cet érotisme sans copulation et poussé au paroxysme […] un spectacle toujours affriolant propre à stimuler les sens de l'artiste vieillissant.» (Révérend, 2016: 209)...

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