Surveillance, contrôle, traçage: les salariés n'ont jamais été aussi fliqués qu'au temps du Covid

Economie

Tous ceux qui peuvent te?le?travailler sont particulie?rement sujets a? l'invasion de leur sanctuaire. | Gabriel Benois via Unsplash

La crise sanitaire revitalise un mode de contro?le des salarie?s ne? dans les usines britanniques lors de la re?volution industrielle, outils de surveillance à la pointe de la technologie en sus.

Pourrait-on trouver meilleur symbole de cette double peine inflige?e aux moins fortune?s que celui de Facebook? En mai 2020, son tout-puissant patron, Mark Zuckerberg, annonce son intention de faire de Facebook «l'entreprise la plus avance?e au monde en matie?re de te?le?travail». Et de pronostiquer que, dans un de?lai de cinq a? dix ans, la moitie? de ses 45.000 salarie?s pourraient bu?cher a? distance. Alors que «Zuck» se prend pour Robert Noyce, le pe?re fondateur et «maire» historico-symbolique de la Silicon Valley, inventeur du transistor, du microprocesseur et de l'open space, il ne dit rien des le?gions invisibles de mode?rateurs, environ 35.000 personnes, employe?es par des sous-traitants ame?ricains, indiens ou irlandais, charge?es de nettoyer quotidiennement les de?chets flottant a? la surface du premier re?seau social de la plane?te.

Pour ce pre?cariat moderne, la pre?sence physique ou rien. A? Dublin, des centaines d'entre eux ont e?te? somme?s de revenir au bureau, malgre? plusieurs cas de?clare?s de Covid-19. Alors qu'ils souffrent de?ja? de syndromes de stress post-traumatique, a? force d'e?tre confronte?s a? des images insoutenables et des propos haineux, ils doivent maintenant composer avec la peur de tomber malades. «Si je perdais mon mari, si quelque chose m'arrivait, qui s'occuperait de mon fils de 6 ans?», se demande l'une des mode?ratrices en fondant en larmes.

La mesure visant a? instaurer le te?le?travail chez Facebook, re?serve?e a? sa main-d'œuvre privile?gie?e et assortie de re?ductions de salaire en fonction du choix ge?ographique des travailleurs, laisse certes augurer un dumping social covide? pour les inge?nieurs –tre?s– bien re?mune?re?s de la firme de Menlo Park. Quand on sait a? quel point, en quinze ans, le petit monde des nouvelles technologies a rendu la baie de San Francisco invivable pour tous ceux qui n'e?voluent pas dans le secteur, ne leur laissant d'autre choix que de de?me?nager, d'aucuns pourront souligner qu'il s'agit d'un re?e?quilibrage karmique. Mais si les pauvres sont indiscutablement les premiers a? faire les frais d'un taylorisme sanitaire qui impose une nouvelle organisation scientifique du travail, une fois ce me?canisme enclenche?, il risque fort de contaminer l'ensemble du marche? du travail.

Avec la pande?mie, des millions de salarie?s, de?sormais rompus aux codes de la visioconfe?rence et des ta?ches «distancielles», exercent de?sormais depuis chez eux. Illusion de liberte? absolue pour certains, summum de l'alie?nation pour d'autres, le te?le?travail «est un mode de fonctionnement qui s'oppose a? l'activite? politique et sociale», comme le formule la sociologue Eva Illouz. «Si la crise du sida a de?ja? rendu le contact sexuel dangereux, c'est ici la socialite? dans son ensemble qui demande une vigilance permanente», poursuit-elle. De fait, le te?le?travail recompose tout a? la fois nos comportements, le regard que nous portons sur les ta?ches que nous accomplissons, mais aussi –et surtout– nos relations hie?rarchiques. D'une certaine fac?on, il marque la violation mate?rielle et symbolique du domicile.

Entre mon lit et mon bureau, la cloison e?tanche de l'intimite? vole en e?clats. Dans cette configuration, tous ceux qui peuvent te?le?travailler, c'est-a?-dire les employe?s et cadres du tertiaire, sont particulie?rement sujets a? l'invasion de leur sanctuaire. Aux E?tats-Unis, selon une e?tude du MIT, pas moins d'un tiers de la population active a bascule? vers le travail a? distance...

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