Sur le plan économique, la catastrophe annoncée aura bien lieu

Economie

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale, le 17 avril 2020. | Thomas Coex / Pool / AFP 

Cette fois, on y est: les premières statistiques prenant en compte les effets du confinement tombent. Elles confirment ce que l'on pouvait craindre –et ce n'est qu'un début.

La population française pourra reprocher à son gouvernement de ne pas avoir été toujours très clair dans sa gestion de la crise sanitaire et sa communication sur les meilleurs moyens d'y faire face, elle ne pourra pas lui faire la même critique quant à sa gestion de la crise économique qui en a découlé.

Il est vrai que la difficulté n'était pas la même: face à la pandémie, il a fallu naviguer à vue et résoudre des équations à multiples inconnues –dans de telles circonstances, ce qui est inexcusable, ce n'est pas de faire des erreurs mais de ne pas les reconnaître, sur la question des masques comme sur celle des tests.

Face à la chute de l'activité économique, on est en terrain connu: c'est la première fois que l'on se retrouve avec plus de la moitié de l'humanité en situation de confinement, l'ampleur de la crise est exceptionnelle, mais on sait quelles sont les réactions en chaîne qui peuvent se déclencher en de telles circonstances et quelles sont les mesures à prendre pour limiter les dégâts et préparer le rebond.

Au cours des dernières décennies, les gouvernements et les banques centrales ont déjà eu l'occasion de voir quelles sont les politiques qui fonctionnent et celles qui ne sont pas efficaces, et de mettre en place un certain nombre de dispositifs prêts à être actionnés.

Autant le Premier ministre et le ministre de la Santé doivent se montrer prudents lorsqu'ils évoquent la façon dont doit s'effectuer la sortie du confinement, autant le ministre de l'Économie peut annoncer avec clarté ce qu'il risque de se produire dans les prochains mois.

Vers un deuxième trimestre «catastrophique»

C'est précisément ce que Bruno Le Maire a fait le 30 avril devant la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, après l'annonce par l'Insee d'un recul du PIB de 5,8% au premier trimestre: «Le plus dur est devant nous […]. Nous verrons des faillites et des destructions d'emplois.»

Les termes employés méritent d'être expliqués, car ils ne sont pas toujours bien compris. Beaucoup de nos concitoyen·nes semblent penser que les choses s'amélioreront dès que nous serons sorti·es du confinement.

Il est vrai qu'un certain nombre d'activités, notamment dans le commerce, vont reprendre et que davantage de personnes iront au travail. Seulement, cela ne suffira pas à rattraper la production perdue et, de toute façon, tout ne repartira pas.

En matière de statistiques, il ne fait aucun doute que le plus difficile est à venir. Avant même le confinement, l'activité avait certes commencé à décliner du fait des problèmes rencontrés par nos partenaires commerciaux affectés avant nous par le Covid-19 (notamment la Chine et l'Italie) et certains secteurs (transport aérien, tourisme) étaient déjà en phase de ralentissement prononcé.

Mais au premier trimestre, la quarantaine n'a duré que deux semaines. Les comptes du deuxième trimestre vont subir, eux, le poids de plus de cinq semaines de confinement. Cela va peser lourd, quelle que soit la façon dont l'économie repartira après le 11 mai. Et il en sera de même en matière d'emploi.

L'économiste Philippe Chalmin, président et fondateur de Cyclope, annonce un deuxième trimestre «catastrophique», avec un recul du PIB d'au moins 15%. De fait, un chiffre de cet ordre de grandeur ne serait pas surprenant.

On ne connaîtra que le 15 mai le chiffre officiel de croissance pour l'Allemagne, mais il devrait être nettement meilleur que celui de la France. Sachant qu'Eurostat a annoncé un recul du PIB de la zone euro de 3,8% au premier trimestre et que l'Italie et l'Espagne ont fortement reculé (quoique moins que la France, alors qu'elles étaient encore davantage touchées par l'épidémie), de respectivement 4,7% et 5,2%, la baisse du PIB allemand ne devrait pas excéder 3%.

Les instituts de conjoncture conseillant le gouvernement d'Angela Merkel tablent pourtant sur un recul de l'ordre de 10% au deuxième trimestre, ce qui rend tout à fait plausible une chute voisine de 15% en France.

Encore loin de tourner à plein régime

Ces éléments confirment que l'hypothèse désormais retenue par le gouvernement d'un recul du PIB de 8% cette année n'est pas exagérément pessimiste. Il est d'ailleurs loin d'être acquis que la baisse pourra être limitée à ce niveau, car cela supposerait un rétablissement rapide au deuxième semestre.

Quelques calculs arithmétiques de base: si on a un PIB de 100 au début de l'année, que l'on perd 5,8% au premier trimestre puis 15% au deuxième, on arrive juste un peu au-dessus de 80; pour remonter à 92 (100 moins 8%) à la fin de l'année, il faudrait croître de 15% au deuxième semestre. Ce n'est pas gagné...

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