Sommes-nous correctement préparés au nouveau coronavirus?

Santé

Depuis que l'épidémie a pris une dimension internationale, les ventes de masques de protection explosent –et leurs prix sur internet aussi. | STR/AFP  

Alors que la situation épidémiologique internationale évolue à grande vitesse, et malgré une communication officielle rodée, le «2019-nCoV» alimente des comportements irrationnels.

Le 31 décembre 2019, la Chine annonçait officiellement à l'OMS l'existence, sur son sol, d'un foyer épidémique dû à un virus jusqu'ici inconnu. Un mois plus tard, cette épidémie a pris une dimension internationale peu commune avec, en cascade, de multiples conséquences sanitaires, économiques et politiques.

On recense aujourd'hui, officiellement, en Chine, au moins 170 morts et plus de 7.000 cas. Et le virus a d'ores et déjà été identifié dans plus d'une dizaine de pays.

Quel scénario épidémique peut-on raisonnablement privilégier?

Les différentes données dont on dispose laissent penser que le scénario de l'épidémie de SRAS (2002-2003) pourrait rapidement ne plus être d'actualité. Il est encore bien prématuré de se prononcer quant à un scénario de type grippe A(H1N1) ou de type «grippe espagnole».

Peut-être faudra-t-il, à court ou moyen terme, envisager un quatrième scénario. Et ce d'autant que l'on vient d'apprendre, via The Lancet, que sur 99 patient·es pris·es en charge au Wuhan Jinyintan Hospital, certain·es ont présenté un tableau clinique rapidement inquiétant pouvant évoluer, dans 11% des cas, vers un décès.

Que sait-on précisément de la mortalité associée au 2019-nCoV?

Il est toujours très difficile d'évaluer d'emblée et avec précision la sévérité d'une épidémie émergente. Combien (en pourcentage) de morts pour combien de personne infectées? Il faut bien comprendre que le «numérateur» est instable: il se consolide avec le recul. Parfois, les premiers décès ne sont pas répertoriés comme étant dus à ce nouveau au virus, tandis que d'autres sont considérés comme des conséquences indirectes.

Le «dénominateur» est également imprécis: il n'est constitué que de cas officiellement identifiés et répertoriés. On omet ainsi de tenir compte des cas où les symptômes sont peu apparents, voire absents –des cas qui peuvent être en grand nombre dans les infections virales.

Pour l'heure, on évoque une mortalité de l'ordre de 3%. À comparer aux 11% observés lors de l'épidémie du SRAS, et aux 50 à 90% recensés dans les zones les plus défavorisées touchées par Ebola. Pour les grippes saisonnières ou le chikungunya les taux sont de 1‰ et, selon les estimations des historien·nes, ils étaient de 1 à 2% lors de la «grippe espagnole».

Encore plus important, un point est systématiquement négligé: la distinction entre la «mortalité enregistrée comme cause individuelle de décès» (les 170 décès rapportés aujourd'hui par les autorités chinoises) et la «mortalité en excès». Il s'agit ici d'un concept statistique, qui mesure –généralement quand l'épidémie est terminée, et souvent avec retard– le nombre de décès excédentaires, quelle qu'en soit la cause enregistrée, par rapport à la moyenne de ceux attendus pour la période considérée.

Or il y a, parfois, bien des surprises quand on compare les deux modes de calcul. Un exemple avec la grippe en France: d'un côté on évoque environ 6.000 décès par an («mortalité en excès»). Mais de l'autre, si l'on s'en tient aux registres de déclarations des causes de décès, on ne trouve que quelques centaines de cas pour lesquels la cause de décès par grippe est mentionnée sur le certificat de décès.

Et concernant la contagiosité du virus et sa capacité de diffusion?

On parle ici du «taux de reproduction de base (R0)»: le nombre de personnes pouvant en moyenne être infectées à partir d'une autre, porteuse du virus contagieux –et ce en l'absence de mesures efficaces de contrôle et de prévention. Pour le 2019-nCoV, ce taux est désormais estimé à 2,4. C'est là une estimation encore susceptible de s'affiner.

Mais il faut savoir que c'est une variable et non une constante. Il existe ainsi une distribution statistique du R0 que l'on ne connaît pas encore dans le cas de cette épidémie. On connaît notamment l'existence possible de «super spreaders» –des cas de «haut potentiel de diffusion» où l'on observe des R0 pouvant être de plusieurs dizaines... Pour l'heure, l'estimation d'un R0 de 2,4 ne doit être considérée que comme une moyenne.

Un autre paramètre essentiel est celui de la durée moyenne d'incubation de la maladie. On dispose depuis peu (grâce à une équipe néerlandaise) d'une estimation de la durée d'incubation de six jours –soit un peu moins, semble-t-il, que les quatorze jours qui avaient été observés lors des épidémies de SRAS et de MERS, et qui avaient initialement été avancés pour ce nouveau coronavirus.

Pour ce qui est –paramètre de grande importance– du caractère contagieux des personnes en phase d'incubation, il semble être avéré au vu des récentes contaminations autochtones auprès de Chinois·es ne présentant pas de symptômes. C'est là une situation fréquente avec beaucoup de maladies infectieuses. ..

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