Sexe virtuel, et si on était déjà en plein dedans?

Erotique

Sex in progress... | Jean Koulev via Flickr

L'impression que la grande époque du sexe virtuel est encore à venir est sans doute erronée: en réalité, tout est là.

En 1993, la comédie d'action et d'anticipation Demolition Man, avec Sylvester Stallone et Wesley Snipes, prend la tête du box-office américain avant de connaître une carrière assez honorable pour sa sortie française (environ 1,8 million d'entrées entre février et mars 1994). Avec les années, le premier long-métrage de l'Italien Marco Brambilla a fini par accéder au statut de film culte. En plus du mystère des trois coquillages (enfin résolu à l'hiver 2019), une scène marque le public: celle du rapport sexuel entre les deux personnages.

La scène se passe en 2032. Ses deux protagonistes sont la policière Lenina Huxley (Sandra Bullock dans son premier rôle marquant) et son collègue John Spartan (Stallone), fraîchement décongelé après avoir été cryogénisé en 1996. Après quelques rapprochements relativement orthodoxes, de l'ordre de la parade amoureuse, une certaine tension sexuelle se met en place.

Mais tandis que Spartan se réjouit de commencer à faire l'amour avec elle, il déchante rapidement: Huxley lui propose d'enfiler un casque sur sa tête avant de faire de même, puis s'installe habillée devant lui. Le voyant exprimer son étonnement, elle lui explique que des vagues successives de maladies sexuellement transmissibles ont transformé la teneur des rapports sexuels, lesquels sont devenus totalement virtuels. Voici comment on imaginait le sexe du futur au début des années 1990.

Pas si loin de «Demolition man»

Retour en 2020. Les casques de réalité virtuelle permettent une expérience de pornographie immersive depuis quelques années. C'est par exemple l'argument massue de la société Dorcel, qui propose désormais des expériences de pornographie virtuelle à 360 degrés. La dématérialisation est en marche, même si faire l'amour à l'ancienne semble encore et toujours d'actualité. Sauf qu'en ces temps de pandémie, nous pourrions finir par découvrir que Demolition Man est un film visionnaire, et que les risques de contamination pourraient accélérer les envies de certain·es de passer au tout-virtuel.

La généralisation de l'utilisation des applications de rencontres, et plus globalement le rapport que nous entretenons tous et toutes avec nos téléphones portables, nous poussent à expérimenter de nouvelles pratiques comme le sexting, l'envoi de messages érotiques ou pornographiques, le sexe par téléphone ou encore la prise et l'envoi de photos de nos corps. La démocratisation de la dick pic, cette fameuse photo de pénis plus ou moins heureuse et pas toujours consentie, a même conduit à plusieurs scandales politiques dans les dernières années, le dernier en date étant français puisque l'homme politique Benjamin Griveaux a été contraint de retirer sa candidature à la mairie de Paris après la divulgation de matériel érotique privé.

Peu à peu, nous voici poussé·es à consommer un matériel tourné vers le visuel et le sur-mesure: les supports pornographiques en ligne se multiplient, qu'il s'agisse des classiques films d'exploitation, des productions indépendantes, des vidéos produites par les camgirls et camboys sur des plateformes spécialisées, ou encore du matériel inédit partagé sur OnlyFans. Sur ce genre de plateforme, il est possible d'accéder pour quelques euros au profil d'un travailleur ou d'une travailleuse du sexe dont on apprécie les charmes ou les talents. Se crée alors un lien de proximité unilatéral qui donne l'impression d'entrer dans l'intimité de ces perfomeurs et performeuses...

Il est loin le temps des maisons closes, des stags, ces films pornographiques réalisés dans la clandestinité entre 1915 et 1950, des cartes postales du début du XXe siècle qui s'échangeaient sous le manteau. La pornographie n'a jamais été aussi accessible qu'aujourd'hui, et c'est peut-être aussi sa limite. Déjà parce qu'elle ne rémunère pas ses travailleurs et travailleuses à leur juste valeur, la plupart étant comme victimes d'un gigantesque piratage organisé. Ensuite parce que sur les plateformes les plus prisées, constater qu'une vidéo a déjà été visionnée des millions de fois semble attester de sa qualité... mais aussi nous avertir en lettres de feu sur notre manque de fantaisie et d'originalité...

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