Septembre 1970, une rentrée musicale qui change tout

Musique

Couvertures des albums Abraxas de Santana, Curtis de Curtis Mayfield et Paranoid de Black Sabbath.

Ce mois-ci, en quelques jours se succèdent des disques qui deviendront des classiques, du rock à la soul, de la folk au metal, et qui changeront définitivement notre façon d'aborder la musique.

Il serait hypocrite de dire qu'un mois à lui tout seul peut chambouler l'histoire de la musique. Mais septembre 1970 est le candidat idéal pour vérifier s'il y a quand même une part de vérité dans cette idée. Les générations qui ont vécu cette époque ont pu assister à un virage culturel majeur.

Le hasard du calendrier a fait qu'en l'espace de quelques semaines, de nouveaux styles se sont révélés dans un contexte mondial inquiétant voire désespérant. L'heure était à la revendication, à la sincerité, à l'affirmation sociale et musicale.

Sombre réalité

On entend souvent dire que le drame du festival d'Altamont fin 1969 marque la fin symbolique du mouvement hippie et d'une période d'optimisme, mais la transition s'opère vraiment l'année suivante. Les Beatles viennent publiquement de se séparer au printemps avec le départ de Paul McCartney, tout comme Simon & Garfunkel, au sommet de leur succès après la sortie de Bridge Over Troubled Water. Deux formations générationnelles, qui ont porté et traversé l'élan créatif des années 1960, ne sont plus.

En parallèle, la surconsommation de drogues provoque une hécatombe: Alan Wilson, chanteur du groupe Canned Heat («On the Road Again») décède le 3 septembre d'une overdose de barbituriques; deux semaines après, à la suite d'un concert à Londres, Jimi Hendrix prend une énorme dose de sédatifs et meurt asphyxié. (Et on pourrait ajouter Janis Joplin, victime de l'héroïne début octobre). Trois symboles de la contre-culture, tous tués à 27 ans d'un rythme de vie infernal.

Les artistes qui leur succéderont ne pourront plus voir le monde avec des étoiles dans les yeux. Entre en scène Black Sabbath. Le 18 septembre, six mois après la sortie de son premier album, le groupe de Birmingham poursuit sur sa lancée avec l'opus qui va définir leur son et l'esthétique de tout un nouveau genre. Paranoid est considéré comme un moment fondateur du metal, voire encore aujourd'hui comme son meilleur album.

Comme l'a résumé le journaliste Howard Johnson, «il est approprié que le deuxième album de Black Sabbath, Paranoid, atteigne le sommet des charts britanniques la première année d'une nouvelle décennie. En capturant l'état d'esprit de l'époque, les huit pistes composées par le quatuor de Birmingham ont définitivement stoppé les idéaux hippies des années 1960 propagés à San Francisco, l'amour libre et le pouvoir des fleurs. L'ombre planante d'une guerre du Vietnam qui semblait sans fin avait sapé l'optimisme naïf que la jeunesse avait ressenti pendant la plupart de la décennie précédente. L'ambiance changeait, devenait plus sombre. Et qui mieux pour apporter une représentation musicale de cette vision d'un monde malheureux que quatre gars de la classe ouvrière, démunis, et venant de la ville industrielle et sombre de Birmingham?»

Cette nouvelle approche du rock, plus grave et lourde, avec un tempo plus lent, des basses plus présentes et surtout des riffs directs et efficaces, répond parfaitement à un jeune public désœuvré et désesperé. Au lieu de célébrer un rêve de changement qui s'avère de plus en plus utopiste, Sabbath incarne un mal-être, une inquiétude, et une dose de catharsis.

«War Pigs» dénonce les horreurs de la guerre et les politiques qui se cachent pour laisser les pauvres se battre, et qui pour cela auront leur place en enfer. «Paranoid» est un puissant aveu de dépression, où Ozzy Osbourne exprime les mots de son bassiste qui ne trouve plus de joie dans la vie. «Iron Man» est un héros moqué et incompris qui préfère se cacher du monde qu'il voulait sauver, et prépare maintenant sa vengeance.

Au-delà des références sataniques surmédiatisées, ce qu'écrit Black Sabbath est à la fois une déclaration à cœur ouvert et un défouloir. Une approche brutale mais profonde qui va définitivement s'installer dans l'esthétique «rock», et devenir la référence pour les porte-parole du heavy metal, du thrash, du black, du doom, du grunge ou du stoner. Pour reprendre Tom Morello, «ils ont fixé la norme pour les groupes à venir»....

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