Samantha Geimer: «Personne n'est en droit de dire à une victime ce qu'elle doit penser»

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Samantha Geimer au tribunal de Los Angeles, le 9 juin 2017. Elle était venue demander au juge de clore son dossier. | Frederic J. Brown / AFP 

Alors que l'«affaire Polanski» resurgit à l'occasion de la cérémonie des César, Samantha Geimer, violée par le réalisateur en 1977, s'élève contre l'emballement médiatique autour de son histoire.

En 1977, alors qu'elle avait 13 ans, Samantha Geimer a été violée par Roman Polanski. Elle en a parlé le jour-même à sa famille et a porté plainte dès le lendemain des faits.

S'ensuivra la toute première «affaire Polanski», soit un procès tellement médiatique qu'il fera perdre la boule à son juge, Laurence J. Rittenband, et poussera le réalisateur de Chinatown à fuir les États-Unis.

Cela fait près de vingt-cinq ans que Samantha Geimer voudrait tourner la page. «Ce n'est pas pour lui que j'ai pardonné. Je l'ai fait pour moi», écrit-elle dans La Fille - Ma vie dans l'ombre de Roman Polanski, récit paru en 2013 et dont la rédaction a été déclenchée par l'«affaire Polanski» de 2009. Depuis 2003, elle souhaite également que son histoire ne soit plus exploitée pour nuire à la carrière du cinéaste.

À l'heure d'une énième «affaire Polanski», née d'une nouvelle accusation de viol portée par Valentine Monnier, et au moment de la cérémonie des César où le réalisateur ne se rendra pas pour ne pas avoir à «affronter un tribunal d'opinion autoproclamé», la voix de Samantha Geimer mérite d'être entendue.

Cet entretien, réalisé par mail et Skype du 17 au 25 février 2020, a été édité et condensé à des fins de clarté.

Comment allez-vous et comment vivez-vous les polémiques autour de Roman Polanski?

Je vais bien, merci de demander. En réalité, ces polémiques ne m'affectent que dans la mesure où je les laisse faire. Si je le voulais, je pourrais me déconnecter. Mais la plupart du temps, j'ai toujours envie de raconter mon histoire, de remettre les pendules à l'heure, comme je l'ai fait avec mon livre. Je ne sais pas pourquoi le grand public est si hostile à la vérité, mais je constate que cela n'a fait qu'empirer ces dernières années.

«Distinguer Polanski, c'est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire: “Ce n'est pas si grave de violer des femmes”», a déclaré Adèle Haenel dans le New York Times.

Je ne suis pas du tout d'accord. Demander à toutes les femmes de supporter le poids de leur agression, mais aussi de l'indignation de tout le monde pour l'éternité, c'est cracher au visage de toutes celles qui se sont rétablies et qui sont passées à autre chose.

Rameuter les victimes pour sanctionner des gens qui se sont mal comporté, c'est les victimiser davantage. Personne n'est en droit de dire à une victime ce qu'elle doit penser et comment elle doit se sentir. Lorsque vous refusez qu'une victime pardonne et tourne la page pour satisfaire un besoin égoïste de haine et de punition, vous ne faites que la blesser plus profondément.

Une victime a le droit de laisser le passé derrière elle, et un agresseur a aussi le droit de se réhabiliter et de se racheter, surtout quand il a admis ses torts et s'est excusé.

Vous racontez dans votre livre comment des psychiatres chargés du rapport de probation de Polanski en 1977 avaient, tels des critiques de cinéma, mis en avant son talent de réalisateur pour justifier leur indulgence. Aujourd'hui, la situation semble s'être inversée: des professionnels du cinéma se posent en procureurs. Est-ce qu'on n'en revient pas finalement au même?

C'est un très bon exemple du double tranchant de la célébrité. Parfois, c'est un atout qui vous ouvre des portes et vous aide à vous tirer d'affaire, mais d'autres fois, c'est une cible qu'on vous punaise dans le dos. Et quand des gens veulent profiter de la célébrité de quelqu'un, ce sont toujours les quidams comme moi qui en pâtissent le plus.

En 1977, ce qui m'est arrivé n'était pas rare, et ce n'était pas non plus considéré comme l'outrage qu'on y voit à notre époque. Mais hier comme aujourd'hui, il y a toujours des jeunes femmes qui se font exploiter par des militants, des tribunaux et des avocats; il y a toujours des puissants qui tirent profit des faibles. La manière est différente, mais les abus sont identiques.

En ce qui concerne notre affaire de 1977-1978, je ne cesserai d'attirer l'attention sur les fautes commises par le tribunal, car on ne peut pas passer outre. Quand un système judiciaire dysfonctionne à ce point, nous sommes tous en danger....

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