Revoir «Ally McBeal» après #MeToo

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Qui tenterait de faire passer le test de Bechdel à tous les épisodes de la série abandonnerait vite en pleurant. | Capture d'écran MacPhoenix82 via YouTube

Alors qu'une possible suite a été annoncée, retour sur la série culte de la fin des années 1990.

«Il faudrait que cela soit fait par quelqu'un d'autre, de préférence une femme.» Voici comment, il y a trois ans, le scénariste David E. Kelley évoquait un possible retour d'Ally McBeal, série culte diffusée sur la Fox de 1997 à 2002. À la suite de l'affaire Weinstein et des accusations d'agressions sexuelles qui déferlent depuis sur Hollywood, impossible pour le créateur d'imaginer revenir aux manettes des aventures de cette avocate fantasque au romantisme incurable. Au revisionnage de la série, ce choix est facilement compréhensible. Pour preuve, son point de départ: une main aux fesses.

Créée vingt ans avant #MeToo, la série fait figure de pionnière sur le sujet du harcèlement sexuel dans le milieu du travail. Lorsqu'Ally va se plaindre à son supérieur de l'agression dont elle a été victime, la jeune avocate a la mauvaise surprise de découvrir qu'on préfère se débarrasser d'elle, toute fraîche diplômée, plutôt que de son collègue en place aux mains baladeuses. Au fil des cinq saisons, le sujet sera amplement décliné. Une femme virée pour sa beauté jugée menaçante par l'épouse du patron, une journaliste licenciée après vingt ans de carrière faute de ne plus attiser les fantasmes de l'audience, des employées atterrées de voir chaque jour leurs collègues masculins baver à la vue d'une belle poitrine… Sans parler d'Ally, qui ira jusqu'à passer une nuit en prison à cause d'un juge réprouvant ses mini-jupes.

Sexe et pouvoir

En 1997, Ally McBeal suscite un engouement immédiat. Pour son inventivité d'abord –coup de fouet formel rythmé par les hallucinations d'Ally et autres fantasmagories de ses collègues–, son parti pris de légèreté et d'irrévérence et ses allures de comédie musicale. Mais la représentation novatrice que donne à voir la série des enjeux de sexe et de pouvoir sur un lieu de travail y est aussi pour beaucoup.

On y parle de liaisons entre juges et avocats, patrons et employées, femmes âgées et hommes plus jeunes, parfois adolescents. Et contrairement à de nombreuses séries de l'époque (Friends, Sex & the City), la diversité s'affiche en grande pompe (avec, entre autres, Lisa Nicole Carson ou Lucy Liu dans des rôles principaux). Des thèmes tels que le consentement, la dysphorie de genre, ou la santé mentale sont abordés. Les couples sont représentés sous toutes leurs coutures: interraciaux, extra-conjugaux, ménages à trois, coups d'un soir, ou bien grand amour. Le tout, articulé autour d'une guerre des sexes féroce, souvent fort drôle, à laquelle se livrent les membres du cabinet d'avocats complètement déjantés.

Certes, le succès d'Ally McBeal est étroitement lié à son héroïne irrésistible et attachante (et donc à son interprète, l'actrice Calista Flockhart) et ses innombrables déboires amoureux. À ce titre, Ally gagne sans doute le titre de l'héroïne la plus emblématique des années 1990, tout du moins sur petit écran. Son personnage affiche une complexité moderne, désireuse de tout avoir: la carrière et le grand amour.

Prise au piège d'un triangle amoureux (entre Billy, son amour de jeunesse, et sa femme Georgia), Ally est névrosée et narcissique, n'a pas la langue dans sa poche et n'hésite pas à exprimer physiquement sa frustration en cognant coussins comme passants. Ses soirées de célibataire sont dévolues à danser en pyjama (ample et confortable, s'il vous plaît) et la glace se mange à même le pot les soirs de déprime.

«The bitch»

Le personnage revendique sa liberté de corps et de cœur mais ploie aussi sous les injonctions sociétales. La trentaine approche et la voici qui craint de finir vieille fille. Elle rêve au prince charmant mais reconnaît que cette obsession qui l'habite jour et nuit n'est, sans doute, qu'un mirage inculqué par Disney et ses princesses endormies...

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