Regarder du porno, c’est tromper?

Erotique

«Une excitation sexuelle ça se nourrit; ça se nourrit par la relation, certes, mais ça se nourrit aussi par l'imaginaire.» | Joan Puigcerver via Flickr

Surprendre son conjoint en train de regarder un film à caractère pornographique peut susciter un sentiment de trahison pas toujours facile à dépasser. Pour des raisons aussi individuelles que sociales.

«Je me suis rendu compte en cherchant dans l'historique de la page que je lisais la veille qu'il y avait tout un historique porno qui s'était déroulé la nuit», se souvient Pénélope, 32 ans, qui travaille dans le milieu du spectacle. «J'ai été surprise, parce qu'on n'en avait jamais parlé, et j'ai été affectée.» Dans un couple hétérosexuel, découvrir par hasard que son conjoint regarde des contenus pornographiques (les hommes en visionnent en moyenne davantage que les femmes) laisse rarement indifférente. Comme l'indique, en se référant à des études, dans son mémoire sur la consommation solitaire de pornographie en couple la doctorante en psychologie Geneviève Bisson: «La découverte inopinée de la consommation du partenaire peut être traumatique et elle engendre souvent une grande détresse conjugale.»

Et ça n'a rien de très étonnant. «La pornographie en soi n'est pas un sujet neutre, ça engendre de fortes émotions, positives ou négatives, ça provoque certains questionnements, politiques et individuels, donc c'est vraiment un phénomène qui a une valence émotionnelle importante», décrit Simon Corneau, professeur permanent au département de sexologie de l'université du Québec à Montréal (Uqam) et spécialiste des questions de pornographie. «Ce n'est pas la même chose de découvrir que son conjoint mange des oranges!»

Interviewée dans un épisode de l'émission de France Culture «LSD, La série documentaire» sur le porno, la gynécologue-obstétricienne et sexologue Marie Veluire, et co-autrice de l'ouvrage Je, tu, nous… le couple, le sexe et l'amour, mentionnait «le nombre de femmes qui se sentent trahies parce qu'elles ont surpris leur mari en train de regarder un film porno». Comme si visionner du porno signifiait dans tous les sens de l'expression «aller voir ailleurs» (sur un écran, d'autres femmes et peut-être d'autres pratiques) et constituait donc une infidélité.

Malgré la tournure aussi imagée que consacrée «ce n'est pas parce qu'on est au régime qu'on n'a pas le droit de regarder la carte», c'est la perception qu'en a Blandine*, 51 ans, psychanalyste, qui a retrouvé au retour d'un voyage il y a vingt ans son désormais ex-mari au dernier étage de leur domicile en train de visionner du porno. «J'étais furieuse, j'étais blessée, j'étais horrifiée. Moi qui le croyais quand il me disait qu'il ne désirait que moi, j'ai senti qu'il y avait d'autres personnes dans nos relations sexuelles; ce n'était plus une relation exclusive et ça m'a fait beaucoup de mal. Je me suis sentie moins aimée et plus aussi attirée par lui parce que je savais qu'il était attiré par d'autres.» Un vif ressenti qui, s'il n'est pas systématique, a des raisons d'être et, qu'on ne s'y trompe pas, est loin de s'expliquer uniquement par une vision du porno comme d'un acte en soi répréhensible.

Exclusion secrète

Comme le relève Geneviève Bisson, il est probable que le secret autour de la consommation solitaire de pornographie soit, peut-être même plus que le contenu explicite lui-même, à l'origine de ses effets potentiellement délétères sur le couple; d'ailleurs, expose-t-elle, «une meilleure communication reliée à la pornographie est associée positivement à la satisfaction sexuelle, et ce, tant chez les hommes que chez les femmes».

Jean-Luc*, 53 ans, qui travaille dans la formation professionnelle, a un jour découvert sur internet un site de petites vidéos X amateures; dans son salon, il en lance une par curiosité. «Et là, le son est à fond. Vous imaginez le bruit que ça fait tout d'un coup dans l'appartement! Ma femme passe une tête, elle me dit “Qu'est-ce que tu regardes?” et là je suis comme un gamin de 10 ans qui a fait une sacrée bêtise, je me sens complètement ridicule. C'était de la gêne et un peu un sentiment de culpabilité, de faire ça dans mon coin, en catimini.»

Dans son esprit, le secret, plus que l'acte en lui-même de visionner un film de ce genre, revenait en quelque sorte à ne pas faire preuve de sincérité envers sa conjointe. «C'est peut-être qu'on exclut sans raison son partenaire de la sexualité et de quelque chose qui touche à l'intimité, alors que l'épanouissement sexuel est un des ciments du couple. On ne se fait pas assez confiance à soi donc on ne fait pas confiance à l'autre pour être en capacité de pouvoir comprendre et échanger sur les sujets qui peuvent gêner et être de l'ordre du plus intime», poursuit cet homme pour élucider la «honte très désagréable» qu'il a ressentie.

Satisfaction de substitution

Le fait de se tourner vers le porno peut aussi être associé à une insatisfaction sexuelle conjugale, quantitative ou qualitative. Pour Pénélope, les sentiments négatifs liés à l'usage de vidéos X par son copain tenaient aussi à la représentation qu'elle avait de la sexualité, et notamment du désir masculin irrépressible que les femmes devraient combler. En 2019, d'après une enquête Ipsos réalisée pour l'association Mémoire traumatique et victimologie, 57% des Français·es (contre 63% en 2015) approuvaient que «pour un homme, c'est plus difficile de maîtriser son désir sexuel que pour une femme».

«On fait partie d'une génération qui pensait que l'homme a des pulsions vitales, qu'il faut qu'il se maîtrise. Et, à ce moment-là, dans ma vie, j'avais encore dans la tête cette vision patriarcale de la femme qui doit satisfaire l'homme. J'en étais encore au fait que, s'il avait besoin de porno, c'était peut-être qu'il n'était pas satisfait dans notre sexualité», raconte la jeune femme, qui était aussi peinée d'avoir échoué à bien remplir le «rôle» qu'elle s'imaginait être le sien.

En en discutant avec lui, elle a réalisé que ce n'était pas le cas. «Il m'a rassurée sur le fait que ce n'était pas une insatisfaction, quelque chose qui manquait ou qui n'allait pas. C'était plus une façon de s'occuper, ça faisait partie des divertissements qu'il avait et ça remettait rien en cause chez la personne avec qui il pouvait être. Je me suis rendu compte que ça n'avait rien à voir avec moi, que je n'étais pas du tout mise en danger. Du coup, j'étais tranquille.» Pas de concurrence pornographique, pas de fragilisation de son ego ni de remise en question de son couple pour cette raison. «Il y a plein de situations où on se sent affectées de suite, s'il regarde des filles, s'il a envie de se faire draguer, alors que c'est juste la vie de l'autre et juste des trucs qu'il aime, relativise-t-elle. Ça remet pas du tout en cause la personne que t'as en face de toi, c'est juste qu'elle peut pas tout nourrir.»

Selon un sondage Ifop pour CAM4.fr mené en 2014 auprès de 1.050 personnes, 40% des hommes admettent avoir déjà eu plus l'envie de regarder un film porno que de faire l'amour avec leur partenaire. Pour Jean-Luc, ce n'est en rien «une sexualité de substitution». Il s'agit plutôt d'«enrichir la sexualité, les fantasmes, l'univers fantasmagorique». C'est ce qu'affirmait Marie Veluire au micro de France Culture. «Il faut comprendre que, la sexualité, ce n'est pas naturel, ça ne tombe pas du ciel, qu'une excitation sexuelle ça se nourrit; ça se nourrit par la relation, certes, mais ça se nourrit aussi par l'imaginaire et l'imaginaire peut passer par des outils qui vont l'alimenter, et chez les hommes, souvent, c'est des scènes de film porno. Ça doit rester à cet endroit-là, ce n'est en aucun cas une trahison.»..

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