Rangez votre pudeur, on lève le voile sur le sexe dans la Rome antique

Sociétés

Triolisme (Pompéi) arrangé de la manière décrite par Catulle, poème 56. | Angelika Dierichs, Erotik in der Römischen Kunst [Érotisme dans l'art romain], 1993 via Wikimedia

Vivant panorama de la sexualité féminine à l'époque romaine.

Dans son essai Les femmes et le sexe dans la Rome antique, Virginie Girod, docteure en histoire ancienne, nous offre un vivant panorama de la sexualité féminine à l'époque romaine. L'ouvrage est d'autant plus précieux que l'Antiquité sexuelle a envahi notre imaginaire, au moins depuis le XIXe siècle, à travers la peinture, puis au cinéma et aujourd'hui encore dans la BD et les téléfilms.

On associe souvent l'Empire romain à des images sulfureuses et orgiaques. Mais qu'en était-il en réalité? La spécialiste tente de répondre à cette question, sans pour autant dénigrer les fantasmes qui dès la période antique se sont cristallisés sur la sexualité féminine.

L'enquête est menée sur deux fronts, qui constituent les deux faces du même sujet: l'historienne questionne la réalité quotidienne des femmes, nous guidant jusque dans leur intimité; elle nous montre aussi comment les auteurs romains, tous masculins, ont construit à travers leurs œuvres une certaine image de la féminité correspondant à leurs désirs.

L'ouvrage est abondamment documenté. Virginie Girod exploite toutes les sources disponibles, de la littérature aux objets de la vie quotidienne, en passant par les œuvres d'art. L'ensemble est très agréablement écrit et facilement accessible. C'est une vaste fresque constituée de trois grands tableaux: «La morale sexuelle féminine» brosse les portraits de Romaines mythiques; «corps féminins et sexualité» affronte sans tabou les pratiques sexuelles; «mère et putain» distingue les deux principales catégories de femmes dans la société patriarcale romaine.

Le peuple romain était-il obsédé?

C'est ce que l'on pourrait croire, quand on contemple avec nos repères contemporains les nombreuses peintures érotiques découvertes à Pompéi. Longtemps, ces œuvres, comme d'autres objets jugés licencieux, ont été conservées à l'abri d'un cabinet particulier du Musée de Naples, dont l'accès était interdit aux femmes et aux enfants.

Mais cette pornographie antique, nous explique Virginie Girod, n'était pas ressentie comme obscène: «L'obscénité, sous la forme d'images ou de mots, pouvait revêtir des sens bien différents dans l'Antiquité. Ce qui est perçu comme obscène aujourd'hui pouvait alors avoir une valeur prophylactique ou cathartique», écrit l'historienne.

Satyre et nymphe, mosaïque romaine de la Maison du Faune (VI 12, 2-5) à Pompéi. Musée Archéologique de Naples.

Satyre et nymphe, mosaïque romaine de la Maison du Faune (VI 12, 2-5) à Pompéi. Musée Archéologique de Naples. | Wolfgang Rieger via Wikimedia

En fait, l'obscénité n'existe pas en elle-même: c'est d'abord un regard, une représentation sociale. Par exemple, Les Fleurs du Mal de Baudelaire furent considérées comme impudiques au moment de leur publication, avant de devenir un chef-d'œuvre de la littérature française. À s'arrêter aux nombreuses peintures retrouvées à Pompéi, on pourrait naïvement penser que la ville n'était qu'un vaste bordel. On y trouvait, certes, un lupanar décoré de tableaux pornographiques, mais beaucoup de demeures, plus ou moins riches, exposaient aussi des peintures lascives aux yeux de tout le monde, résident·es et invité·es.

On ne trouvait pas de cabinet secret dans les demeures pompéiennes. Ce sont les auteurs chrétiens, comme Tertullien, qui bouleversèrent la vision de l'érotisme, transformant la célébration de la vie en une offense à la pudeur. «Sous la pression du christianisme, le corps érotique allait être de plus en plus dissimulé et dénigré.»...

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