Raclettes party, dates Tinder... les petites entorses des Français au confinement

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Le bien-être de la population française a été mis à mal pendant les confinements. | Scott Warman via Unsplash

Afin de rompre leur isolement et améliorer leur bien-être pendant le confinement, de nombreuses personnes ont organisé des retrouvailles et soirées clandestines.

C'est toute la difficulté de cette épidémie de Covid-19: tant que le drame touche les autres derrière les murs des hôpitaux et des Ehpad, le virus semble loin. Même si les chaînes d'information passent en boucle des interviews du personnel médical et des reportages dans les régions touchées, la menace est difficilement palpable au quotidien.

Perrine*, jeune trentenaire salariée dans un lieu de spectacles en Mayenne, se rappelle de son sentiment avant de tordre les interdictions du second confinement pour se rendre à une raclette clandestine chez des amis. «On se disait qu'on avait très peu de chance d'attraper le Covid dans cette soirée. En fait, c'est quand tu le chopes que tu te rends compte d'un coup du danger de la maladie», témoigne-t-elle.

Ce soir-là, Perrine avait prévu de déguster une raclette avec six autres amis qu'elle connaît bien. Des proches qui lui disent avoir bien respecté le confinement jusqu'ici. Une convive de dernière minute ajoutera pourtant une poignée d'incertitudes aux festivités.

«Il y avait la copine d'un mec présent ce soir-là. Elle habite à Paris et était venue pour l'occasion. Deux jours après, on a su qu'elle était positive au Covid-19. On était tous cas contact, mais on s'est dit qu'on n'allait pas le dire au boulot pour ne pas avoir d'ennuis. Je me voyais mal mentir à mon chef s'il me demandait qui était mon contact», poursuit Perrine.

Finalement, trois des participants à la raclette seront testés positifs au Covid-19 dans les jours suivants.

«Une bouffée d'oxygène»

Perrine n'est pas isolée socialement. Elle vit en colocation avec deux autres personnes dans une longère à la campagne et elle a continué pendant le confinement à voir son copain qui habite dans une ville voisine. «Je ne me sentais pas du tout isolée, mais ça m'avait fait du bien de voir des gens. Tu as l'impression pendant quelques heures que tout est normal. C'était une bouffée d'oxygène», dit-elle.

De manière générale, le bien-être ressenti par la population française dans la vie quotidienne a nettement baissé pendant le premier confinement, selon une grande étude qui a recueilli plus de 11.000 témoignages grâce à des questionnaires auto-administrés par internet, avec un échantillon représentatif en termes de classes sociales, de territoires, d'âges ou de sexes.

L'autrice de cette étude est Lise Bourdeau-Lepage, professeure de géographie à l'université Jean Moulin Lyon 3 et chercheuse au sein de l'UMR Environnement, ville, société au CNRS. Elle a constaté que sur une échelle de 0 à 10 (10 étant un bonheur absolu), le bien-être de la population française a baissé en moyenne de 1,4 point pendant le premier confinement pour s'établir à une moyenne de 5,7 pour les individus partageant leur toit avec d'autres et de 5,4 pour les personnes seules. Si la note a baissé dans la même proportion dans ces deux catégories, «il faut dire que les personnes seules ont déjà un bien-être inférieur aux autres en temps normal», explique Lise Bourdeau-Lepage.

Pendant ce qu'elle appelle «le grand confinement», de nombreuses personnes seules ont souffert d'isolement social, ce qui a contribué à dégrader leur sentiment de bien-être.

«Le fait de vivre seul apparaît a priori comme un facteur favorisant l'isolement social. Seuls 22,3% des Français ayant traversé le confinement seuls déclarent ne jamais se sentir isolés socialement au cours du confinement contre 36,5% pour les autres. Notre étude montre qu'au cours du confinement, une personne vivant seule avait 1,6 fois plus de chance de se sentir plus isolée socialement que d'être dans la même situation qu'avant le confinement», poursuit Lise Bourdeau-Lepage.

Le bien-être de la population française a baissé avec le confinement. | Diego San via Unsplash

Dans cette étude, aucune question ne portait sur les retrouvailles clandestines qu'ont pu organiser certaines personnes sondées pour rompre leur isolement. Mais la chercheuse du CNRS a remarqué plusieurs phénomènes sociaux intéressants.

«Une personne qui prenait part aux manifestations de soutien au personnel soignant au cours du confinement en applaudissant à sa fenêtre à 20 heures avait 13,5% de chance en moins d'être plus isolée socialement qu'avant le confinement. Certains de mes collègues qui habitent à Lyon m'ont aussi rapporté que dans les immeubles, certains habitants organisaient des petits apéros sur le palier de leur étage pour briser un peu l'isolement social», pointe Lise Bourdeau-Lepage...

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