Quitter la ville, les nouvelles frontières de la gentrification

Sociétés

La génération qui suit celle des boomers n'a d'autre choix que d'enjamber non pas le périph', mais bien le village fleuri pour repousser la frontière de la désirabilité immobilière. | Lucas van Oort via Unsplash

Trois familles de projet renouvellent le rêve français d'une vie qui rompt avec le milieu urbain.

Quitter la grande ville? De plus en plus de monde y pense. Mais pour aller où?

Avant, c'était facile: il y avait les villes, leurs banlieues et tout autour la campagne. Depuis les années 1980, c'est devenu un poil plus compliqué, en raison de l'intégration de nombreux villages à l'aire d'influence des villes, ce qu'on appelle la périurbanisation.

Dans cette campagne en archipel, l'habitant pendulaire du pavillonnaire peut voisiner avec l'agriculteur néorural, l'espace naturel qui accueille des retraites de yoga et des stages de survie peut se situer en lisière de route nationale et la chambre d'hôtes éclore à proximité d'une ville-dortoir.

Après les quartiers populaires, après la banlieue et les friches, après Berlin, après Marseille et face à l'explosion du coût du logement dans les grands centres d'emploi, l'hyper-ruralité, les grandes couronnes et les villes moyennes de sous-préfecture sont en passe de devenir les nouvelles frontières de la quête de sens d'une génération qui n'aura jamais de résidence secondaire et ne pourra guère espérer se loger décemment dans les métropoles.

Pour vous y retrouver dans le nouveau patchwork français et mieux cibler votre point de chute, voici une petite typologie approximative, subjective et imagée des nouveaux courants du retour au village. Vous reprendrez bien un verre de Beaujolais nature avant la fin du monde?

La famille collapso, ou la campagne en mode projet


Yourte et poules, la nouvelle néoruralité. | Annie Spratt via Unsplash

Pour nombre d'intellectuel·les contemporain·es qui inspirent les courants radicaux, c'en est bel et bien fini de la ville comme lieu d'émancipation.

La pollution, la cherté, la conflictualité des rapports sociaux, les temps de transport, la super-gentrification –voire la «connardisation»– et le nouveau conformisme social des villes d'open space, de salad bars et de mobilités douces ont poussé toutes les énergies tournées vers le changement à se retrancher en lisière de ville: forêt, nature, cabane, village, yourte, éco-lieu.

Il suffit de se pencher sur le catalogue des parutions récentes des maisons d'édition proches de la gauche radicale ou de l'écologie pour percevoir ce grand virage pastoral de la pensée critique.

Dans ce contexte, la collapsologie fait figure de grand récit de remplacement de critique du capitalisme et de courant capable de donner à la pensée écologiste une nouvelle jeunesse.

Après la phase de deuil de la société de consommation, les collapsologues, ou plus exactement les collapsonautes selon la nouvelle terminologie en vigueur, se tournent vers l'action dans une logique d'alternative locale: plutôt l'épicerie écogérée dont on dépose les statuts dès ce soir que l'attente d'un grand soir toujours remis à plus tard.

Dans cette famille néorurale, la tendance est aux projets, aux communautés dites intentionnelles et aux lieux intégrés (habitat, coworking, jardin potager), dans une logique partiellement collectiviste tout en étant plus en phase avec l'individualisme et le souci d'autonomie des jeunes générations.

Selon une plaisanterie en vogue sur les réseaux sociaux, «la collapsologie, c'est la gentrification du survivalisme» –comprendre une version urbaine, éduquée, écologiste et relativement non violente du grand récit de la fin du monde.

Si dans la culture populaire l'archétype du survivaliste correspond à un ancien militaire qui se projette mentalement dans un épisode de The Walking Dead, le collapso se rêve membre d'un éco-lieu participatif dans lequel la vie quotidienne serait rythmée par la quête de l'autonomie énergétique, les bals musette non oppressifs et les veillées collectives décarbonées.

Attention cependant à ne pas confondre un membre de la génération collapso avec un simple éleveur de chèvres du Larzac des années 1970. Si la confusion esthétique est toujours possible, un collapso est bien souvent un babos qui a obtenu son diplôme d'ingénieur, communique par Slack et possède des notions avancées d'UX design.

Plus cadrée, plus précise, à l'image de la permaculture qui suppose de la discipline et une maîtrise des techniques de maraîchage, la nouvelle culture néorurale est aussi moins débridée: elle a su conserver le meilleur des deux mondes[1]. C'est la raison pour laquelle elle a davantage de probabilités que la précédente de se maintenir dans la durée.

Destinations

– Pour une initiation, le T-Camp, un «campus de la transition» à Fontainebleau, première école de formation des futur·es leaders du monde post-effondrement.

– Pour une installation définitive en éco-lieu, les anciens spots néoruraux séduisent pour des raisons de compatibilité culturelle et de masse critique. Dans les villages repeuplés par les acteurs du retour à la terre des années 1970, ceux-ci sont désormais majoritaires et occupent la fonction de nouveaux anciens du village, réorganisant les espaces publics comme les cafés, et mêmes les fêtes estivales, selon leurs valeurs et leurs options culturelles.

– Les départements peu peuplés, peu denses, isolés ont toujours la cote, pourvu qu'ils soient munis d'une bonne connexion internet. Aux côtés de l'Ardèche, des Cévennes et de la Drôme, la carte s'étoffe de nouveaux hotspots: les départements du centre de la France sont plébiscités en raison de leur isolement, le centre de la Bretagne pour son climat, le Sud-Ouest pour son art de vivre, sans oublier les territoires que personne ne sait placer sur une carte, comme le trop sous-coté Morvan.

– À consulter également: la carte des oasis de Colibris, les hameaux clés en main à vendre sur Le Bon Coin...

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