Quelques conseils pour rassurer vos enfants sur le coronavirus

Santé

Le coronavirus, menace fantôme génératrice d'angoisses chez les enfants. | Charlein Gracia via Unsplash

Risques industriels, menace terroriste, coronavirus… Cette dernière angoisse vient s'ajouter à la somme des inquiétudes contemporaines auxquelles sont exposés les enfants.

«On n'a qu'à dire qu'on revient de la Chine, comme ça, je vais pas à l'école.» La voix du petit Mathis est à peine recouverte par le bruit d'un dessin animé. La journée est pourtant belle. L'enfant pourrait jouer dehors ou profiter de ses camarades. Rien n'y fait. Le minot marseillais préfère rester dans le salon. «C'est un peu lié à la peur du coronavirus, avoue Soizic, sa jeune maman. Depuis que les adultes parlent de la maladie, le comportement de Mathis a changé. Il pose des questions, refuse de ramasser les objets, et tente ne plus aller en classe.»

L'affaire est bien connue. Les effets du coronavirus occupent un large spectre. Certain·es analystes n'en finissent plus d'évoquer les problématiques liées à la propagation du virus. Les considérations sont bien évidemment médicales, géopolitiques, commerciales ou sociétales. Comme à chaque crise, des complotistes s'en mêlent. De vieux Chinois avalent des chauves-souris, la souche du virus serait artificielle, une nuée d'agent·es du FBI auraient secrètement fabriqué une arme biologique. Ambiance...

Un élément demeure cependant certain. Le coronavirus est avant tout question de communication. Exit alors Tchernobyl et son culte du silence. La mondialisation des échanges invite à la prise de parole. Au risque, peut-être, d'effrayer nos enfants.

Cœur brisé et chien zombie

«Radouane se lave les mains toutes les cinq minutes, affirme Monia. Il me demande si être malade du virus fait beaucoup de mal. Je le vois se retourner dès qu'une personne tousse. Au magasin, c'est l'enfer! Il fourre ses mains dans les poches et regarde le plafond.» Farid, le papa de Radouane, fait quant à lui tourner nerveusement sa tasse de thé. «Je suis un brin exaspéré, s'agace ce chauffeur poids lourd. À la radio, la télé, sur internet, les gens ne parlent que de ça. Le gamin croit que c'est la guerre! Je lui dis de ne pas trop écouter. Mais il veut pas entendre!»

Le coronavirus apparaît aux enfants comme une menace invisible. Son spectre rôderait, on ne sait trop où, sur les doigts, les mouchoirs ou la salive du voisin. Un nouveau croque-mitaine, source de bien des terreurs.

«Arthur rentre de l'école régulièrement en larmes, s'inquiète ainsi Philippe, son papa. Non pas à cause du virus. À 6 ans, il est trop petit pour comprendre. Pour lui, il s'agit d'une peine de cœur. Chérine, sa fiancée, ne veut plus lui faire de bisous. Ni même lui prendre la main! Un drame. Je tente de le rassurer, le convaincre que l'Amour est plus fort que tout. L'autre jour, il s'est rincé les doigts et a ramassé des fleurs pour sa chérie. Finalement, il trouve d'autres stratégies et devient romantique!»

Autre son de cloche du côté de Livia. La pitchoune de 5 ans ne craint pas les déceptions amoureuses mais plutôt l'éventuelle disparition de son chihuahua, le bien nommé Haricot.

«Livia fait des cauchemars, abonde sa mère Karoline. Elle rêve que Haricot se dessèche et se transforme en zombie. Nous avons beau lui répéter que les animaux ne risquent absolument rien, la petite n'en fait qu'à sa tête.» Haricot le chihuahua souffre d'une malformation. Ses yeux globuleux dépassent de son minuscule crâne. Sa langue pend presque en permanence. «Notre chien est certes particulier, continue tranquillement la mère de famille. Dans l'esprit de Livia, la crainte du virus vient s'associer à la déformation physique de Haricot. Une sorte de projection...»

Le constat est clair. Parler du coronavirus aux enfants s'avère être un exercice difficile. C'est que la hantise de l'ennemi fantôme serait génératrice d'angoisses. Cauchemars récurrents, crainte diffuse, peur d'être contaminé·e, ce sont les ressources habituellement utilisées par les films d'horreur qui, aujourd'hui, paralysent nos bambins. Le virus ne doit pourtant pas faire illusion. Une question plus fondamentale interroge actuellement les psychologues. Comment rassurer nos enfants à l'heure de la société du risque?

Le truisme est votre allié

«Nous devons changer nos logiciels éducatifs», explique Jean Pellegrin. Ce pédopsychologue ayant exercé plus de quarante ans sur la Côte d'Azur a vu passer plusieurs générations d'enfants en fragilité émotionnelle. Son expertise, à présent reconnue, le pousse à poser un regard neuf sur la façon de s'adresser aux plus petits. «Le coronavirus fait partie d'un tout, continue le thérapeute. Nous vivons dans le cadre d'une société du risque. Ce dernier peut être épidémiologique, mais aussi terroriste, climatique, écologique ou social. Les enfants ne sont pas épargnés. Ils grandissent dans une forme d'incertitude dont l'une des conséquences est d'affecter ce que les psychanalystes nomment la période de latence.»

Le terme, technique, désigne cet âge d'or, où, après le premier Œdipe, le bambin dispose de la totalité de son énergie psychique. «Nous avons tous connu ce bonheur profond de pouvoir tout faire, ajoute le psychologue. Âgés de 8 ou 9 ans, nous allions faire du vélo, jouer au foot, plonger dans la piscine. Nos capacités d'apprentissage paraissaient illimitées. Telle est la définition classique de l'enfance. Une période dite de latence, puisque, à l'écart des soucis des grands, aucun stress ne venait bloquer notre énergie! La période de latence tend de nos jours à diminuer. Nous détectons par exemple de plus en plus d'élèves de primaire atteint de troubles de l'attention. Cela ne devrait pas exister, ou si peu. Sommairement, ces petits sont minés par des problèmes de grands. Ils ont probablement été associés à des enjeux qui, en théorie, ne devraient nullement les regarder. Les cas sont certes complexes. Le chômage, la précarité, l'instabilité affective des parents impactent psychologiquement un nombre toujours croissant d'enfants. Le coronavirus et la société du risque ne font que participer à cette disparition de l'enfance.»

Les mots de Jean Pellegrin sont particulièrement glaçants. Assisterions-nous, impuissants, à l'effacement progressif de l'enfance? Les adultes seraient-ils à ce point désemparés, ou irresponsables, pour faire porter sur les plus petits le poids de leurs propres conflits? Une situation alarmante mais aisément surmontable selon le thérapeute.

«Les enfants doivent rester des enfants, souligne-t-il. Face à la crainte du coronavirus, le rôle des parents serait, en quelque sorte, de renforcer ce qu'il reste de période de latence. Il s'agit de rassurer très concrètement les enfants. Pour ce faire, la valorisation de la vie et de l'énergie sont des éléments essentiels. Malgré la menace, il serait louable d'inviter les petits à vivre intensément le moment présent. Tu veux faire du vélo, voir tes amis, te faire plaisir? Eh bien vas-y, profite, si tu te développes rien ne pourra altérer ta santé. La vie est source de plénitude. De protection. Inciter les enfants à vivre plutôt que de les angoisser avec des histoires de confinement permet de récupérer une dose de confiance incroyable. Voyez-vous, le concret est thérapeutique. C'est un peu le second conseil que je délivrerais: pratiquer une sorte de truisme. Cela existe dans le domaine de l'hypnose. Si vous ancrez les gamins dans une réalité structurée et rassurante, tout ce qui suit sera lui-même rassurant. La maladie n'est pas invisible. Tu es toi-même protégé: regarde, tu t'es lavé les mains donc tu ne risques rien! Si tu ne risques rien, les autres actes seront eux-mêmes revêtus d'un caractère sécurisant. La menace abstraite disparaît. C'est cela le truisme. Insister sur les structures réelles de protection. Maman et papa sont responsables, ils se protègent et te protègent! Une connaissance ou un membre de la famille est malade. Très bien. Regarde, nous avons de grands hôpitaux, de bons médecins, donc ils vont guérir. Le truisme garantit à l'enfant la fin des angoisses diffuses. Ce faisant, il n'engloutit plus d'énergie. La magie de latence revient. Il récupère sa force vitale.»

Les enfants de nos sociétés du risque devraient donc être rassuré·es par une forme de truisme. Le concret serait apaisant. L'action des adultes, loin d'être irrationnelle ou irresponsable, contribuerait de la sorte à protéger l'enfance. Cette technique est largement utilisée par le personnel éducatif dans les écoles...

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