Que vont devenir les élèves qui n'auront pas leur bac cette année?

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Les élèves né·es en 2002 ne pourront pas repasser leur bac sous la même forme l'an prochain. | Zeynep Demirbilek via Flickr

Au sein des séries générales, les élèves de ES ont particulièrement du souci à se faire.

«J'aimerais bien rembobiner l'année scolaire et revenir en septembre. Là, c'est sûr que je me mettrais au boulot.» Élève de terminale ES dans un lycée nordiste, Nadia s'en veut. Habituée à se contenter du minimum, elle pensait mettre un coup de collier en avril-mai afin d'obtenir son bac. «J'ai des tas de potes qui ont fait ça. Franchement, pour aller en fac, c'est suffisant. J'aurais tout donné juste avant la ligne d'arrivée et c'était plié.»

Seulement voilà: sur l'ensemble des deux premiers trimestres de son année de terminale, Nadia a une moyenne de 8,95 sur 20. «Je n'ai clairement pas bossé. Avec un minimum d'efforts j'aurais pu monter jusqu'à 12.» Comme il est probable que l'année scolaire ne reprenne pas en présentiel, et puisque les notes données par ses enseignant·es en temps de confinement ne compteront pas dans la moyenne, Nadia se dit que ses résultats n'évolueront pas: «On n'aura sans doute même pas de moyenne au troisième trimestre.»

Si Jean-Michel Blanquer a annoncé que les oraux de rattrapage devraient être maintenus, Nadia ne se montre pas hyper confiante. «C'est difficile de préparer ça seule chez soi. On ne sait pas comment s'y prendre. Et ma mère me demande pas mal d'aide pour gérer mes frères et ma sœur, donc je ne suis clairement pas dans les meilleures conditions.»

La malédiction des 2002

Nadia n'est pourtant pas très rassurée à l'idée de rater son bac cette année: «Ça tomberait hyper mal. L'an prochain ça va être une grosse galère. J'ai mal choisi mon année de naissance. Les 2002, on est maudits.» L'année scolaire 2020-2021 marquera en effet l'ultime étape de la réforme du baccalauréat initiée par Blanquer après sa prise de fonctions. En septembre 2019, seuls les niveaux seconde et première étaient concernés, tandis que les classes de terminale continuaient à préparer l'«ancien» bac.

Si Nadia n'obtient pas son bac ES en fin d'année, elle ne pourra pas le repasser sous la même forme l'an prochain. L'an prochain, ce bac n'existera plus, tout comme le bac scientifique ou le bac littéraire.

À la place, un baccalauréat général avec des spécialités, dont la note finale prend en compte les résultats des quatre épreuves nationales de fin de terminale (philosophie, grand oral, et deux épreuves de spécialité propres à chaque candidat·e), mais aussi les résultats du contrôle continu et ceux obtenus lors des E3C («épreuves communes de contrôle continu», devoirs communs organisés par les établissements).

Pour une élève comme Nadia (à supposer qu'elle n'ait pas son bac, ce que personne ne lui souhaite), se présentent deux problèmes majeurs. Souci n°1: l'an prochain, son emploi du temps intègrera deux enseignements de spécialité alors qu'elle n'aura pas suivi les cours correspondants en classe de première, changement de programme oblige.

Le casse-tête des spécialités

«La série ES était basée sur un trio formé des SES, de l'histoire-géographie et des maths», explique Benoît Guyon, vice-président de l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES). «Tout en ayant conscience que l'histoire-géographie est présente dans le tronc commun, l'élève doit choisir deux disciplines parmi SES, maths et HGGSP [histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, ndlr]. Plus qu'un choix, c'est un dilemme.»

Pour ce professeur de sciences économiques et sociales, choisir la spécialité SES ne devrait pas poser de problèmes aux élèves doublant: «Avec la réforme du lycée, certains élements des anciens programmes de terminale ont été basculés en première. Les prérequis de première auront donc déjà été abordés cette année. Ces élèves-là partiront donc avec de l'avance.»

Les autres choix semblent plus épineux, comme l'explique Marina, professeure d'histoire-géographie, qui enseigne la spécialité HGGSP cette année en classe de première (et l'enseignera également l'an prochain en terminale): «Les doublants vont débarquer sans avoir de notion de géopolitique. Ça va leur faire tout drôle. Ils ont intérêt à anticiper pendant les vacances d'été pour rattraper les chapitres non abordés... Or on sait très bien que bosser l'été est une chose très compliquée, et bosser en solo devant un manuel scolaire qu'on découvre relève également du casse-tête.»...

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