Que faire si le couvre-feu ne donne pas les résultats espérés?

Santé

Ce confinement partiel a des conséquences majeures sur la vie sociale et économique du pays. | Geoffroy van der Hasselt / AFP 

Les nouvelles restrictions risquent de ne pas réduire massivement la circulation du Covid-19. D'ici quatre à six semaines, le président devra décider de les maintenir ou d'y renoncer.

«Couvre-feu», donc. Sans avoir recours, cette fois, au mot «guerre», Emmanuel Macron a néanmoins choisi de filer la métaphore guerrière. Il aurait certes pu parler de «confinement nocturne» mais, redoutant d'évoquer le confinement passé, il a préféré une expression renvoyant à une ancienne pratique: quand, à la tombée de la nuit, le carillon du clocher rappelait aux habitants de couvrir le foyer de leur cheminée d'un couvercle de fonte afin d'éviter le risque d'incendie. En ce sens, on peut la trouver particulièrement bien adaptée pour prévenir la flambée épidémique automnale, aujourd'hui observée dans toute l'Europe.

Mais le «couvre-feu» est aussi, et surtout, une mesure de police ou l'ordre d'une autorité militaire imposant l'extinction des lumières et l'interdiction de sortir de chez soi. Chateaubriand en parlait, au sens au figuré, comme de «l'étouffement de l'intelligence, des aspirations légitimes; le déclin ou fin de quelque chose qui représentait une valeur collective».

Dans L'Homme révolté, Camus écrivait encore: «La philosophie des lumières aboutit alors à l'Europe du couvre-feu. Par la logique de l'histoire et de la doctrine, la Cité universelle, qui devait être réalisée dans l'insurrection spontanée des humiliés, a été peu à peu recouverte par l'Empire, imposé par les moyens de la puissance.»

Faire face à la deuxième vague

Couvrir le feu de l'épidémie de Covid-19? L'Espagne, la France, le Benelux, le Royaume-Uni ont ouvert le bal de cette deuxième vague, un bal masqué où seule la Norvège, l'Estonie, la Serbie et la Grèce semblent actuellement ne pas être encore invitées. L'Allemagne, l'Italie et la Suède ont rejoint le groupe et chaque pouvoir exécutif, en ordre plus ou moins dispersé, impose désormais des mesures dont il connaît le caractère largement impopulaire.

En France le président de la République, après de longues hésitations et contre l'avis de plusieurs de ses ministres, a finalement décidé d'imposer le couvre-feu entre 21 heures et 6 heures (hors motifs dûment justifiés par une attestation dérogatoire) dans huit métropoles ainsi que dans l'ensemble de l'Île-de-France. Soit une mesure liberticide imposée à environ vingt millions de personnes. Déjà lors de la première vague, plus de cent communes françaises avaient instauré un couvre-feu pour faciliter l'application du confinement strict imposé aux citoyen·nes.

Le couvre-feu n'a pas, jusqu'à présent, été souvent institué de manière isolée dans la lutte contre cette pandémie. Une publication du Lancet datée du 1er août ne dénombrait que cinq expériences dans les cinquante pays étudiés. Lorsqu'elle était mise en œuvre de manière isolée, elle s'était montré moins efficace que le confinement strict pour diminuer la morbidité et la mortalité liée à la Covid-19.

Il n'est d'autre part plus à démontrer que, contre la diffusion du coronavirus (en l'absence de vaccin et de traitement efficace), il faut promouvoir, sinon imposer, les mesures barrières pour réduire la probabilité de transmission du coronavirus –et limiter autant que faire se peut les contacts entre les personnes contagieuses et les autres.

Le couvre-feu, mesure coercitive, fait partie du second volet de ces mesures: réduire les contacts entre personnes. C'est un confinement partiel qui a des conséquences majeures sur la vie sociale et économique du pays, puisqu'il interdit l'accès aux restaurants, bars, discothèques, théâtres, cinémas, salles de concert ou de sport durant une période de la journée où elles sont habituellement ouvertes et remplies.

Un timide entre-deux

Sa nature partielle fait qu'il n'y a rien d'étonnant au fait que le couvre-feu isolé ne soit pas aussi efficace –sur le plan sanitaire– que le confinement généralisé. Mais aussi qu'il soit moins impactant sur la vie économique et sociale. Par ailleurs, il est, aujourd'hui en France, ciblé sur quelques métropoles des zones à risque du pays, et ne concerne pas l'ensemble du territoire national. On est donc dans un entre-deux, entre confinement et liberté, entre jour et nuit, entre villes et campagnes, entre zones rouges écarlates et les autres...

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