Profs inquiets, pédiatres rassurantes: qui croire en cette rentrée?

France

Jean-Michel Blanquer lors d'une réunion avec les professeur·es du lycée Pierre et Marie Curie de Château-Gontier (Mayenne) le 31 août 2020. | Damien Meyer / AFP 

Covid-19 oblige, on n'aura jamais autant parlé de la rentrée scolaire en amont que cette année. La voilà arrivée sur fond d'inquiétudes persistantes alors que l'épidémie regagne du terrain.

À l'avant-veille de la rentrée, Jean-Michel Blanquer a communiqué avec des phrases rassurantes. «Nous sommes préparés à tout», a-t-il déclaré au JDD qui en a fait sa une le 30 août. La veille, dans Le Parisien, des médecins se sont exprimés pour souligner à quel point ce n'était pas le cas, rappelant que la rentrée s'était mal déroulée à la Réunion. Selon eux, «le protocole prévu pour la rentrée du 1er septembre ne protège ni les personnels ni les élèves et leurs familles, et est insuffisant pour ralentir l'augmentation actuelle du nombre de nouveaux cas de Covid-19».

Ce «collectif de professionnels de santé» (aucun d'entre eux n'est pédiatre) réclame des mesures plus strictes: le port du masque à partir de 6 ans, une meilleure ventilation des classes, un mode de fonctionnement par groupes qui comprendrait de l'enseignement à distance, entre autres propositions.

Du côté des pédiatres, les communiqués et les prises de parole sont de nature à rassurer. La Société française de pédiatrie ne cesse de marteler un seul message: les enfants doivent aller à l'école.

Pourquoi ne pas se contenter de suivre le ministre de l'Éducation nationale («très attentif aux avis de la société de pédiatrie») en écoutant les pédiatres, qui n'ont aucun profit à tirer de la bonne tenue de l'organisation scolaire? Le problème, c'est que les syndicats enseignants sont loin de se montrer aussi optimistes.

Difficile pour les parents –très majoritairement favorables à une rentrée le 1er septembre mais inquiets pour un tiers– de se faire une opinion sur les risques effectifs de contamination, pour leurs enfants et pour toute la famille. Que le ministère soit rassurant et que les syndicats le contestent ne surprend pas, mais les désaccords entre enseignant·es et pédiatres, des spécialistes de l'enfance, semblent plus inattendus.

Le problème principal demeure sans réponse

Le 17 mai, deux pédiatres, Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l'hôpital Avicenne (AP-HP) de Bobigny et Loïc de Pontual, chef de service des urgences pédiatriques de l'hôpital Jean-Verdier (AP-HP) de Bondy, publiaient une tribune dans Le Monde. Leur objectif: convaincre les parents que le retour à école était souhaitable, en plaidant «pour une ouverture large et rapide des écoles et des crèches».

Ils indiquaient que ne pas aller à l'école comportait un coût psychologique, social, mais aussi sanitaire (on pense en particulier à la sédentarité). Les enfants, assuraient les médecins, ont besoin d'une vie sociale, amicale et de bouger suffisamment. Comme a pris l'habitude de le résumer le docteur Robert Cohen, pédiatre infectiologue souvent invité sur les plateaux télé, les enfants prennent plus de risques à rester à la maison qu'à aller à l'école. C'est la position de la Société française de pédiatrie.

Après le confinement, nombre de parents étaient méfiants vis-à-vis du retour à l'école, surtout dans les quartiers populaires où beaucoup n'étaient pas en télétravail. À ce moment-là, le protocole était encore très restrictif: cours en demi-classe, distance de sécurité et non-brassage des groupes. Il s'est allégé à la fin du mois de juin alors que l'épidémie refluait. Malgré des alertes, la reprise scolaire ne s'est effectivement pas soldée par un regain de la contagion.

Mais aujourd'hui, tout est différent: fin août, les régions classées rouge se sont multipliées. Les syndicats enseignants font part de mille et une craintes: quid du brassage (les classes se mélangent pendant les récréations et à la cantine), des élèves qui arriveront non masqués, des situations d'entrées et sorties d'école, de la présence des parents dans les classes en maternelle (où on accompagne les petits, surtout en début d'année)?

Pour Vincent, professeur des écoles en élémentaire dans le Doubs, le problème principal auquel le protocole ne répond pas, c'est surtout: «Comment réagir en cas de problème?» Il donne des exemples simples: «Que dois-je faire si un élève est contaminé? Si un parent est contaminé? Si un collègue est contaminé? Si un matin j'ai 38 de fièvre?»

Ces questions sont également soulevées par le SNUipp (premier degré) et le SNES-FSU (principal syndicat du second degré): on ne sait pas quelle réaction adopter en cas de contamination d'un ou plusieurs élèves. Si un enfant est malade, met-on sa classe en quarantaine? Ses enseignant·es? Les élèves des autres classes de ses enseignant·es? Le cadre n'est pas clair, déplore Sophie Vénétitay, professeure au lycée et secrétaire adjointe du syndicat...

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