Pourquoi y a-t-il encore si peu de femmes à la tête des orchestres?

Musique

Oui, les cheffes d'orchestre existent. Mais la majorité d'entre elles sont reléguées au second plan. | Manuel Nageli via Unsplash

Après plus d'un siècle de domination masculine, elles prennent la baguette, non sans préjugés et difficultés.

S'il y a bien un mot d'ordre en 2020 dans le monde de la musique classique en France, c'est celui de «chef·fe» (en écriture inclusive, s'il vous plaît). L'Orchestre de Paris a fait appel à cinq cheffes d'orchestre pour sa programmation 2019/2020 à la Philharmonie de Paris. Cette dernière accueille cette année un grand concours de cheffes, la Maestra, et a permis la diffusion d'une série documentaire sur le métier à travers le portrait de Lucie Leguay.

La cheffe Nodoka Okisawa a, elle, remporté le prestigieux Concours international de jeunes chefs d'orchestre de Besançon avec trois prix: le grand prix et ceux de l'orchestre et du public –la dernière fois qu'une femme, Silvia Massarelli, a été récompensée c'était en 1993 mais elle partageait le premier prix avec… un homme, bien sûr.

Plus significatif, Debora Waldman a pris, en septembre dernier, la tête de l'Orchestre régional Avignon-Provence. Significatif, car elle devient la seule directrice musicale d'un orchestre permanent en France, au nombre de vingt. Les dix-neuf autres, ainsi que l'Ensemble intercontemporain, l'Orchestre de Paris et les deux orchestres de Radio France, sont soit dirigés par des hommes, soit en cours de recrutement. Cette proportion –une femme sur l'ensemble du territoire français à un poste à responsabilité–, représente assez bien la réalité des cheffes d'orchestre aujourd'hui. Oui, elles existent, mais non, elles ne vivent pas une situation confortable dans le monde musical, puisque souvent relayées au statut de cheffes invitées, cheffes en résidence ou cheffes assistantes.

Souvent, le graal pour un·e chef·fe d'orchestre, c'est la nomination en tant que chef·fe permanent·e d'un ensemble, car le travail se fait alors sur le long terme, le salaire est régulier, et le statut prestigieux. Or dans le monde, sur 744 orchestres, 32 ont à leur tête une directrice musicale, soit 4,3%, selon une enquête de Diapason. Mais restons encore un peu en France pour tenter de décrypter ce phénomène et répondre à la question suivante: pourquoi existe-t-il si peu de cheffes d'orchestre?

Un florilège de réflexions sexistes

Il serait tentant, voire préférable, d'éviter de relayer les éclairages absurdes de certaines personnalités du milieu... mais ce serait pourtant masquer une des réalités du monde de la musique classique, à savoir la misogynie. Ainsi, en 2013, le chef d'orchestre russe Vasily Petrenko déclarait que l'orchestre «réagissait mieux quand il a en face de lui un homme» et qu'une «jolie femme sur le podium déconcentrerait les musiciens».

Un an après, sur une télévision finlandaise, le chef Jorma Panula affirmait que ce n'était pas une bonne chose que les femmes entrent dans cette profession, avant d'ajouter, bien condescendant: «Elles peuvent venir à mes masterclass et essayer. Ce n'est pas un problème si elles choisissent les bonnes œuvres, si elles choisissent de la musique féminine. Bruckner ou Stravinsky ça ne va pas le faire, mais Debussy pourquoi pas. C'est une question purement biologique.»

Vous pensez que ce sont des exemples isolés? Alors prenons les propos de l'ancien directeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris qui estimait qu'il existait «un frein physiologique», avant de continuer: «Le métier de chef est parfois très éprouvant, certaines fois les femmes sont découragées par l'aspect très physique.» Et de noter, aussi, «le problème de la maternité». Ben oui: «Une femme qui va avoir des enfants va avoir du mal à avoir une carrière de chef d'orchestre, qui va s'interrompre du jour au lendemain pendant quelque mois, et puis après, j'allais dire vulgairement, assurer le service après-vente de la maternité, élever un enfant à distance, ce n'est pas simple.» C'était en 2013.

Un dernier pour la route: on peut aussi épingler le chef letton Mariss Jansons qui déclarait dans une interview que les cheffes d'orchestre, ce n'était pas trop sa «tasse de thé». Plus exactement, il s'embourbait dans une sorte d'explication pour exprimer son désaveu: «Je ne suis pas contre, ce serait mal. Je comprends que le monde change et qu'il n'y a plus de profession qui dépende du genre. Mais j'ai grandi dans un monde différent, et pour moi, voir une femme sur un podium, eh bien je dirais juste que ce n'est ma tasse de thé.»

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