Pourquoi les vidéos ASMR vous plaisent tant

Santé

L’ASMR, ce petit frisson de bien-être qui vous parcourt face à une vidéo faites de banals chuchotis ou de craquements de glace, n’a rien de magique. C’est un phénomène qui s’explique et fait sens, scientifiquement.

ASMR. Derrière cet acronyme anglais, précisons-le pour que vous ne confondiez pas avec son bien connu homonyme français pour «amélioration du service médical rendu», des milliers de vidéos YouTube. Où l’on voit des visages de près et où l’on entend par exemple le pschitt d’un spray pour cheveuxde l’eau dans une bouteilledes mains frottées l’une contre l’autredes bruits de bouche et de masticationdes branches qui craquent sous les pas, un bateau qui fend la glacedes glaçons qui fondentun feu de cheminée qui crépite et beaucoup (beaucoup) de chuchotis. Et un raccourci souvent fait par les médias, qui en parlent comme d’un «orgasme cérébral».

Sauf que l’autonomous sensory meridian response (c’est le sens de ces quatre lettres, soit «réponse maximale sensorielle autonome», ce qui signifie que cette réaction du système nerveux échappe à la volonté) n’est utilisé que par 5% de ses amateurs dans un but de stimulation sexuelle. C’est une étude qui le dit. Pas une banale étude, l’Étude –ou presque, car elles sont au nombre de deux, celle-ci ayant le mérite d’être la pionnière et de porter sur 475 volontaires, contre 11 seulement pour la seconde. Pas que l’engouement pour ces vidéos de bruitages et de mouvements des mains soit une bulle youtubique. «Ce n’est pas de l’hystérie, ça existe», pointe le neurologue Pierre Lemarquis, entre autres auteur de L’Empathie esthétique (Odile Jacob, 2015). Et ce, même si les scientifiques n’ont pour le moment pas réussi à décrire concrètement ce qu’il se passe dans le cerveau lorsque les consommateurs de vidéos ASMR expérimentent cette sensation diffuse de bien-être à l’écoute de chuchotements et de bruissements.

Certes, comme l’écrivaient en 2015 les auteurs de l’Étude dans leur introduction, «à ce jour, on ne dispose d’aucune exploration scientifique rigoureuse de l’ASMR, ni des conditions qui déclenchent l’état ASMR ou y mettent fin» –et ce constat est encore valable deux ans plus tard. Mais, si on ne sait pas grand-chose de l’ASMR, ce n’est en rien parce qu’elle n’existe pas. C’est tout simplement parce que cette sensation de fourmillement faisant penser à de l’électricité statique au niveau du cuir chevelu, qui descend dans la nuque et se prolonge de manière diffuse dans la colonne vertébrale, nécessite pour se produire non seulement des déclencheurs (ces petits bruits et mouvements lents que l’on retrouve dans les vidéos) mais aussi un environnement calme et décontracté… Ce qui est difficile à concilier avec le bruit fort et désagréable, entre marteau-piqueur et musique techno, ainsi que la sensation de confinement des machines IRM.

Régression cocooning

Reste que, malgré cette impasse scientifique et la faible littérature scientifique autour de la question, rien n’empêche d’en expliquer quelques fondements neurologiques. D’abord, rappelons le rôle des neurones miroirs, insiste Pierre Lemarquis. «On aime tous casser la croûte de la crème brûlée comme Amélie Poulain ou éclater du papier bulle. Si on voit une personne le faire, on va s’assimiler à cette personne: c’est de l’empathie.» En gros, ces neurones vont s’activer lorsque vous voyez quelqu’un exécuter une tâche comme si vous étiez vous-même en train de l’exécuter. Ce qui explique l’attrait des vidéos ASMR de brossage de cheveux, qui peuvent aussi rappeler la sensation agréable chez le coiffeur lors du shampoing ou de la coupe, «la nuque étant l’une des zones les mieux pourvues en récepteurs sensitifs».

Si tout le monde n’est pas touché, c’est que dépend de votre vécu, en plus de votre sensibilité physiologique. La preuve, certains bruits, comme le craquement d’une carotte sous la dent, peuvent provoquer de l’exaspération chez les uns (on parle alors de misophonie) mais être très appréciés des amoureux de l’ASMR. Et quand on parle de vécu, ce n’est pas toujours conscient. Pas étonnant que les vidéos ASMR aient «un petit côté régressif», fait remarquer le neurologue: «Il y a quelqu’un qui nous regarde, fait attention à nous, chuchote à nos oreilles; l’amnésie infantile est passée par là mais on a tous dû ressentir une expérience similaire dans la prime enfance, ce qui explique la sensation de sécurité, de bien-être que ça génère. Ça fait un peu penser au film Her. Scarlett Johanson devrait faire des vidéos ASMR.»...

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