Pourquoi les jeunes galèrent sur le marché du travail

Sociétés

Précarisation, désenchantement, système peu adapté: la jeunesse connaît des difficultés sur le marché du travail. | Perzon Seo via Flickr

En diagnostiquant les difficultés de la jeunesse, Marius Amiel tente de repenser le monde professionnel et de faire bouger les lignes.

Avec Malaise sur le marché du travail, Marius Amiel livre un essai (numérique) original en ce qu'il croise les objets d'étude pour analyser la situation professionnelle des jeunes Français: mentalités collectives, déterminants éducatifs, caractéristiques économiques, innovations sociétales.

Jeune diplômé de Sciences Po, l'auteur propose un récit factuel et documenté, nourri de sa propre expérience et analysant les mutations des formes du travail et les facteurs qui expliquent la situation contemporaine. Sans se vouloir exhaustif, il rend compte de la cohérence globale du système de formation, du positionnement de l'économie tricolore dans l'économie mondiale et des politiques publiques de l'emploi. Un objectif qui peut paraître trop ambitieux de prime abord.

Organisés en huit chapitres, les propos du livre peuvent être regroupés en trois parties. La première analyse les inégalités générationnelles, leurs conséquences sur le fonctionnement du marché du travail, les échecs du système éducatif, les nouvelles aspirations des jeunes face à des organisations pyramidales jugées «absurdes», pour s'achever par une déconstruction du mythe de la «génération Y».

La deuxième partie appréhende les relations d'allégeance entre administration centralisée et acteurs économiques, rend compte des modalités de rélégation de la jeunesse, analyse ses formes de sécession et questionne la réalité de son désengagement.

La troisième invite enfin à repenser les entreprises en donnant plus de place à l'autonomie, par le biais d'une organisation décentralisée, en considérant les nouvelles formes de résistance générationnelles comme autant d'opportunités pour décloisonner l'accès aux métiers et permettre l'accomplissement d'un véritable changement culturel.

Précarisation, quête de sens et évolution des mentalités

L'auteur rappelle trois réalités. D'abord, que le travail a pour objectif premier de subvenir à ses besoins. Ensuite, que les entreprises ont pour finalité première de gagner de l'argent et non de contribuer au bien public. Enfin, que les administrations ont pour objectif principal de servir leurs usagers, et non de délivrer des prébendes à leurs agents.

Il définit ainsi la jeunesse: la classe d'âge comprise entre 18 et 30 ans. Cela posé, on peut s'interroger avec Marius Amiel: «Pourquoi se lever tous les jours à 6 heures pour obéir à un petit chef quand un robot-trader de bitcoin peut vous assurer un revenu élevé sans effort? […] Pourquoi mobiliser ses talents sans compter ses heures pour voir sa production extorquée par des managers peu scrupuleux?»

Pourtant, performance économique, épanouissement individuel et logique concurrentielle ne s'opposent pas par principe. Reste que la difficulté des jeunes à s'insérer incombe d'abord à des organisations employeuses qui leur sont structurellement défavorables, faisant de cette catégorie d'âge une variable d'ajustement: son taux d'emploi est de 31% contre 66% toutes générations confondues, donnée stable depuis 1980 (82% chez les 30-50 ans). Ces difficultés tiennent moins à l'âge qu'au stade de la carrière, à son entrée en activité, qui résulte d'un biais favorable aux générations plus âgées.

À la différence des pays scandinaves, la France se singularise par la «familialisation» des aides à la jeunesse (bourses, en particulier), retardant l'âge d'ouverture de l'accès aux prestations sociales, matérialisant un système qui «ne considère pas les jeunes comme des citoyens de plein exercice et entrave leur autonomie à travers la persistance de l'intermédiation familiale», ce qui constitue une protestation classique de la jeunesse.

En outre, la paupérisation et la précarisation relative des jeunes s'accroît: 21% des femmes et 19% des hommes de moins de 30 ans vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre respectivement 12 et 15% chez les 30-60 ans et 9% chez les plus de 60 ans. 87% des embauches s'effectuent en CDD, les stages prolifèrent (600.000 en 2006, 1,2 million en 2018, avec des stages utiles, des «stages cafés» ou «stages photocopies»), et les barrières à l'entrée sont nombreuses (manque d'expérience des jeunes transformant le marché du travail en «bar d'habitués»).

Si la prolifération des «bullshit jobs», routiniers et ennuyeux, provoque un désenchantement réel, le turnover croissant, la multiplication des reconversions et la croissance des burn-outs ou des troubles psychologiques attestent d'un tri induit par une forme de «darwinisme social». Le cas du présentéisme est emblématique: cette culture déconnectée des résultats réels et de la productivité du travail pénalise le dynamisme socio-économique. Il aura fallu attendre la pandémie actuelle pour que de nombreux managers lèvent leur réticence envers le télétravail! Bien organisé et adapté en fonction d'une individualisation propre à chaque situation, ses effets positifs sont indéniables: responsabilisation, conciliation de la vie personnelle et de la vie professionnelle, ou encore réduction de la fatigue et de l'empreinte carbone....

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