Pourquoi les coiffeurs ne maîtrisent pas les textures bouclées, frisées ou crépues

Sociétés

Si en France il n'y a pour le moment aucune statistique ethnique sur le sujet, les cheveux BFC représentent 21% du marché américain et 14% du marché européen selon une étude. | Liza Summer via Pexels    

Ces types de cheveux ne sont pas toujours bien accueillis dans les salons généralistes français. Les raisons de cette marginalisation ne se réduisent pas à une discrimination.

«Oh merde des cheveux frisés. Quelle galère!» À Dijon, c'est l'accueil qui a été réservé à Sonia dans un salon de coiffure dit généraliste. La jeune femme de 30 ans, aux cheveux frisés-bouclés se remémore avec un ton revanchard son expérience passée dans ce salon dijonnais. Elle n'y mettra plus jamais les pieds! À peine passée le pas de la porte, elle dit sentir des regards «horrifiés et paniqués» de la part des quelques coiffeuses présentes sur place. Une situation qu'elle qualifie de «discriminatoire». Elle finit par quitter le salon.

Pour les femmes aux cheveux bouclés, frisés ou crépus –dits BFC– comme Sonia, trouver un professionnel capable de les coiffer est un parcours du combattant. Absence d'offres adaptées, remarques désobligeantes ou tout simplement refus de les coiffer, les cheveux du types BFC peinent à trouver leur place dans les salons de coiffure traditionnels. Il n'existe pour le moment que 200 salons spécialisés en France capables de s'en occuper, alors que 20% de la population française possède ce genre de cheveux, selon le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Deux choix s'offrent aux personnes qui ont ce type de chevelure: se coiffer seules ou se rapatrier vers des salons spécialisés pas forcément compétents. «À partir du moment où une personne aux cheveux texturés ne peut se faire coiffer comme une personne caucasienne, on peut qualifier cela de discrimination», s'insurge Naissa Kimbassa, présidente de l'association Sciences Curls. Cette dernière relaie sur les réseaux sociaux «des cas de discrimination capillaires». Pourtant, la gêne autour du cheveu frisé et crépu n'est pas dû qu'à une simple question de discrimination.

«C'est du racisme ordinaire!»

Peu d'offres pour les cheveux frisés ou crépus, mais un réel marché: c'est là que réside la contradiction. Si en France il n'y a pour le moment aucune statistique ethnique sur le sujet, les cheveux BFC représentent 21% du marché américain et 14% du marché européen, selon une étude Kérastase. Certaines marques ont vite compris à quel point ce type de cheveux pouvait représenter un gain non négligeable.

En 2000, L'Oréal achète Soft Sheen-Carson, une marque de cosmétiques ethniques. Aujourd'hui, avec sa marque Mizani, implantée en France depuis seize ans, L'Oréal cherche à toucher un plus large public, aux cheveux BFC, avec pour slogan: «Valoriser et favoriser l'équilibre du cheveu frisé et crépu.»

Pourtant, certaines femmes avec ce type de cheveux continuent à ressentir un manque de considération dans le monde de la coiffure. «Véronique, Christine, Stéphanie venez voir, venez voir ça.» Alors que Kemagali, une Grenobloise aux cheveux frisés, s'installe et retire son élastique, la coiffeuse n'hésite pas à appeler toute son équipe provoquant un sentiment de la malaise chez la jeune femme. «Pour elles, j'étais une bête de foire. À ce moment-là, je me suis sentie comme une extraterrestre», confie-t-elle. C'est décidé, elle ne mettra plus un pied dans un salon traditionnel.

«C'est du racisme ordinaire!», tranche Louis-Georges Tin, président d'honneur du CRAN. Son crédo: s'assumer comme noir et français sans complexe. «Quand un coiffeur refuse un client pour ses cheveux ou a des propos désobligeants, il y a à la fois du mépris et une méconnaissance. Les coiffeurs se demandent pourquoi ils devraient faire un effort avec des gens qui n'ont que très peu d'intérêt pour eux», poursuit-il...

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