Pourquoi la France ne sauvera pas son industrie

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Mais d’où vient cet amour soudain pour l’industrie? La classe politique toute entière, de Le Pen à Mélenchon, se dresse poitrine en avant contre la perte des chantiers navals STX et celle des constructions ferroviaires Alstom. Est-ce en souvenir du goût enfantin des petits bateaux et des petits trains? On se le demande.

Contre les Italiens, contre les Allemands, nos voisins, nos amis, il n’est pas de mots assez durs pour dénoncer «un bradage d’intérêts stratégiques». Et tous de regretter le décrochage industriel de la France.

Voilà pourtant un bon demi-siècle que la France industrielle «décroche». La part de l’industrie est tombée à 12%, pire qu’en Grande-Bretagne, la moitié de l’Allemagne. Les effectifs ont été réduits de 1,5 million depuis vingt-cinq ans.

La France toute entière complice du meurtre

Et la France a été en vérité toute entière complice du meurtre. En dehors des périodes électorales où les candidats foncent au chevet d’Arcelor ou de Whirlpool toutes télévisions devant, ou bien encore les cris des élus locaux quand une de «leurs» usines ferment, l’industrie n’attire personne.

Emmanuel Macron à l'usine Whirlpool d'Amiens (Somme), le 26 avril 2017. © Éric Fefeberg / AFP.

Travailler sur les chaines de Renault, ça tente qui? L’industrie, vous iriez? Sérieux... Trop dur comme boulot, le salaire est trop petiot, les horaires pas rigolos, l'industrie trop polluante pour l’esprit écolo, trop rétro pour l’esprit bobo.

L’industrie était rangée avec l’agriculture au rang des vieilleries avilissantes et salissantes. L’avenir cool, c’est le tertiaire, les bureaux, les services et le quaternaire, labos et R&D. Les usines sont faites pour fermer. Et les jeunes refusent d’y entrer.

Dans l’administration, depuis le rattachement du ministère de l’Industrie à Bercy et du ministère de l’Énergie à l’Environnement, plus personne ne défend l’industrie. Parce que pour créer de l’emploi, et faire baisser les statistiques du chômage, l’industrie est nulle. Mieux vaut les services forts employeurs de non-qualifiés que l’Éducation nationale s’évertue à produire par centaines de milliers.

Parce qu’elle pollue ensuite, parce qu'elle présente des risques. Horreur les explosions de la chimie, horreur les «effets secondaires» de la pharmacie, horreur la bouffe «industrielle».

L’amour tout neuf auquel on assiste par intermittence depuis… disons depuis Sarkozy, est bien suspect. Il sonne creux et, surtout, il fait planer trois illusions.

Première illusion: «sauver l'emploi»

Nationaliser STX «pour préserver les emplois», négocier pied à pied avec Siemens pour «sauvegarder les salariés» est une comédie triste.

On sait depuis Mitterrand et 1983 que la nationalisation n’empêche nullement les licenciements. Ce fut le drame de la sidérurgie lorraine, et ce fut la cause de la rupture avec les communistes.

Non, on ne peut pas «sauver les emplois». Si le marché se replie, si les commandes se rétractent, il faut adapter les effectifs. Sinon, c’est créer des gouffres financiers à la charge des contribuables. Si la technologie évolue, c’est tout comme. On ne peut pas rouvrir les mines, le charbon est une horreur en CO2.


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