Pour Hemingway, Venise fut une fête (gastronomique)

Vie Pratique

Après la Seconde Guerre mondiale, l'écrivain américain y avait ses fréquentations et ses bonnes adresses. La ville lui inspirera même un beau livre publié à titre posthume.

«C’est une ville où il fait bon marcher. Je ne m’ennuie jamais quand je me promène. C’est une drôle de ville, retorse, et y aller d’un point à n’importe quel autre vaut tous les mots croisés du monde.» (Au-delà du fleuve et sous les arbres).

À Venise, Ernest Hemingway, bientôt prix Nobel de littérature, auteur de Pour qui sonne le glas, est l’ami de Giuseppe Cipriani. Cet ex-barman de l’Hôtel de Paris (disparu) est le créateur du Harry’s Bar et de l’hôtel Cipriani sur l’île de la Giudecca en association avec la famille britannique Guinness, qui l’a vendu dans les années 1980 à James Sherwood, homme d’affaires anglo-saxon, créateur du groupe hôtelier Orient-Express et du train VSOE –une quarantaine de beaux hôtels dans le monde dont le Cipriani de légende.

Giuseppe Cipriani et Ernest Hemingway

Giuseppe Cipriani et Ernest Hemingway

Familier, après la Seconde Guerre mondiale, dès les années 1948-1950, de la Cité des Doges, l’écrivain voyageur (1899-1961) s’est lancé dans la rédaction d’un roman d’amour autobiographique, Au-delà du fleuve et sous les arbres, qui sera publié à titre posthume, en 1965.

À Venise, Hemingway, amoureux de l’Italie, habite sur le Grand Canal à l’Hôtel Gritti, rival du Danieli, dans la chambre 115 au premier étage. C’est là qu’il rédige entre deux descentes au bar –Martini dry et champagnes– les chapitres de ce roman vécu, l’histoire d’une idylle passionnée entre le narrateur et la comtesse Adriana Ivancich, propriétaire d’un palazzo vénitien. Pour son neveu, Ernie rédigera Le Bon Petit Lion, inspiré des lions de Venise.

L’écrivain qui a fait la guerre en Italie est l’invité permanent du Harry’s Bar, à l’époque une modeste trattoria de pêcheurs et de Vénitiens de souche qui se nourrissent de préparations de la mamma: les spaghetti aux coques, la crème de tomates fraîches, les crabes mous, l’escalope milanaise, spécialités fameuses de la lagune. C’est la cantine du romancier, le confident du propriétaire restaurateur qui va faire fortune grâce au tourisme.

Dans Au-delà du fleuve et sous les arbres, la trattoria d’angle est citée une dizaine de fois –c’est sûrement le gourmand Hemingway, solide buveur de vins locaux, qui a lancé le Harry’s Bar, une adresse rituelle pour la gentry américaine venue sur la lagune de New-York, de Boston et de Californie plus tard. On servira du Lafite Rothschild de deux ans d’âge, du pur snobisme.

Le Harry’s Bar deviendra le restaurant italien le plus fameux du monde, il obtiendra deux étoiles disparues en 2017, et il y aura des succursales à New York, à Rio et à Monaco dans les années 2000 –jamais à Paris. Le dîner au Harry’s reste un rendez-vous chic, à des prix sidérants –les Vénitiens et les résidents connus ont de 30 à 50% de rabais.

Disons-le, l’écrivain bourlingueur aura été l’un des pionniers du voyage en Italie et à Venise.

Guiseppe Cipriani, son mentor, l’invite à la Locanda Cipriani, une petite épicerie sur l’île de Torcello, près de la cathédrale, que le propriétaire du Harry’s Bar a transformé en une auberge de quelques chambres où Ernest Hemingway pose sa machine à écrire –il y sera avec son épouse en 1948. C’est dans les marécages de Torcello qu’il chasse le canard et le faisan.

À Venise, l’écrivain vit et travaille à l’Hôtel Gritti, un palace de poche, meublé dans le style typique de la cité lacustre. C’était à l’origine la demeure du doge Andrea Gritti dont le portrait à l’allure sévère trône dans l’un des salons. Pour Ernie, «c’est un charmant petit palais rose à deux étages, fameux dans le genre, ce qu’il y avait de mieux à l’époque» (Au-delà du fleuve et sous les arbres).

De son balcon sur le Grand Canal, l’écrivain entend les mélodies italiennes (O sole mio) chantées par les gondoliers en bas du Gritti. Quand ils s’arrêtent de le charmer, il leur balance une bouteille de Valpolicella et les chansons reviennent stimuler la créativité du grand romancier, occupé aussi à rédiger des nouvelles pour des magazines américains comme Esquire qui le paie très bien.

Au Club del Doge, le restaurant en terrasse du Gritti, Hemingway pêcheur acharné (Le Vieil homme et la Mer) se fait servir les poissons du marché du Rialto : le loup de mer, le rouget, les langoustines et, retour de chasse, il se fait préparer le caneton aux figues et les faisans aux légumes mitonnés par le cuisinier du mini palace rénové. L’adresse de rêve en toute saison....

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