Pour échapper à la reconnaissance faciale, maquillons-nous

Sociétés

Les Anglaises du Dazzle Club organisent des marches maquillées pour rappeler aux passants que tout le monde est surveillé. | Capture d'écran thedazzleclub via Instagram

Afin de se rendre méconnaissable pour les logiciels de reconnaissance, il existe un véritable arsenal de techniques qui passent par l'une de mes passions dans la vie: le maquillage.

De cette crise sanitaire, l'un des éléments qui m'aura marquée, c'est la facilité déconcertante avec laquelle nous avons abandonné une partie de nos libertés –et je m'inclus dans ce «nous». Je ne vais pas jouer la moralisatrice. Ce qui m'amène à me demander dans quelle mesure cela nous a préparés à une forme d'obéissance au pouvoir politique pour la suite. L'idée de sécurité (sanitaire mais pas seulement) a-t-elle fini par l'emporter?

Il y avait tout de même un point paradoxal dans la situation. L'État a exigé que nous portions des masques, à l'intérieur et à l'extérieur, alors que jusque-là, il ne cessait de répéter que chaque citoyen devait pouvoir être identifié et donc ne devait pas cacher son visage. Cette généralisation des masques a fait souffler un petit vent de panique dans les entreprises spécialisées en reconnaissance faciale –mais tout est vite rentré dans l'ordre. Elles ont réussi à améliorer leurs outils au point qu'ils sont devenus capables d'identifier une personne même si elle porte un masque. (Le taux d'échec était de 50% au début de la pandémie, il est descendu à 5%...) Porter un masque ne protège plus de la vidéosurveillance.

Maquillage anti-surveillance

De toute façon, le masque semble appelé au minimum à se faire plus occasionnel et, avec la liberté retrouvée, notre retour dans l'espace public, les rassemblements en grand nombre, va revenir sur le tapis la question de la reconnaissance faciale. Pour rappel: la reconnaissance faciale en temps réel sur la voie publique n'est pas autorisée en France, en dehors de quelques expérimentations, comme lors d'un match du FC Metz en février 2020, ou à Nice pendant un carnaval en février 2019.

Mais un futur tournant s'annonce avec deux gros événements: la Coupe du monde masculine de rugby en 2023 et les JO à Paris en 2024.

Sachant que le marché est évalué à 7 milliards de dollars, les sociétés françaises comme Dassault ou Atos se positionnent déjà pour remporter les contrats. Et la CNIL a annoncé qu'elle ne donnerait pas forcément un avis négatif à l'usage de cette technologie lors de ces événements. (Avec un couplage de deux technologies, à savoir des drones qui serviraient à la reconnaissance faciale.)

D'autres pays, comme les États-Unis, se trouvent déjà confrontés à ce sujet –au point que certaines villes ont interdit l'usage de la reconnaissance faciale, y compris par la police. Ainsi de San Francisco en mai 2019, d'Oakland et San Diego en décembre 2019, de Boston en juin 2020 et de Portland en septembre 2020.

Mais ailleurs aux États-Unis, il y a un vide juridique dont profitent un certain nombre de villes pour installer ces logiciels. Lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter en 2020, beaucoup de militant·es ont donc décidé de se rendre méconnaissables pour les logiciels de reconnaissance. Il existe un véritable arsenal de techniques qui passent par... l'une de mes passions dans la vie... le maquillage. Et voici ce qu'on appelle le maquillage anti-surveillance.

Ici, une création de l'artiste Maud Acheampong qui expliquait dans une interview à Vogue que «historiquement, les personnes noires sont particulièrement visées par la technologie de surveillance [...] ce maquillage a été un moyen pour moi de communiquer de façon artistique sur l'importance des mesures anti-surveillance au milieu des manifestations».

Le phénomène a pris suffisamment d'ampleur pour que les organisateurs des manifs rappellent que le maquillage pouvait accentuer l'effet des lacrymos sur les yeux....

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