Poids, cheveux blancs, visage au naturel: le confinement a aidé des femmes à mieux s'accepter

Sociétés

Elles ont arrêté les colorations, freiné le maquillage, remisé leurs cosmétiques au placard pour diverses raisons. | Septian simon via Unsplash

Plusieurs mois après le déconfinement de nombreuses femmes n'ont toujours pas renoué avec leurs habitudes cosmétiques pré-Covid, et comptent s'y tenir.

«J'ai 41 ans, et j'ai des cheveux blancs. Et en fait, c'est normal.» Élodie est enseignante à Paris. Comme d'autres, elle a laissé tomber les teintures pendant le confinement, et poursuit dans cette voie depuis le déconfinement. Qu'on ait tourné le dos aux produits cosmétiques pendant cette période semble bien compréhensible. Durant ces deux mois et demi, le temps a été suspendu: pas de sortie, pas de rencontre, pas de vie sociale...

«Le fait de ne pas avoir besoin de maintenir une image de soi publique a beaucoup joué: le poids du regard des autres a diminué. Or le maquillage et la coloration sont des pratiques qui répondent à des enjeux d'identité sociale», explique Camille Couvry, chercheuse en sociologie à l'université de Rouen, et organisatrice du séminaire «Corps et Beauté», aux côtés d'Eva Carpigo et Marion Braizaz.

«On se maquille pour soi et pour construire son identité dans ses interactions avec les autres. Ils sont très importants dans la façon dont on se définit et dont on se montre au monde. Cela ne signifie pas qu'il existe un soi superficiel qui s'opposerait à un vrai soi authentique. Notre façon de nous présenter aux autres, c'est aussi qui on est», poursuit la sociologue.

Le confinement, un accélérateur de tendances?

Depuis le déconfinement, Élodie a complètement abandonné cette routine de la coloration capillaire qu'elle n'avait pourtant jamais remise en question auparavant. Elle n'est pas la seule à avoir suivi cette voie. Comme elle, certaines ont arrêté la coloration, d'autres le maquillage, ou en portent désormais très peu. Selon un sondage Ifop commandé par le label Slow Cosmétique et révélé le 1er juillet, la part des Françaises qui se maquillaient quotidiennement a chuté de 42% en 2017, à 21% en 2020. Le sondage a été réalisé du 9 au 12 juin, soit un mois après le déconfinement, auprès d'un échantillon de 3.018 personnes.

Sur les réseaux sociaux, une tendance poivre et sel s'affiche fièrement ces dernières semaines. Ainsi, Annick, assistante commerciale de 39 ans, a coloré ses cheveux pour la dernière fois en janvier 2020. Depuis, elle laisse le gris gagner du terrain: «Ce n'est pas très chouette actuellement mais je tiens. J'accepte désormais mes cheveux gris et je pense qu'arrêter les couleurs et les produits chimiques qui vont avec ne fera que du bien à mes cheveux et à mon cuir chevelu.»

Outre des préoccupations sanitaires, Annick a également changé de regard sur les cheveux gris: «Je vois beaucoup de femmes avec des cheveux gris et ça leur va très bien. Je veux essayer sur moi aussi. Avant je ne trouvais pas ça joli, je n'étais pas prête. Aujourd'hui, je vois ça comme un charme», confie-t-elle.

«Le confinement a accéléré des tendances qui pouvaient déjà être présentes. Cette période a provoqué un basculement plus rapide vers certains comportements. Ainsi, beaucoup ont admis que finalement, la coiffure arborée par habitude pouvait être abandonnée pour de bonnes raisons telles que l'authenticité, l'affranchissement des diktats, ou le respect de la nature et de sa santé», commente le sociologue Michel Messu, auteur de l'ouvrage Un ethnologue chez le coiffeur (Fayard, 2013).

Après des années à ne pas s'accepter telle qu'elle était, Élodie a tiré profit du confinement pour enfin porter un regard bienveillant sur elle-même. Une étape qui n'a pas été simple: «Toutes les femmes de mon entourage se teignent les cheveux. Et pour ma belle-mère avoir des cheveux blancs avant un certain âge, c'est être négligée, pas soignée...», raconte-t-elle. Qu'est-ce qui l'a décidée?

«Le fait de voir de plus en plus de cheveux blancs dans les médias, avoir des amies très à l'aise avec ça, me rendre compte que des femmes avaient un visage beaucoup plus doux sans teinture, m'ont peu à peu fait revoir ma position. Avant, je pensais: “Une femme ça doit être comme ça!” Déjà qu'il me manque un paquet de critères, autant tracer ma voie, ce qui était trop dur à 20 ans mais beaucoup plus simple à 40», explique Élodie.

Apprendre à s'accepter

Élodie poursuit: «De plus en plus de femmes revendiquent aujourd'hui leur apparence telle qu'elle est, sans avoir à devoir la camoufler pour correspondre à l'image qu'elles sont censées renvoyer. Cela concerne aussi bien la couleur des cheveux, la présence de poils, ou les “kilos en trop”. On m'a fait beaucoup de mal concernant mon poids, et là, eh bien j'ai décidé que j'allais commencer à m'aimer un peu, à m'autoriser un peu bienveillance. Donc mes cheveux blancs je vais les accueillir comme je n'ai pas su ou pas appris à le faire plus jeune pour mes kilos.»

Dans ce processus, le confinement a joué un rôle de déclencheur. «Il y avait d'autres préoccupations à gérer à ce moment-là –courses, cuisine, enfants à la maison et télétravail de monsieur–, autant dire que les quelques cheveux blancs qui sont réapparus étaient le cadet de mes soucis», se souvient Élodie...

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