Planter des arbres ne sauvera pas le climat

Environnement

Si elle n'est pas effectuée avec soin, la plantation d'arbres peut tourner au désastre environnemental. | Aiokr Chen via Unplash

Non seulement les arbres mis en terre ne sont pas les pièges à CO2 que vous pourriez penser, mais l'opération finit en général par faire plus de mal que de bien.

Depuis longtemps, les êtres humains croient que planter des arbres, n'importe quel arbre, n'importe où, serait bénéfique, quelque chose que Mère Nature réclamerait à cor et à cri et qui pourrait même résoudre notre crise climatique. Les initiatives de plantation d'arbres ne cessent de se multiplier, au point qu'il serait impossible de toutes les citer.

Cette passion s'explique en partie par le fait que, dans certains endroits, ils séquestrent le carbone. Une réalité largement considérée comme synonyme de «tapissez la Terre d'arbres, et le problème du changement climatique sera résolu» –raison pour laquelle les programmes de plantation d'arbres sont si populaires chez les pollueurs en carbone cherchant à s'économiser des coûts de dépollution.

Le président Donald Trump, par exemple, a tout de suite adhéré à l'initiative Mille milliards d'arbres lancée en janvier 2020 par le Forum économique mondial. Il a promis la participation des États-Unis et l'a même exaltée lors de son discours sur l'état de l'Union: «Pour protéger l'environnement, il y a quelques jours, j'ai annoncé que les États-Unis rejoindraient l'initiative Mille milliards d'arbres, un effort ambitieux visant à réunir le gouvernement et le secteur privé pour planter de nouveaux arbres en Amérique et partout dans le monde.»

Menace sur les écosystèmes

Planter des arbres peut se révéler être une bonne chose, en particulier dans les pays où l'exploitation forestière prédatrice et d'autres abus de la terre ont détruit la stabilité des sols et privé les populations locales d'ombre, d'eau potable, de poissons et de fruits.

Mais de telles initiatives sont l'exception. En réalité, les plantations de masse sont susceptibles de faire plus de mal que de bien. Et il est quasiment impossible de distinguer les bons projets des mauvais.

Le premier problème est celui de la duplicité, loin d'être inhabituelle dans le secteur. Prenez le programme Plantons pour la planète, à l'origine de la campagne Mille milliards d'arbres. En mars 2019, le journal allemand Die Zeit révélait que le site web du groupe était truffé de contrevérités –entre autres, un certain «Valf F.» de France aurait à lui seul planté quelque 682 millions d'arbres.

L'autre problème, plus important, est le désastre écologique que la plantation d'arbres peut générer si elle n'est pas effectuée avec soin. Peu de projets divulguent les espèces plantées. Encore moins s'engagent à ne planter que des espèces autochtones. Et lorsqu'ils le font, ils sont enclins à planter des monocultures, qui n'ont quasiment aucune valeur sur le plan de la faune sauvage et sont vulnérables aux maladies, aux insectes et au vent.

Les forêts sont des machineries complexes aux millions de rouages s'entraînant les uns les autres. Il est impossible de planter une forêt; on ne peut planter qu'une plantation.

Les arbres plantés aux mauvais endroits, notamment là où ils sont naturellement rares, détruisent les écosystèmes indigènes. Les prairies, pour ne citer qu'elles, constituent un habitat d'importance pour toute une palette d'espèces sauvages. Mais depuis la colonisation européenne, la population américaine les a détruites en y plantant des arbres.

Lorsque Julius Sterling Morton quitta le Michigan pour s'installer au Nebraska en 1854, il décida que Mère Nature avait tout faux. En temps voulu, il exhorta «une grande armée de laboureurs […] à venir se battre contre les prairies sans bois» et le 10 avril 1872, il institua la première Journée de l'arbre ou Arbor Day. Vingt-quatre heures plus tard, un bon million d'arbres avaient dégradé les prairies du Nebraska.

La plantation d'arbres, en particulier lors de la journée consacrée, est devenue une obsession nationale. Pour célébrer le centième anniversaire de l'Arbor Day, une fondation éponyme, basée au Nebraska, a été créée.

La mentalité de Morton y est encore grandement à l'œuvre. Adhérez et on vous offrira dix graines d'épicéa bleu du Colorado, avec des instructions sur la façon de les planter. Ce sera parfait si vous vivez dans le centre ou le sud des Rocheuses. Mais partout ailleurs, ces arbres sont des extraterrestres.


Donald et Melania Trump plante un arbre pour l'Arbor Day, le 22 avril 2020 à la Maison-Blanche. | Drew Angerer / Getty Images North America /AFP

«Désolation» des eucalyptus

La récente mise sur le marché de tasses biodégradables renfermant des semis arboricoles illustre l'ampleur de notre engouement pour la plantation d'arbres. Non seulement ces gobelets encouragent le dépôt sauvage de déchets, mais ils sont aussi la garantie que de mauvais arbres seront plantés aux mauvais endroits.

Ces plantations à la sauvette sont cependant une tradition américaine. En 1876, sans doute inspiré par l'Arbor Day, un dénommé Ellwood Cooper, vivant à Santa Barbara en Californie, voulut amender son ranch de 800 hectares, majoritairement dénués d'arbres, en y plantant 50.000 pieds d'eucalyptus. En trois ans, les arbres avaient dépassé les 12 mètres, un taux de croissance inouï qui leur vaudra le sobriquet d'«arbres miracles». Les eucalyptus ne sont pas natifs de Californie.

Quelques temps plus tard, l'université de Californie et le ministère américain des Forêts distribuèrent à la volée des eucalyptus. Les prairies, le chaparral et les forêts de coupe furent bourrés de ces végétaux étrangers. Un siècle après le premier Arbor Day, 110.000 hectares d'eucalyptus avaient été plantés aux États-Unis, dont 80.000 en Californie.

Quand je plonge le bras dans un tas de feuilles et d'écorces d'eucalyptus à Bolinas, en Californie, je ne peux pas en toucher le fond. Pourquoi? Parce que les microbes et les insectes qui les mangent sont en Australie, pas en Californie.

Les communautés de plantes autochtones ne peuvent pas survivre dans ces plantations parce que les eucalyptus tuent la concurrence avec leur propre herbicide, ce qui pousse des botanistes à qualifier ces monocultures de «désolation».


Eucalyptus à Carmel Valley, en Californie. | McGhiever via Wikimedia Commons

L'eucalyptus a évolué avec le feu et en tire sa résistance. Ses cimes ne se contentent pas de brûler, elles explosent. Vivre près d'une forêt d'eucalyptus, c'est comme être voisin d'une raffinerie où le personnel aurait le droit de fumer clope sur clope.

Mais les eucalyptus restent populaires en Californie. On continue à en planter, et les autorités qui cherchent à protéger les populations et à restaurer les écosystèmes indigènes en rasant les eucalyptus se heurtent inévitablement à la fureur de leurs fans qui, entre autres amabilités, les accusent d'être des «nazis des plantes».

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