Philo, histoire, sport… Faut-il arrêter de décliner la pop à toutes les sauces?

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«L'essentiel, c'est de voir comment une subjectivité peut être travaillée par une œuvre d'art.» | Capture d'écran #BAFS - Old School via YouTube

Plusieurs auteurs ont décidé de se servir de références de la culture populaire pour vulgariser des savoirs complexes. De Britney Spears à «Matrix», éclairages sur un débat aux multiples facettes.

Vous voulez comprendre les fondamentaux de la philosophie ou de la psychiatrie? Hop, prenez une dose de pop. Votre sensibilité vous pousse plutôt vers l'histoire, le sport ou les sciences? Ploup, la pop est encore là pour vous. Depuis quelques années, la pop ne se contente pas d'être l'expression culturelle principale de nos cultures de masse (avec ses Tarantino, Beyoncé ou Ariana Grande en figures de proue), elle est devenue un outil pédagogique à part entière, une voie d'accès vers un savoir considéré comme plus difficile. On s'en sert pour parler de maladies mentales, d'astrophysique, d'histoire antique, de morale

L'usage pédagogique de références pop a quelque chose de sympathique: plutôt que d'ouvrir directement un livre de Kant (urgh!), on va par exemple lire cet essai sur la philo dans les contes Disney. Bien. Mais cette tendance éditoriale pose aussi question. Est-il vraiment pertinent de confronter des objets d'étude qui n'ont parfois rien à voir ensemble? En parallèle, n'affadit-on pas l'idée de «pop culture» en se servant de ses productions comme de simples joujous didactiques? Enfin, pourquoi la pop, qui est déjà omniprésente dans les médias, devrait-elle s'immiscer jusque dans notre transmission des connaissances?

Parler au plus grand nombre

Le psychiatre Jean-Victor Blanc fait partie des auteurs qui ont choisi de vulgariser leur savoir à l'aide de références pop. Dans son livre Pop et psy, il convoque Britney Spears ou le film Happiness Therapy pour parler bipolarité, dépression, schizophrénie. S'il reconnaît «ne pas avoir eu besoin de se forcer» pour chercher des références, puisqu'il est lui-même grand amateur de pop culture, il explique aussi que sa démarche lui a été comme soufflée de l'extérieur: «Depuis une dizaine d'années, les stars se sont elles-mêmes emparées des questions liées aux troubles psychiques et en ont ouvertement parlé, comme Lady Gaga ou Billie Eilish. Cela veut dire que je n'aurais pas pu écrire mon livre avant. Constatant cette évolution, il m'aurait paru dommage de ne pas donner de traduction à ce raz-de-marée de la santé mentale dans la pop culture.»

Son ouvrage a notamment pour but de sensibiliser la jeune génération à ces sujets, la plupart des troubles psychiques se manifestant entre 15 et 25 ans: «Or, cette classe d'âge ne se retrouve pas forcément dans un discours académique», juge Jean-Victor Blanc. Son livre est ainsi un produit d'appel qui permet aux lecteurs quelque peu distraits de s'interroger sur leur propre santé mentale. Au passage, le psychiatre en profite pour battre en brèche quelques idées reçues sur les problèmes psychiatriques, parfois véhiculés par des œuvres pop. Par exemple, les troubles de la personnalité multiples, qui sont souvent caricaturés au cinéma (le film Split, de M. Night Shyamalan, en est un exemple criant).

Se servir de la pop culture pour parler au plus grand monde, c'est également la démarche de Marianne Chaillan. Professeure de philosophie dans le secondaire, autrice de nombreux livres qui assaisonnent Platon ou Arendt à la sauce pop, elle revendique ce syncrétisme: «Deux choses m'énervent, le discours snob de la philosophie, déconnectée du réel, et celui de la culture populaire, qui a intériorisé le mépris dont elle est l'objet», affirme-t-elle à L'Obs. Au contact de lycéens tous les jours, elle assure que sa méthode est plus en phase avec leur mode de vie: «Mes élèves s'intéressent à la philosophie, mais la temporalité actuelle se prête peu à la lecture de longs ouvrages. S'assoir à une table avec un livre et un crayon, ils en sont incapables. Face à cela, faire de la pop philo devient un acte de résistance. Il faut éveiller le désir, comme dans Le Banquet de Platon.»

Pas de contradiction entre science et pop

Le «snobisme» dont parle Marianne Chaillan pourrait être résumé ainsi: penser que la pop culture, par définition ludique et superficielle, pourrait dévaloriser des savoirs jugés plus importants par une certaine intelligentsia. D'après Richard Mèmeteau, auteur de Pop culture. Réflexions sur l'industrie du rêve et l'invention des identités, les deux champs ne sont pourtant pas antinomiques: «La pop ne corrompt pas intrinsèquement l'objet scientifique. On sait que même dans la science, il y a plusieurs niveaux de vérité. Vous ne pouvez pas aborder la physique quantique en balançant toutes les équations d'un coup. Il y a un niveau sémantique de présentation des résultats, dans lequel la pop peut jouer un rôle.» Si la pop est superficielle, elle peut de fait aider à comprendre, au moins superficiellement, certains sujets –ce qui est déjà mieux que rien.

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