«Palm Springs», le film qui ne pouvait pas mieux tomber

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Nyles s'ennuie, Sarah aussi, mais leur rencontre sera tout sauf ennuyeuse. | Capture d'écran via YouTube

Comédie romantique, fable philosophique et divertissement surprenant, ce film aux multiples facettes est un remède parfait à la morosité du moment.

Tout démarre dans une superbe villa de vacances à Palm Springs, flanquée d'une piscine ensoleillée au milieu du désert californien –le genre d'endroit idyllique et loin de tout, dont la plupart d'entre nous rêvons en vain depuis près d'un an. Pourtant, Nyles (Andy Samberg) n'a aucune envie d'être là. Invité à un mariage où il ne connaît personne, visiblement épuisé par sa petite amie (l'excellente Meredith Hagner qui nous fait hurler de rire dans Search Party), Nyles traîne des pieds et parcourt sa journée avec un flegme déconcertant. Il enchaîne les canettes de bière tout seul dans la piscine et se balade en short de bain et chemise hawaïenne en pleine réception.

Son regard s'illumine enfin lorsqu'il croise la route de Sarah, la sœur de la mariée, qui semble elle aussi broyer du noir. Quiconque a déjà vu une romcom sait que les destins de ces deux adorables misanthropes vont bientôt s'entremêler, pour notre plus grand plaisir. Mais après quinze minutes, Palm Springs, disponible sur Amazon Prime Video depuis le 12 février, prend un tournant inattendu.

Si Nyles semble si détaché, c'est parce qu'il a en réalité déjà vécu cette journée des centaines, voire des milliers de fois. Coincé dans une boucle temporelle, le héros est condamné à revivre la même journée ad vitam eternam: les remarques désobligeantes de sa petite amie, les banalités échangées avec les invités, l'insoutenable médiocrité des discours de mariage.

Le cadre paraît familier, et pas seulement parce que depuis le début de la pandémie, notre quotidien ressemble à une répétition monotone de journées identiques et sans saveur. C'est aussi parce que la boucle temporelle est un procédé narratif bien connu dans la fiction.

Relecture d'un classique

Dans le classique Un jour sans fin, Phil Connors, incarné par un Bill Murray au sommet, est forcé de revivre la pire journée de sa vie encore et encore, et de remettre en question sa vision cynique du monde. Des années 1960 à aujourd'hui, les histoires de boucle temporelle ne cessent d'apparaître à l'écran, de Source Code et Edge of Tomorrow à des séries comme La Quatrième Dimension, Buffy contre les vampires, X-Files et Poupée russe. Si bien que, même sans avoir vu toutes ces œuvres, n'importe quel téléspectateur est désormais familiarisé avec les conventions du genre. Et Max Barbakow et Andy Siara, le réalisateur et le scénariste de Palm Springs, le savent parfaitement.

Alors que la soirée du mariage touche à sa fin, Sarah se retrouve malencontreusement absorbée dans la même boucle temporelle que Nyles. C'est à travers son regard à elle que l'on découvre cette nouvelle réalité dont Nyles, lui, connaît déjà tous les codes.

Grâce à cette dynamique entre novice et initié, et à l'aide de répliques méta parfaitement exécutées, Palm Springs évacue rapidement les ressorts classiques du genre: non, devenir plus altruistes ne les fera pas sortir de la boucle (prends ça, Bill Murray). Non, se tuer à répétition ne marchera pas non plus –impossible de ne pas rire lorsque Nyles déclame, l'air songeur: «Je me suis beaucoup suicidé... Tellement de fois.» Peu importent les raisons qui ont poussé nos deux héros à se retrouver coincés dans cette boucle. L'essentiel est surtout de voir comment le duo va désormais se comporter.

Une vraie réflexion philosophique

Comme la série The Good Place l'avait admirablement fait dans ses premières saisons, Palm Springs ponctue son humour et ses références méta de légères réflexions philosophiques. Certes, le duo est condamné à répéter la même journée, avec quelques légères variations, mais n'est-ce pas ce que la plupart d'entre nous, coincés dans une dynamique métro-boulot-dodo, vivons également?

Déjà résigné alors que le film démarre, Nyles arbore une position fataliste et nihiliste: rien ne sert de lutter, car l'existence n'a aucun sens. Sarah, quant à elle, a une approche beaucoup plus volontariste, et se démène pour trouver une solution et soumettre ce nouveau destin à sa volonté. Le principe de la boucle permet aussi de soulever de nombreuses questions d'ordre moral: là où d'autres auraient choisi la voie du sadisme récréatif (puisqu'après tout, plus rien n'a de sens), Nyles, par exemple, refuse d'infliger la moindre souffrance physique à d'autres personnes...

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