Oubliez l'éducation positive: ne pas être un parent idéal, c'est normal

Actualités

Il est temps d'accepter cette fatalité: il n'y a pas de parent idéal. | Mohammed Abed / AFP

Être un «bon parent» est devenu un réflexe social.

Les vertus éducatives de l'apéro

Lorsqu'on devient parent pour la première fois, on est généralement plein de bonnes résolutions. On se dit: «Hors de question que cette petite chose geignarde qui me confond avec un distributeur de plats chauds m'empêche de vivre ma vie d'avant, celle des soirées ciné électrisantes, des apéros interminables et des virées au resto décidées à la dernière minute.»

Quelques mois plus tard, vous êtes obligé de vous rendre à l'évidence: malgré votre bonne volonté initiale, vous vous êtes malheureusement transformé en distributeur de plats chauds, assumant par ailleurs tout un tas d'autres fonctions éreintantes auxquelles vous ne vous attendiez pas forcément.

Aller au ciné dans un tel contexte? Entre la fatigue qui risque de vous plonger dans un profond sommeil après la réclame et le prix de la baby-sitter, ce n'est même pas la peine d'y penser. Le resto? Si vous arrivez à coller votre poussette à trois roues entre deux tables et à maîtriser plus d'une heure vos enfants dans un espace confiné, l'idée reste encore envisageable; mais plutôt comme une folie exceptionnelle.

Moment festif

Non, en réalité, le seul rituel qui survit de votre hédonisme d'avant, c'est celui de l'apéro. Praticable en plein air, tolérant aux effusions vocales, nécessitant une organisation minimale, il s'adapte parfaitement à ce pur-sang remuant qu'est l'enfant.

Les miens adorent l'apéro. Au fil du temps, je me suis aperçu que cette tradition profondément ancrée dans la culture française était devenue, à mon insu, un des modules les plus appréciés de mon projet éducatif. Formidable pour l'ouverture d'esprit, la première vertu de ce moment festif est de montrer qu'un autre régime de normes est possible.

Quand les enfants entendent le mot-clé «apéro», ils savent instinctivement qu'ils vont pouvoir s'empiffrer de Pringles, avaler des mini-saucisses fumantes et s'imbiber de jus de fruit sans qu'aucun regard réprobateur ne se pose sur eux.

Sous l'effet de la boisson, le parent laisse soudain tomber ses diktats habituellement si stricts, oubliant la chasse au sucre, capitulant face aux mauvaises graisses, bafouant parfois les règles d'hygiène les plus élémentaires. «Ta tranche de salami est tombée par terre? C'est pas grave mon chaton, tu peux la manger quand même, c'est bon pour ton immunité…», plaide alors celui/celle qui se balade le reste du temps avec sa fiole de gel bactéricide toujours à portée de main.

Desserrer l'étau

L'apéro a donc pour effet collatéral de desserrer l'étau du précautionnisme parental, qui est une des plaies éducatives de ce début de siècle. Soudain considéré comme un mini-adulte et non plus comme une chose fragile qu'il convient de surprotéger, l'enfant en âge de parler est parfois invité à aller commander lui-même au comptoir sa pinte de grenadine.

Le parent le couve alors d'un regard attendri, voyant en ce petit être moins haut que le zinc un futur pilier de la convivialité hexagonale. Attention, n'oubliez pas de trinquer avec lui les yeux dans les yeux, car dans le cas contraire, il vous rappelle à l'ordre avec véhémence, comme si vous veniez de contrevenir au bon déroulement d'une procédure liturgique.

Lorsque les festivités s'éternisent, il arrive de temps à autre que les parents boivent un peu trop et relâchent leur surveillance, au risque de perdre leur progéniture au milieu d'une foule de fêtards avinés. Je pense que l'on touche là à la limite des présumées vertus éducatives de l'apéro. Je me suis d'ailleurs posé récemment pas mal de questions en constatant que mes deux fils se battaient pour la conquête du tire-bouchon et l'accès à cet immense privilège qu'est l'ouverture des bouteilles. «Eh papa, on boit du vin!», se réjouissent-ils par ailleurs, lorsqu'ils se retrouvent à vider un verre de jus de raisin.

Au motif de dynamiter joyeusement un carcan éducatif et de transmettre les mœurs débridées de notre beau pays aux générations suivantes, n'étais-je pas en train, finalement, de participer à une banalisation de l'alcool au moyen d'une imprégnation mimétique? N'est-il pas structurellement dangereux de lier dans ces cerveaux encore en formation le sentiment grisant de liberté avec la consommation de boisson alcoolisée?...

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - Oubliez l'éducation positive: ne pas être un parent idéal, c'est normal

Articles en Relation

La garde alternée racontée par les parents qui la pratiquent Ils sont 39% à ne pas se sentir parents durant les temps ou? ils ne gardent pas leur(s) enfant(s). | Dominika Roseclay via Pexels Une semaine, ils so...

PLUS D'ARTICLES

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA