Nouvelles habitudes alimentaires confinées... et parties pour durer?

Sociétés

Cuisiner fut un exutoire pour beaucoup pendant le confinement. | Caroline Attwood via Unsplash

La réclusion à domicile et la peur du virus modifient nos façons de faire les courses comme la cuisine. Il est fort probable qu'il n'y aura pas de «retour à la normale» en masse.

«Depuis six semaines, je n'ai pas avalé un seul plat industriel transformé. Je mange ultra sain», se réjouit Ingrid, 42 ans, responsable marketing digital. La raison de ce régal culinaire renouvelé: le confinement. Facteur corrélé: la présence à domicile de son compagnon, qui a emménagé chez elle mi-mars. «Je me suis mise à cuisiner midi et soir et notamment à me lancer dans des nouvelles recettes élaborées. Au début, c'était aussi pour l'épater –c'est la première fois qu'on vit réellement ensemble.»

Elle est loin d'être la seule à trouver dans la concoction de bons petits plats un exutoire. La cuisine est un des loisirs confinés de 29% des Français·es, révélait une enquête menée par Odoxa-CGI pour Franceinfo et France Bleu entre le 25 et le 30 mars 2020. «Je prends beaucoup plus le temps de cuisiner, alors qu'habituellement je déteste cuisiner pour moi seul», s'étonne Alexis, journaliste de 27 ans.

Il s'est non seulement lancé dans des fournées régulières de cookies mais apprend aussi à préparer «les recettes que [lui] cuisinent [s]es parents depuis [s]on adolescence: brocolis à la crème, chakchouka, pommes de terre sautées...» Pascale Hébel, directrice du pôle «Consommation et entreprises» du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), constate «une focalisation sur les “produits plaisir”» à travers l'augmentation de la vente de chips comme de tablettes de chocolat.

Sixtine, avocate de 27 ans, a quant à elle une autre stratégie anxiolytique: «Je suis plus aventureuse dans les choix de recettes. Je cuisine beaucoup avec mon copain en choisissant des recettes étrangères pour casser la routine et apporter un peu d'exotisme malgré le confinement et l'interdiction de voyager, donc on choisit des plats asiatiques (thaï, chinois, coréen) ou autres (turc, espagnol), en essayant parfois des plats qu'on n'avait jamais goûtés avant.»

Si 65% des Français·es jugent que la vie quotidienne sera complètement ou relativement différente post-crise, d'après une étude menée par Kantar du 9 au 13 avril, il semble que la nourriture fasse partie de ce hiatus avant-après. «Le fait-maison devrait rester dynamique pendant un temps encore», estime ainsi Gaëlle Le Floch, la directrice «Stratégies Insights» de Kantar. Car, même si «l'alimentation est un sujet où l'on ne change pas du jour au lendemain», pointe Pascale Hébel, «le contexte a des répercussions sur les façons de manger» et le confinement pourra bien incarner un point de bascule chez certaines personnes.

Liberté au menu

«On revit comme il y a cinquante ans, quand 30% de la part du temps et du budget étaient consacrés à l'alimentation», ajoute celle qui a notamment dirigé l'ouvrage Comportements et consommations alimentaires en France. «Mes dépenses de courses ont clairement augmenté», abonde Alexis. Pas étonnant. D'habitude, en moyenne 20% des repas sont externalisés, sans compter les invitations chez les ami·es, précise la spécialiste du Crédoc.

«La situation actuelle rapatrie vers le domicile les repas que nous prenons en temps normal à la cantine, aux restos U, dans les restaurants d'entreprise et dans toutes les formules de restauration publiques. Dans la vie quotidienne d'une famille, la question habituelle “Qu'est-ce qu'on mange ce soir?” est devenue “Qu'est-ce que nous mangeons ce midi et ce soir?”», expliquait, dans le live du Monde du 31 mars dédié à la nourriture, le sociologue Jean-Pierre Poulain, spécialiste des pratiques et cultures alimentaires.

Résultat, pour la moitié de la population qui déclare (et a les moyens de) cuisiner plus qu'avant, faire notamment soi-même son pain voire son levain, favoriser les circuits courts et les productions locales ou avoir diminué sa consommation de viande, le confinement permet, en réalisant les repas à domicile, d'avoir «des choix alimentaires plus libres» et de mieux concilier ses attentes et valeurs avec ses menus, signale Pascale Hébel.

«J'ai vraiment amélioré mes habitudes alimentaires pendant le confinement. Je mange bio depuis plusieurs années mais je déjeunais dehors le midi au boulot et le soir je sortais beaucoup. Maintenant, je continue à faire mes courses bio et je cuisine tout ce que je mange», décrit Marie, 28 ans, qui travaille dans le textile et est confinée seule. «Je maîtrise de A à Z tout ce que j'ingère», se rengorge Ingrid.

Risques en vrac

Bien sûr, nuance la spécialiste des tendances de consommation, il ne faudrait pas négliger les autres contraintes alimentaires qu'instaure ce confinement. D'après les premières données d'une enquête menée auprès de 6.000 personnes en France et en Suisse, début avril, 42% avaient fait évoluer leurs achats. Par exemple, la proximité du lieu d'approvisionnement, critère de choix pour 70% des sondé·es, l'emporte sur la variété de l'offre (19%); 47% passent aussi «le moins de temps possible en magasin»; et 17% optent pour le drive.

«Le rituel des courses est devenu anxiogène (peur de contracter le virus dans les magasins par le contact ou du fait de la promiscuité avec les autres personnes présentes dans le magasin) et cela déteint un peu sur l'alimentation. Je deviens méfiant au possible en ayant peur que les aliments soient infectés», confiait Pierre au Monde fin mars....

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